Manu est roadie : "Aujourd'hui, ça fait 306 jours que je n'ai plus pu exercer mon métier. Dix longs mois"

Pas de meilleurs vœux sur la page Facebook de Manu en ce début du mois de janvier 2021. Cette trentenaire fait plutôt le point sur sa situation professionnelle avec ce post : "Aujourd’hui, ça fait 306 jours que je n’ai plus pu exercer mon métier. 10 longs mois." Elle est ce qu’on appelle dans le jargon du secteur événementiel une roadie.

C’était le 4 mars 2020 au Cirque Royal. Ce jour-là, c’était un spectacle filmé. Comme à chaque événement, elle décharge les camions, monte le matériel de scène, et installe les lumières. "Les lumières, c’est ce que je préfère." Des étoiles dans les yeux, elle exerce son métier avec passion. Les concerts, les festivals, c’est sa vie. Elle est à des années-lumière d’imaginer que c’est la dernière fois en 2020 qu’elle branche la prise.

C’est ça être roadie, "faire en sorte que les concerts se fassent". La scène, le son, la lumière, la vidéo, les décors, c’est elle et ses collègues qui les mettent en place et les démontent. "Ça, c’était mon métier."


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"C’était". Manu en parle à l’imparfait, comme si sa profession était morte. "Je n’en parlais pas au passé il y a encore peu de temps. Mais aujourd’hui, je considère qu’il n’existe plus. Du jour au lendemain, tout s’est arrêté, sans préavis." Ça fait 10 mois. "10 longs mois" pour Manu.

Elle n’aurait jamais imaginé débrancher la prise aussi longtemps. À plusieurs reprises, elle y a cru. On l’a appelée pour certains événements. "En octobre par exemple, on m’a proposé de travailler sur une expo au Pavillon à Namur. Le projet avait l’air super chouette. J’étais super contente de pouvoir reprendre le travail. Ça faisait quatre mois que c’était prévu. La veille, on m’a appelée pour me dire que c’était annulé."

Résignée

Des ascenseurs émotionnels comme celui-là, Manu en a vécu plusieurs au fil des ouvertures et fermeture des secteurs. Si la colère l’animait encore il y a quelques mois (elle était notamment à la manifestation organisée au Heysel en juin dernier), aujourd’hui, elle n’y croit plus. "Je suis résignée."

"Après les reports, il y a eu les annulations. Au début, les gérants des boîtes nous appelaient pour donner des nouvelles. Puis, ça s’est estompé. Et puis, on est carrément tombé dans l’oubli." Manu ne jette pas la pierre aux organisateurs qui sont tout autant dans la mouise qu’elle.

On est tombé dans l’oubli

"On ne sait se rattacher à quoi que ce soit. Les seules informations que nous avons, c’est sur le net, via les médias. Mais il n’y a pas grand-chose dans le journal… on est tombé dans l’oubli." Un comité de concertation ce vendredi ? "Je ne me fais plus d’espoir."

L’Union des classes moyennes demande un calendrier de reprise des activités. "Il faut donner des perspectives à ces secteurs, en lien avec une campagne de vaccination qui doit être la plus rapide et la plus massive possible", selon l’organisation. Ce vendredi, le comité de concertation fait le point sur l’évolution de la pandémie en Belgique mais le ministre fédéral de la Santé, Frank Vandenbroucke, n’envisage pas d’assouplissement des mesures sanitaires dans l’immédiat.

Un suivi psychologique : "C’est ce qui me fait tenir"

Pour s’en sortir financièrement, Manu touche le chômage. Son métier de roadie, elle l’exerçait en tant qu’intérimaire. Un statut précaire où elle signe les contrats à la prestation. Sans événement, pas de contrat, pas de chômage économique. "J’ai fait appel à pas mal d’aides. J’en ai reçu de la Smart (ndlr : coopérative d’intérim), le fonds Live2020 et du fonds Sparadrap. J’ai également eu une aide du CPAS en téléphonant pour avoir des colis alimentaires."

J’ai également eu une aide du CPAS en téléphonant pour avoir des colis alimentaires.

Manu se fait aider aussi sur le plan psychologique. "C’est ce qui me fait tenir", nous dit-elle. "J’ai commencé une thérapie au début du confinement. Je n’avais pas beaucoup d’argent mais je l’ai mis là-dedans par ce que je me suis fait peur. Sans ce soutien psychologique, je ne sais pas comment ça aurait fini. Par la suite, j’ai eu droit à une aide pour payer ces frais. Ça m’aide beaucoup."

Une reconversion ? Manu l’envisage de temps en temps. Mais c’est difficile pour cette passionnée qui se définit principalement par son métier. En attendant, elle a fait quelques petits boulots. "Pour avoir des sous mais surtout pour m’occuper et avoir une raison pour laquelle se lever le matin."

Le secteur de l’événementiel emploie 80.000 personnes dans notre pays. Ou plutôt… "employait".

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