Journal de bord d'un soignant : Stéphanie, infirmière aux urgences du CHR de Namur

Journal de bord d'un soignant : Stéphanie, infirmière aux urgences du CHR de Namur
Journal de bord d'un soignant : Stéphanie, infirmière aux urgences du CHR de Namur - © ANNE CHAON - AFP

On les applaudit chaque soir à 20h00… Ce sont eux qui sont en première ligne pour lutter contre l’épidémie de coronavirus… Infirmières, infirmiers, médecins, ambulancières, ambulanciers, aides-soignants, aides-soignantes.
Nous vivons une période totalement hors normes… Elle l’est aussi pour ceux qui sont sur le terrain.

Dans quel état sont-ils lorsqu’ils s’échappent enfin des murs de l’hôpital, quand la journée de travail est terminée ? Ce dimanche, j’ai appelé Stéphanie. Elle a 44 ans, elle est infirmière aux urgences, elle travaille depuis 23 ans au CHR de Namur… Il est 21 heures quand je l’appelle ce dimanche soir, et elle vient de quitter l’hôpital… Je lui ai d’abord demandé comment elle se sentait, et j’ai senti, l’angoisse dans sa voix. " Je suis dans un état de tension", me dit-elle, "il y a beaucoup d’inconnues".

Le calme avant la tempête ?

Une journée étrange que ce dimanche… L’hôpital est sur le pied de guerre, les urgences ont été dédoublées avec une partie "propre" et une partie "sale", entendez une partie réservée aux personnes suspectées d’être contaminées. Gants, tablier, masque, lunettes de protection, là il faut s’équiper. Pour l’instant c’est le calme, le calme peut-être avant la tempête me dit Stéphanie, et ça donne le temps de gamberger, de repasser dans sa tête ces images venues d’Italie… Les hôpitaux saturés, dépassés. " C’est vraiment interpellant, on se dit que si on doit faire face à ce genre de situation, ça va être dur à gérer physiquement et émotionnellement, on en a encore parlé aujourd’hui en équipe. J’ai peur aussi qu’on tombe malade progressivement dans l’équipe et qu’on manque de matériel".

Prendre des risques ?

Le manque de matériel, de masques c’est comme une épée de Damoclès au dessus de la tête… Et puis il y a la prise de conscience du risque : "je ne crains pas spécialement pour ma santé mais plutôt pour ma famille à cause de ce que je pourrais ramener à la maison".

Ce que Stéphanie ne dira pas c’est qu’elles sont nombreuses les infirmières qui n’osent plus embrasser leurs enfants, qui font chambre à part avec leur conjoint… Le seul rayon de soleil, c’est cet élan de solidarité, cette reconnaissance aussi du métier lorsqu’à 20 heures des citoyens applaudissent à la fenêtre. "Je dois bien avouer que j’ai déjà eu la larme à l’œil, à plusieurs reprises. Ça m’émeut vraiment". Il est 21 heures, Stéphanie rentre chez elle rejoindre sa famille, ne pas s’épuiser physiquement, mentalement, ne pas tomber malade… Demain est un autre jour.

 

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