Maladie grave après un vaccin: le syndrome de la voiture neuve

C’est un patient de Charleroi qui nous écrit : "Dire qu’il n’y a pas d’effets secondaires graves suite aux vaccins est archi faux. Même si rare […] demandez aux spécialistes qu’ils vous parlent du syndrome de Guilain-Barré et de ses conséquences."

Ce spectateur nous raconte l’avoir vécu suite au vaccin antigrippe à la fin octobre 2010. Il a été hospitalisé dans un état de paralysie grave 10 jours après, a passé 5 mois aux soins intensifs, en ensuite, un mois de revalidation à l’hôpital, sans compter quatre mois de revalidation en externe. Il attribue cette maladie au vaccin administré précédemment. Il en est assez traumatisé, et c’est bien compréhensible.

Guillain-Barré, c’est quoi ?

D’après l’Organisation Mondiale de la Santé, le syndrome de Guillain-Barré est une affection rare dans laquelle le système immunitaire du patient attaque les nerfs périphériques.

La cause du syndrome est inconnue. Les malades ont souvent (70% des cas) déclenché préalablement une infection bactérienne ou virale : infection gastro-intestinale due à la bactérie Campylobacter, infection des voies respiratoires, mononucléose, ou cytomégalovirus…

Le syndrome de Guillain-Barré est déclenché "plus rarement par la vaccination ou une intervention chirurgicale", ainsi qu’après un traitement qui agit sur le système immunitaire. A l’échelle de la Belgique, ce syndrome frappe 100 à 200 personnes par an. On estime que 1 à 1,9 personnes par 100 000 habitants contracte la maladie chaque année.

Dans les pays touchés par l’infection à virus Zika, on a observé une augmentation inattendue du nombre de cas de syndrome de Guillain-Barré. L’explication la plus probable au vu des données disponibles sur les épidémies d’infection à virus Zika et sur le syndrome de Guillain-Barré est que l’infection à virus Zika est un déclencheur du syndrome de Guillain-Barré.

Il s’agit d’une maladie d’origine auto-immune (le système immunitaire se retourne contre lui-même). Il n’existe aucun traitement curatif contre le syndrome de Guillain-Barré, mais, toujours d’après l’OMS, les thérapies disponibles permettent de soulager les symptômes et de réduire la durée de la maladie.

Vaccin et Guillain-Barré ?

A-t-on observé une corrélation claire entre vaccin et syndrome de Guillain-Barré jusqu’ici ? Nous avons sollicité l’avis d’Eric Muraille, immunologiste à l’Université Libre de Bruxelles et chercheur FNRS. "A ma connaissance", dit-il, "le seul cas où il a été clairement établi une corrélation entre Guillain-Barré et vaccination c’était lors d’une vaccination contre le virus influenza aux Etats-Unis en 1976. 450 cas ont été observés suite à la vaccination d’un quart de la population américaine, ce qui représente plus ou moins 1 cas par 110 000 personnes."

Une maladie grave comme celle-ci, après un vaccin, cela arrive donc très très rarement, et c’est totalement indétectable lors d’une étude clinique de phase 3, comme celles de Pfizer-BioNtech ou AstraZeneca et l’université d’Oxford, même si les cohortes sont de 20 000 ou de plus de 30 000 volontaires. Une fréquence de 1 sur 100 000 n’est détectable que lors de la vaccination de masse.

Pfizer et les cas rares

La Food an Drug Administration (FDA), l’organisme américain de régulation, a publié hier un rapport détaillé sur son étude des données de l’essai clinique de phase 3 de Pfizer-BioNtech.

Hormis les effets secondaires habituels consécutifs à un vaccin, le rapport mentionne 0,5% de cas de personnes souffrant de problèmes médicaux graves durant l’essai clinique. Cependant, ce taux est exactement le même que dans le groupe placebo. Il n’y a donc pas de raison de penser que ces maladies sont dues au vaccin.

Le rapport mentionne quatre cas de paralysie de Bell, une affection qui touche les muscles du visage de façon temporaire (4 dans le groupe vacciné, zéro dans le groupe placebo), mais selon la FDA, cela "ne représente pas une fréquence au-dessus de ce que l’on retrouve dans la population générale". La FDA recommande cependant une vigilance spécifique.

L’agence américaine des médicaments note aussi qu’il y a eu 8 cas d’appendicite chez les personnes vaccinées et 4 dans le groupe placebo, mais que ces maladies ne sont pas considérées comme liées au vaccin.

Le syndrome de la voiture neuve en panne

Si une maladie grave problème survient lors d’une vaccination de masse, forcément, chaque personne qui va développer une maladie grave va l’attribuer au vaccin. Une suite temporelle n’implique cependant pas une causalité.

Il faut donc regarder s’il y a un effet numérique visible sur l’ensemble de la population : est-ce que la fréquence de la pathologie a changé de manière significative dans le pays ? Si non, il n’y a pas de preuve de lien de cause à effet avec le vaccin.

Il se trouve que cette vision statistique "de groupe" est très difficile à admettre pour des patients qui ont eu une maladie grave qu’ils attribuent au vaccin. Pour eux, le lien est évident. Du point de vue scientifique, statistique, et de la collectivité, les effets secondaires graves sont très rares et ne remettent jamais en cause le rapport entre le coût et les bénéfices des vaccins.

Biais de perception du risque

Imaginez que vous achetez une voiture neuve, explique Eric Billy, immuno-oncologue à Strasbourg, et membre du collectif "Du côté de la science" qui entend partager et vulgariser les connaissances scientifiques et lutter contre l’obscurantisme. "Si vous tombez en panne, avec votre voiture neuve, n’allez-vous plus jamais acheter de voiture neuve ? Il arrive qu’une voiture neuve ait un problème moteur".

"De même, les accidents de voiture sont très fréquents", explique Eric Muraille, "mais les Belges continuent à rouler". "Il s’agit du risque vis-à-vis d’un événement courant, qui est sous-évalué, alors que le risque vis-à-vis d’un accident de parcours très rare (après s’être fait vacciner) est surévalué".

De quoi remettre en question nos biais de perception par rapport aux vaccins.

Comment convaincre les Belges de se faire vacciner ? (JT du 04/12/2020)

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