Journal de bord de la Commission fédérale COVID-19, épisode 1 : beaucoup de bruit pour rien

C’était censé être une première session toute simple. À huis clos, les députés se sont entendus sur le nom d’un quatrième expert*. Cela a duré un peu plus longtemps que prévu, mais rien de dramatique. Ça, ça viendra plus tard… Au programme de la réunion publique, la présentation de leur rapport par les trois autres experts déjà désignés : Yves Coppieters pour une vision générale de la crise sanitaire, Leila Belkhir pour le point de vue du terrain et Floor Lams à propos du manque de coordination entre les entités. Ces auditions étaient le cœur de cette session, prévues juste après la présentation du calendrier, une ligne du temps des différentes sessions de la Commission, un travail censé durer jusqu’au mois de mai 2021.

C’est le bureau de la Commission (le président Open VLD Robby De Caluwé, les vice-présidentes N-VA Kathleen Depoorter et Ecolo Laurence Hennuy) qui a déterminé le calendrier, la vice-présidente verte étant chargée de le présenter. Sitôt le micro de Laurence Hennuy coupé, de très nombreux membres de la Commission ont pesté contre cette ligne du temps. Plusieurs députés (côté francophone, le PS Patrick Prévot, les MR Mathieu Bihet et Michel De Maegd, la cdH Catherine Fonck, la Défi Sophie Rohonyi) ont pris la parole à tour de rôle, avec plus ou moins de virulence : pour les uns, évoquer le testing et les problèmes de matériel seulement en mars était "trop tard", pour d’autres la Commission prenait un risque en évoquant le "tracing", compétence des entités fédérées. Au final, les députés se sont finalement entendus sur le fait que le calendrier proposé est une "ébauche", que celui-ci est "flexible" et qu’il faudra aussi suivre le travail de la Commission Santé qui continue de se réunir. La discussion est restée relativement constructive.

Drama

C’est sous le regard quelque peu désarçonné des trois experts présents qu’une drôle de passe d’armes, un affrontement sous des airs dramatiques pour si peu, a eu lieu. Dans sa première intervention, et alors qu’il était question de l’agenda des travaux, la députée PTB Sofie Merckx a soulevé la problématique de la mise à disposition d’une série de documents – plusieurs milliers de pages – des documents demandés au début du mois de juillet et qui n’ont toujours pas été reçus : "Nous sommes presque dans la saga des documents déclare l’élue carolo. Je constate que l’on a reçu aucun document. On en a besoin pour les étudier et déterminer la suite des travaux. […] Les documents, vous les avez tous, mais vous n’osez pas nous les transmettre en quelque sorte. Je me demande quand même qu’est-ce qu’on a à nous cacher ". La députée PTB est sèchement coupée par le président De Caluwé : "Vous nous lisez un monologue pour la presse francophone, c’est très clair. Je n’ai pas ces documents. J’ai fait preuve d’un certain sens éthique, d’une déontologie. Je n’ai pas ces documents, je ne les ai pas vus. Je n’ai pas encore pu les consulter. Je me fonde sur ce que le secrétariat m’a dit. Il y a une quantité incroyable de documents qui a été transmise. Il s’agit maintenant de mettre en place une façon de les partager avec les membres de la Commission. Ce que vous venez nous lire ici ne tient absolument pas la route."

L’incident aurait pu être clos, mais à quelques mètres de la députée PTB, Michel De Maegd a longuement demandé la parole. 15 minutes plus tard, c’est un ancien journaliste très "chaud" qui s’est attaqué aux propos Sofie Merckx : "c’est un écran de fumée, sous forme complotiste. On voit tout de suite qu’elles sont les priorités de certains groupes politiques, en tout cas d’un groupe." Pendant six minutes, le député libéral va s’en prendre à plusieurs reprises à l’élue PTB, qui lui répond : "Monsieur De Maegd, il faut un peu baisser le ton. Ce qui n’est pas normal, c’est de ne pas avoir les documents.". Michel De Maegd : "Vous n’avez pas à me dire que je dois baisser de ton, car je n’ai jamais haussé le ton."

Cette mauvaise pièce de théâtre a alors enfin pris fin. Et c’est après plus d’une heure de palabres en tous genres que les trois experts ont enfin pu s’exprimer. Ceux-ci seront présents à toutes les réunions de la Commission spéciale. Et tous espèrent que l’atmosphère sera plus constructive…

 

*On apprendra deux semaines plus tard que les deux noms sur lesquels se sont entendus les députés avaient décliné l’invitation.

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