La Belgique attend des avis supplémentaires avant de s'exprimer sur le vaccin Johnson&Johnson, qui a reçu le feu vert de l'Agence européenne du médicament

Il faudra attendre encore un peu avant que la Belgique n'arrête une position officielle quant à l'utilisation du vaccin Janssen (Johnson & Johnson) contre le coronavirus, dont les premières doses ont été livrées la semaine dernière, a-t-on appris mardi soir auprès des cabinets du ministre fédéral de la Santé publique Frank Vandenbroucke et de la ministre wallonne compétente Christie Morreale.

Ce mardi après-midi, le Comité de vigilance de l'Agence européenne des médicaments estime qu'il existe un lien possible entre le vaccin Johnson&Johnson (Janssen) et de rares cas de caillots associés à des niveaux bas de plaquettes sanguines. Il a conclu ce mardi qu'un avertissement devrait être ajouté sur la notice du produit, bien que ces événements doivent être considérés comme de très rares effets indésirables du vaccin. 

Suite à cet avis de l’Agence européenne des médicaments, Frank Vandenbroucke, le ministre fédéral de la Santé, a demandé à la Taskforce vaccination et au Conseil supérieur de la santé un avis sur l’affectation optimale des différents vaccins dont nous disposons, tenant compte de l’évolution actuelle et prévisible de l’épidémie, pour vendredi 17h.

Les ministres de la Santé des différentes entités belges se retrouvent mercredi en CIM (Conférence interministérielle), mais celle-ci sera essentiellement consacrée à la préparation du Comité de concertation de vendredi. 

Même si les différents ministres de la Santé se retrouvent ce mercredi en Conférence interministérielle (CIM), la priorité sera mise sur le Comité de concertation de vendredi.

Ce n'est qu'ensuite que les ministres de la Santé se pencheront sur la question, comme cela avait été le cas pour le vaccin AstraZeneca. D'ici là, jeudi, l'EMA devrait également transmettre davantage d'informations sur le vaccin de la firme suédo-britannique, apprend-on au cabinet Vandenbroucke. Le 7 avril, la CIM Santé avait décidé de réserver ce vaccin aux 56 ans et plus, pour une période de quatre semaines. Cette décision n'est que temporaire car les ministres souhaitent justement disposer d'informations plus complètes sur ce vaccin et les thromboses inhabituelles qui peuvent y être associées.

En début de soirée, ce mardi, la firme pharmaceutique faisaient savoir que la livraison de leur vaccin allait reprendre en Europe. 

Le vaccin est toujours bloqué au frigo

C’était a priori le vaccin facile, sans histoire : une seule dose, un frigo standard, un médecin généraliste qui peut vous l’injecter en toute simplicité. Tout cela est toujours vrai. Mais le vaccin de Johnson & Johnson (Janssen) est bloqué au frigo.

En Belgique, 36.000 doses ont été livrées la semaine dernière. Les injections attendent que nos autorités se prononcent.


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Mais aux Etats-Unis, plus de 7 millions de personnes ont reçu le vaccin de Janssen. L'Agence européenne a examiné 8 cas de caillots associés à des niveaux bas de plaquettes, parmi lesquels un décès, chez des personnes vaccinées. 

Les cas

Dans un webinaire, jeudi 15 avril, les spécialistes avaient livré les détails des données relatives à 6 patients de ces 8 patients: il s’agissait de femmes, dans les 6 cas, avec une moyenne d’âge de 33 ans (sur une fourchette de 18 à 48 ans). Leurs symptômes se sont manifestés en moyenne dans les 8 jours suivant la vaccination (entre 6 et 13 jours). Une seule prenait un contraceptif à base d’œstrogènes et de progestérone, et aucune ne souffrait de troubles connus de la coagulation.

Ces patientes ont pour la plupart manifesté comme premiers symptômes des maux de tête, parfois de la fièvre, des vomissements, dégénérant en maux sévères avec quelques fois, une faiblesse d’un seul côté du corps (bras, jambe…) voire une perte de conscience. Leurs plaquettes sanguines étaient en trop faible quantité (thrombocytopénie), ce qui n’est pas courant en même temps qu’une thrombose veineuse cérébrale. Sur ces 6 cas, une personnes est décédée. Chacune de ces patientes avait un test viral au SARS-CoV-2 négatif. Elles n’étaient donc pas porteuses du virus.

Et pour les autres vaccins ?

Six cas, donc, pour le vaccin Janssen (sur 6,8 millions de doses administrées) : cela fait 0,87 cas par million de doses. Rarissime.

En revanche, aucun cas n’a été rapporté pour le vaccin Pfizer-BioNtech, dont 97,9 millions de doses ont été administrées.

Enfin, pour le Moderna, 3 cas ont été rapportés pour 84,7 millions de doses, mais à la différence des cas étudiés pour Janssen, ces 3 personnes avaient une quantité de plaquettes normale.

En réalité, ce qui préoccupe les investigateurs, c’est l’incidence observée pour ces thromboses veineuses cérébrales, comparée aux cas "attendus" : même avec une estimation haute, où il y aurait "en temps normal" 2 cas pour 100.000 habitants, le ratio rapporté est ici supérieur.

Une explication ? Des recommandations

Qu’est-ce qui explique ce phénomène très rare ? Diverses pistes sont avancées, mais aucune n’est encore validée. Il importera, quoi qu’il advienne, à l’avenir, que les patients soient au courant de ces symptômes comme des maux de tête très sévères, des symptômes neurologiques, des douleurs abdominales sévères, des pétéchies (taches rouges sur la peau) et les signalent à leur médecin s’ils surviennent après la vaccination.


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Les médecins, eux doivent savoir qu’il ne faut surtout pas traiter ces thromboses avec de l’héparine, un anticoagulant, mais choisir un autre type d’anticoagulant, car le mécanisme qui se produit ressemble précisément à une réaction immunitaire qui survient parfois chez des patients, justement, en réaction à l’héparine.

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