Marius Gilbert sur les masques en tissu : "Nous aurions pu faire cette recommandation bien plus tôt"

Épidémiologiste et membre du groupe d’experts qui conseille les autorités sur la stratégie de "déconfinement", Marius Gilbert est l’invité du Grand Oral RTBF/Le Soir ce samedi 25 avril sur La Première. Au menu : le débriefing des mesures annoncées vendredi soir par le Conseil National de Sécurité.

Tout d’abord, que pense-t-il de ces mesures ? "Les décisions ne m’ont pas surpris, elles étaient en grande partie conformes à nos recommandations. Cela dit, nous avions estimé préférable de rouvrir le commerce de détail le 18 et le politique a préféré anticiper cela. Nous voulions laisser le shopping à plus tard, ce n’est pas indispensable. Le problème est que l’ouverture de ces commerces a une implication sur le trafic des personnes. Le problème lié aux magasins peut impacter la transmission aussi à l’extérieur".

Mais il l’avoue : il a fallu faire rencontrer deux risques, le risque épidémiologique et le risque de crise économie majeure. Cette concession amène-t-elle un risque de "reconfinement" ? "Non. Si les décès repartent à la hausse, on reviendra à des mesures plus strictes. Et nous avons placé des garde-fous qui permettent, en cas de recrudescence de l’épidémie, d’opérer un retour en arrière souple et rapide qui n’amènera pas à un nouveau lockdown"

"La disponibilité des masques posait question"

Et les masques ? Aujourd’hui, la première Ministre préconise le port du masque dans diverses situations. Or, des voix s’élèvent depuis longtemps pour une telle obligation. Pourquoi avoir tant attendu ? "Effectivement, je pense vraiment qu’on aurait pu faire cette recommandation bien plus tôt", concède Marius Gilbert. "Elle est efficace, et elle aurait pu limiter le taux de transmission. Mais dans un premier temps, la disponibilité en masques posait question, et il fallait réserver les masques achetés par l’Etat au personnel soignant. Ensuite, nous sommes entrés dans une zone grise, le masque en tissu à fait son entrée. Et nous aurions très bien pu en faire la recommandation assez rapidement".

 


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Masques, gestes barrières, testing,… Ces outils vont jouer un rôle indéniable sur la bonne marche du déconfinement. Mais un élément se place au centre de tous, pour l’épidémiologiste : "Ce sont les suivis de contact". Il s’agit de ces fameux call center dont la mission sera d’entrer en contact avec les personnes positives et retracer ainsi les contacts qu’ils ont pu avoir. Mais cette mesure n’est pas encore en place et pose une question : avance-t-on vers un déconfinement sans filet ? "On peut se poser la question et, à une semaine de la première phase du déconfinement. C’est une des raisons pour laquelle j’étais réticent face au principe de reprendre trop tôt. Ce dispositif n’est effectivement pas prêt. Mais un élément joue en notre faveur : avant que les transmissions ne se réalisent, il y a un temps en plus, le temps d’incubation. On a un peu plus de temps. Mais il y a en effet une course contre la montre pour développer ce testing et ce suivi de contact".

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