Marius Gilbert (épidémiologiste ULB) : "Tous les ingrédients d'une troisième vague sont là"

Marius Gilbert, épidémiologiste, était l’invité du Grand Oral RTBF/Le Soir ce samedi 27 février sur La Première. Au lendemain d’un Comité de concertation attendu mais qui reporte ses décisions d’une semaine, la question sur toutes les lèvres est : se dirige-t-on vers une troisième vague ? Marius Gilbert examine la question avec nous.

Le nombre de patients en soins intensifs, le taux de positivité, de contaminations, … à l’exception du nombre de décès, l’ensemble des chiffres repartent à la hausse. Pour Marius Gilbert, tous les ingrédients d’une troisième vague sont là.

"Le nombre de cas augmente alors qu’on teste moins, donc le taux de positivité augmente. C’est un premier élément de préoccupation. Et puis, d’habitude, quand le taux de positivité augmente, on constate très rapidement une augmentation aussi dans les hospitalisations. Ça a été un peu plus lent à arriver cette fois, mais en milieu de semaine les chiffres ont grimpé notamment à Bruxelles. Et puis il y a les autres indicateurs.


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D’une part sur l’évolution des variants : depuis décembre, la proportion de cas liés au variant britannique n’a fait qu’augmenter pour atteindre entre 40 et 50% aujourd’hui. Enfin, il y a les données du baromètre corona, ce sondage qui mesure l’adhésion, la motivation de la population et ce que les gens appliquent réellement comme mesures dans leur vie quotidienne. Ces 10 derniers jours, on constate une chute très très marquée de cette adhésion, ce qui se traduit par une augmentation du nombre de contacts rapprochés entre les citoyens."

Il y a donc là, à la fois, des indicateurs descriptifs épidémiologiques qui allaient à la hausse, les indicateurs de la surveillance génomique qui montrent que le variant britannique – qu’on sait plus contagieux – se repend rapidement, et puis des indicateurs sociaux qui indiquent que le taux de contacts de la population augmente aussi. "Vous mettez les trois ensemble, vous avez les bons ingrédients pour le démarrage d’une troisième vague."

Mieux armés qu’en 2020

Un an après le début de l’épidémie en Belgique, à quoi doit-on s’attendre ? A quoi pourrait ressembler cette éventuelle troisième vague ? Marius Gilbert se montre rassurant.

"Il y a un certain nombre de choses qui vont jouer en notre faveur dans la lutte contre la transmission qu’on va devoir mener dans les prochaines semaines. Le premier facteur, c’est qu’on part avec une immunité naturelle qui est beaucoup plus importante que lors du début de la vague d’octobre, et qui concerne environ 20% de la population. C’est une personne sur cinq ! On tire ici le profit d’une deuxième vague très forte.

Le second facteur, c’est la vaccination qui va venir immuniser des gens en plus de ces 20%, et en particulier chez les personnes à risques. Ce qui va avoir un impact sur les hospitalisations.

Enfin, le troisième élément, c’est la saisonnalité. Plus on approche de l’été, plus les conditions de transmissions vont en notre faveur. On l’a constaté l’année dernière : il était beaucoup plus facile de garder l’épidémie sous contrôle en été."

Avec tous ces facteurs, on peut espérer compter sur des conditions de vie plus favorables avec l’approche des beaux jours. Mais il faut rester prudents dans l’immédiat : "On sait aussi que plus on réagit tard, plus l’impact est retardé. Si on a une confirmation de cette troisième vague dans les prochains jours, il faudra réagir vite !"

Une semaine décisive

Alors que les voix s’élèvent contre le Comité de concertation historiquement court de ce vendredi, Marius Gilbert estime que les politiques ont posé un choix judicieux, en annonçant qu’ils s’accordaient une semaine supplémentaire avant de prendre des décisions concrètes pour la suite.


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"Je pense que le fait de reporter est en réalité une excellente décision. Parce qu’on ne peut pas exclure totalement que les derniers chiffres sont un bruit statistique, c’est-à-dire qu’à un moment il y aurait pu avoir une convergence entre différents clusters. Je n’y crois pas, mais les chiffres actuels ne sont pas encore suffisants pour savoir clairement où on en est. Et donc pas suffisants non plus pour justifier de prendre des mesures plus fortes. Et dans le même temps, il aurait été inconscient de décider d’assouplir les règles au moment où nous avons toute une série d’éléments convergents qui indiquent une possibilité de reprise de l’épidémie."

 

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