La vie est nulle en bulle ? Tout sur la bulle de 5, son origine, et son avenir pour le coronavirus

A deux jours d’un nouveau Conseil national de sécurité, le concept de "bulle sociale" ou de "bulle de contact" vit-il ses dernières heures ? Mais qui donc a inventé cette notion typiquement belge, que nos voisins français ignorent ? A défaut de trouver le père ou la mère biologique de la bulle, nous avons retrouvé sa trace dans cette étude. Ce concept, parfois appelé de façon plus rustique "silo", est une manière de mesurer et de restreindre les contacts récréatifs répétitifs dans les foyers étendus (appelés "bulles domestiques").

L’étude affirme que les bulles domestiques ont le potentiel de réduire le nombre d’admissions à l’hôpital pour le COVID-19 jusqu’à 90%. %. Le principe est le suivant : "Non seulement le nombre absolu et l’intensité des contacts physiques déterminent la dynamique de transmission et la charge de COVID-19, mais leur répétitivité est également influente. La recherche des contacts semble essentielle pour une libération contrôlée et persistante des mesures de verrouillage, mais nécessite une conformité rapide aux tests, aux rapports et à l’auto-isolement." Réduire l’interaction avec des contacts répétés, plutôt qu’avec des contacts aléatoires, permet selon les auteurs de retarder le pic d’infections de 37%, de diminuer la hauteur du pic de 60% et cela se traduit par 30% d’individus infectés en moins à la fin de la simulation.

Trop tôt pour l’élargir ?

La bulle a sensiblement évolué, au gré de l’épidémie : 2, puis 4, puis 10, puis 15, puis 5. La bulle de 5 va-t-elle éclater au prochain CNS ? Les experts sont divisés. Pour Marc Van Ranst, virologue à la KUL et membre du "Risk Assessment Group", "c’est trop tôt pour élargir la bulle sociale. On peut considérer un élargissement dès que la courbe est en train de diminuer fortement. La diminution est faible pour le moment. C’est encourageant, mais on n’en est pas là."

Mais est-elle efficace, la bulle ? "Oui", affirme Marc Van Ranst. "Ça a marché ! Ça a fait diminuer la première vague et c’est en train de diminuer la deuxième."

Pour l’élargissement de la bulle

Pour l’épidémiologiste et professeur de santé publique Yves Coppieters (ULB), élargir la bulle serait une bonne chose. Car pour lui, "maintenir cette bulle à 5, ce n’est pas tenable dans le temps. Il faut que les gens reprennent leur vie sociale le plus possible". Par ailleurs, cette notion de bulle sociale est pour le scientifique "une notion qui n’a pas beaucoup de sens, si ce n’est d’insister sur le port du masque lorsqu’on reçoit des personnes extérieures à sa bulle familiale et qu’on est à l’intérieur".

"Moi, je pense qu’il faut peut-être même supprimer cette bulle sociale en tant que telle, mais insister sur les gestes barrières puisqu’on sait que les contaminations se font dans le milieu intérieur", ajoute Yves Coppieters. "Bien sûr, l’idée était bonne au départ. Mais ça n’a de sens que lorsque l’épidémie est en pleine expansion. Or, le virus circule peu et avec les gestes barrière, il y a moyen de se protéger."

"Aucune signification"

Pour Jean-Luc Gala, chef de clinique aux Cliniques universitaires Saint-Luc, la bulle sociale n’a absolument aucune signification : "Ça n’a aucune valeur, ça embête tout le monde, c’est non applicable, c’est non appliqué et c’est non contrôlable. Donc, c’est par définition une mesure qui ne sert à rien, sauf à embêter tout le monde. Je pense aussi que les chiffres qu’on vous cite tous les jours ne devraient absolument pas être la base pour prendre des mesures aussi coercitives sur l’ensemble de la population alors que ces chiffres ne sont pas représentatifs de la population belge. Ils ne reflètent que les communautés particulières où il y a des clusters."

Faire crever la bulle

Le Conseil national de sécurité entendra-t-il la voix des experts favorables à la suppression de la bulle ce jeudi ? Ou entendra-t-il davantage celle d’un expert comme Marc Van Ranst ? Jean-Luc Gala espère une écoute équilibrée des avis du Nord et du sud du pays : "Je pense malheureusement que certains experts, surtout au nord du pays, ont un poids extrême qui ne reflète pas l’ensemble de l’avis des experts et des médecins sur la problématique. La majorité du corps médical et des experts estime depuis le début que c’est une très mauvaise mesure parce qu’elle ne se justifie en rien. On ose espérer qu’elle sera annulée purement et simplement." L’histoire ne dit pas s'il s’offrira quelques bulles, le cas échéant.

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