Koen Geens, masques et coronavirus en Belgique : "On a fait de notre mieux. On a hésité au début, on n'est pas l'Asie"

Bas les masques ce mercredi sur la RTBF avec Koen Geens (CD&V) au micro de Thomas Gadisseux dans la matinale de la RTBF. L’occasion d’avoir un regard néerlandophone sur la situation, la crise sanitaire, celle des masques et la gestion politique de tout cela. Un point de vue d’autant plus important en ce jour de nouveau Conseil national de Sécurité censé valider la deuxième phase de déconfinement.

L’occasion également de voir avec le vice-Premier ministre CD&V comment garder l’adhésion de la population aux mesures sanitaires alors que le manque de lien social n’a jamais été aussi frustrant pour la population mais aussi de jeter un œil sur le prochain gouvernement qui, malgré la crise, se discute déjà en coulisses.

Différence communautaire

À propos du mécontentement des gens face à l’absence de liens sociaux, Koen Geens rappelle d’emblée qu’il est lui-même soumis à ces règles et les comprend donc très bien. Grand-père de sept petits enfants, il ne peut pas les voir, tout comme il ne peut visiter des beaux-parents nonagénaires.

Néanmoins, le ministre de la Justice précise que la différence culturelle entre francophones et flamands est sans doute telle que cet éloignement obligatoire est plus dur à supporter dans le sud du pays. De là à dire qu’en Flandre l’économique prime sur le social, il n’y a qu’un pas, que Koen Geens évite de franchir : "L’impression en Flandre est grande aussi mais l’accent est plus fort sur cet aspect à Bruxelles et en Wallonie. Tout être humain a besoin de ce contact. Nos experts aussi en sont conscients"

Cela signifie-t-il que le CNS pourrait, en vue du 11 mai prochain, décider d’assouplir les mesures de ce qui s’apparente à une forme d’isolation sociale pour beaucoup ? Koen Geens n’en dira pas plus sur la question se contentant de souligner que le Conseil national de Sécurité n’a pas encore eu lieu. Les plus optimistes noteront tout de même son allusion "aux perspectives que la Première ministre pourrait apporter pour les phases successives du déconfinement".

N’oubliez pas que nous ne sommes pas une commune de 10.000 personnes

Sur la question épineuse des masques et de leur disponibilité, celui qui était initialement en charge de la production nationale de masques au début de la crise sanitaire (et remplacé depuis par le ministre de la Défense faute de pouvoir mobiliser les filières à temps) se limite à quelques dates et quelques chiffres.

"Nous avons eu la recommandation des experts le 17 avril, que ce serait bien que les gens portent des masques. Le soir du 24 avril, on a commandé les filtres, qui sont en cours de livraison, en trois paquets d'environ 6 millions. Pour les masques en textile eux-mêmes, le ministre de la Défense a fait des commandes hier soir".

Avant d’apporter une explication sur ce changement de personne responsable au sein du gouvernement : "Le ministre de la Défense a le meilleur service de tous les ministres afin de faire des marchés publics dans l’urgence, cela afin de scruter aussi largement que rapidement les possibilités existantes. On a fait de notre mieux. N’oubliez pas que nous ne sommes pas une commune de 10.000 personnes."

Le 24 avril, à l'issue d'un Conseil national de sécurité, la Première ministre avait communiqué que le fédéral et les entités fédérées souhaitaient procurer gratuitement à chaque citoyen au moins une protection en tissu normé, ainsi que deux filtres à intégrer dans les masques déjà acquis ou confectionnés.


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Les masques ont certains mérites pour protéger l’autre contre soi mais pas l’inverse

Il n’en demeure pas moins que le discours sur le masque, leur utilité, leur importance a changé depuis le début de la crise sanitaire. Une volte-face que Koen Geens préfère mettre sur le compte de l’hésitation, de la méconnaissance. " Je ne suis pas compétent. Le ton a changé mais pour le reste ce n’est pas mon métier. Dans tous les pays on a hésité, surtout dans l’Europe de l’ouest. On n’est pas l’Asie. On a hésité au début. On a dit 'oui' les masques ont certains mérites pour protéger l’autre contre soi mais pas pour se protéger contre l’autre. La distanciation sociale jouant aussi un rôle important. Graduellement le discours a changé en tenant compte du fait de la sécurité du citoyen lorsque la distanciation n’est plus possible. Exemple dans le métro."

Tous ces changements de cap sont-ils de nature à rendre le port du masque obligatoire dans l’espace public ? Le vice-premier est clair : "Il faut fortement recommander parce qu’on n’est jamais certain d’être à la distance d’un mètre cinquante". Recommander sans obliger donc, pour l’instant.

L’épisode du masque

Difficile en parlant de masques de ne pas revenir sur l’épisode sympathique du vice-premier se débattant avec un exemplaire de cette protection lors d’une visite en Flandre. Situation telle que même l’autrice d’Harry Potter a volé à son secours.

Beau joueur, Koen Geens, souriant, dit "ne pas pouvoir expliquer en néerlandais ce qui s’est passé, alors en français…" Avant d’ajouter ne pas être quelqu’un avec beaucoup d’habileté, ni avoir jamais porté un masque avec des élastiques, leur préférant ceux avec des ficelles à nouer."

"Prisons digitales"

Si les prisons, domaine dont le ministre de la justice à la tutelle, semblent relativement épargnées par la pandémie, elles n’en demeurent pas moins sous tension mais comme le souligne Koen Geens ne font pas pour l’instant l’objet d’une sortie de confinement. "Pour l’instant on a fourni 120 ordinateurs dans les prisons afin que les prisonniers puissent entrer en contact avec leurs proches."

Un nouveau gouvernement pour l’été ?

Ces derniers jours, les déclarations laissant penser que les tractations pour la mise en place d’un nouveau gouvernement se sont multipliées, simple agitation "de palais" ou réelle négociation. Ici aussi Koen Geens botte en touche : "Un vice-Premier ministre n’a pas le temps de s’occuper d’un futur gouvernement. Mais je crois savoir que les présidents des différents partis se parlent et on verra bien ce qui en ressortira, nous ne sommes que les serviteurs du Roi. Je crois qu’il faut éviter la crise et que nous aurions d’avantage de bon sens pour former un gouvernement une fois la crise coronavirus terminée dans sa première phase".

Sa première phase ? Avant l’été donc ?

"Les masques en tissu commandés via la Défense auront bien leur utilité"

Quelques instants plus tard, sur les ondes de nos confrères de la VRT, le vice-Premier ministre a défendu la décision des gouvernements de commander un masque buccal pour chaque citoyen belge. Une commande de 12 millions de masques a été placée mardi par la Défense, a-t-il précisé au micro de la VRT.

Un commentaire qui intervient après les critiques d'un député N-VA, Michael Freilich, ainsi que d'un bourgmestre flamand, Peter Reekmans (bourgmestre de Glabbeek), qui estiment que la procédure d'achat doit être interrompue car les masques arriveront trop tard. Selon le maïeur, il serait plus intelligent de consacrer l'argent à un remboursement des communes qui ont déjà investi pour fournir des masques à leurs citoyens. Le montant de la commande n'a pas été dévoilé par le ministre Geens, mercredi. "Le Conseil national de sécurité a d'ailleurs suivi les conseils des experts. le cadre du déconfinement, la plupart des citoyens vont devoir utiliser plusieurs masques, à laver après utilisation", a-t-il encore souligné au micro de la VRT, estimant donc que cette commande aura malgré tout son utilité.