La très délicate question de la fin de vie en maison de repos au temps du coronavirus

Coronavirus: la très délicate question des fins de vie en maisons de repos
Coronavirus: la très délicate question des fins de vie en maisons de repos - © MAXIME ANCIAUX - BELGA

Confinées, résignées, les personnes âgées en maisons de repos et de soins sont passées par toutes les émotions : tristesse, colère, détresse, pour finalement se rendre compte que c’est la loi du moment pour tout le monde. Là aussi, le personnel a peur. Là aussi, le monde s’est arrêté, mais entre quatre murs : les résidents sont confinés dans leur chambre. Il n’y a plus d’activités communes.

Derrière les murs

Une maison de retraite installée en région bruxelloise nous confirme que la situation est complexe à gérer. L’hôpital de référence avec lequel travaille l’institution lui a recommandé de ne plus envoyer ses résidents de plus de 75 ans à l’hôpital mais plutôt de les garder sur place. Une recommandation justifiée par le fait que les patients seraient mieux pris en charge que dans l’hôpital en question.

Mais comment gérer des patients âgés, atteints du Covid-19, alors qu’ils sont entourés d’autres personnes âgées, et donc potentiellement à risque elles aussi ? La direction de la maison pour seniors qui désire rester anonyme explique qu’elle a eu beaucoup de mal à admettre que des choix soient faits et que l’hôpital décide de ne plus prendre en charge les patients les plus âgés afin de laisser l’opportunité à une personne qui a plus de chances de s’en sortir. Elle reconnaît cependant que si des choix doivent être faits, il est dans la logique des choses de se focaliser sur les patients qui ont le plus d’espoir et particulièrement les plus jeunes qui ont encore leur vie devant eux.

Peur, confinement et absence de tests

Cependant, les moyens pour gérer la situation au sein de la résidence manquent. Certains membres du personnel ne sont plus présents pour des raisons médicales ou par peur d’être infectés, ce qui empêche certains services d’être fournis. Le stock de matériel de protections (gants, masques, blouses…) est limité mais commence peu à peu à arriver.

À l’intérieur, les résidents sont confinés dans leurs chambres et manquent d’interactions sociales, ce qui est particulièrement néfaste pour leur bien-être. Les responsables souhaitent par ailleurs que des tests soient rendus rapidement disponibles afin de tenter d’isoler les résidents qui sont atteints du coronavirus et éviter qu’ils ne contaminent les autres. Au niveau du personnel, cela permettrait aussi d’écarter ceux qui sont porteurs afin d’éviter de contaminer ce public particulièrement à risque.

Quelles sont les lignes directrices ?

Certains homes sont épargnés par le COVID-19. D’autres n’ont pas eu cette chance et se démènent avec des patients malades, qui sont cependant parfois encore envoyés en unité de soins intensifs, et parfois pas… Au gré de quoi ?


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Récemment, une directive de la Société belge de Gérontologie et de Gériatrie a suscité beaucoup d’émotion légitime. Elle recommandait de ne plus hospitaliser et de renvoyer dans leurs maisons de repos les patients âgés contaminés et très affaiblis par le coronavirus.

Acharnement ou pas ?

Le Collège de médecine générale francophone donne des lignes directrices claires. Tout dépend si le patient et sa famille ont établi précédemment, en dehors de la crise, une planification anticipée des soins en discutant de l’opportunité d’un acharnement thérapeutique en fin de vie.


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Cette planification, si elle existe, sera le premier critère de décision. C’est la raison pour laquelle une maison de repos privée que nous avons contactée va envoyer un courriel aux familles de ses résidents, pour leur poser la très sensible question du maintien à tout prix en vie en cas de COVID-19 chez un membre de leur famille qui ne serait plus en état de se prononcer lui-même.

Il s’agit, d’après les directives du Collège de médecine générale, "de rechercher le désir intime de chacun concernant, au moins, la nécessité d’une hospitalisation et / ou d’une réanimation en cas d’atteinte par le COVID-19 en expliquant la possibilité de dispenser des soins de confort et palliatifs au sein de l’institution."

Informer et anticiper les soins

Un résident suspect de COVID-19 sera d’abord informé s’il est capable de comprendre la situation, ainsi que ses proches. La première étape sera d’anticiper l’aggravation éventuelle de l’état respiratoire du patient.

Pour les résidents pour lesquels une décision anticipée de refus d’hospitalisation ou de réanimation est connue et actualisée, qui présentent des facteurs de risque de forme sévère ou d’autres signes de gravité clinique, les maisons de repos et de soins sont appelées à anticiper une aggravation éventuelle, en prévoyant des soins palliatifs : de l’oxygène prêt à l’emploi, des médicaments adéquats et du matériel de protection des soignants. Ces médicaments sont essentiellement la morphine et les benzodiazépines.

Une grille d’aide à la décision éthique permet d’orienter le personnel, selon que le patient et sa famille ont pris ou non une décision préalable de réanimation en cas d’arrêt cardiorespiratoire.

 

Conférence de presse du centre interfédéral Coronavirus du 30/03/2020

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