Ivermectine, hydroxychloroquine, colchicine... Où en sont les traitements contre le coronavirus aujourd’hui ?

L’œil rivé sur la vaccination, aurions-nous perdu de vue l’état des traitements contre le Covid-19 ? Où en est-on ? Comment a évolué le destin de l’hydroxychloroquine, molécule défendue par le professeur marseillais Didier Raoult ? Que penser de l’ivermectine, cet antiparasitaire désormais mis en avant par une un certain nombre de praticiens ? Qu’est-ce qui est validé scientifiquement ? Existe-t-il des traitements précoces dont l’efficacité est prouvée ? Comment traite-t-on les patients hospitalisés ? Cet article a pour ambition de faire le point sur l’état d’avancement des recherches.

Fin de partie pour l’hydroxychloroquine ?

Ces derniers jours, les commentateurs scientifiques se sont emballés sur Twitter sur le fait que le professeur Raoult aurait fait marche arrière, et reconnu que l’hydroxychloroquine n’était pas efficace. La réponse est plus nuancée.

L’équipe du professeur Raoult a publié le 4 janvier une lettre revenant sur l’étude parue initialement en mars 2020, à propos de l’efficacité de la molécule. Elle a réanalysé ses données sur le petit nombre de patients enrôlés dans l’étude (42) et a ajouté, en plus de la charge virale, des indicateurs comme le besoin d’oxygène, le transfert en unité de soins intensifs, le décès ou la durée de séjour à l’hôpital.

Conclusion sur ces aspects, à part sur la durée de séjour à l’hôpital, il n’y a pas de différence significative constatée dans le groupe avec l’hydroxychloroquine combinée avec l’antibiotique azithromicyne. Nuance importante, donc, mais l’équipe maintient qu’il existe une amélioration en ce qui concerne la durée de séjour, dans le groupe traité par cette combinaison. Cependant, cette durée n’a été calculée que sur 38 patients, puisque deux sont décédés, un troisième a été exclu de l’étude, et les informations étaient manquantes pour un quatrième.

Pas de rétropédalage intégral, donc, mais des précisions qui n’augmentent pas la fiabilité de cet essai sur un tout petit nombre de patients.

L’hydroxychloroquine a déchaîné les passions. A en perdre la raison. Les publications sont nombreuses et il n’est pas possible ici d’en faire la revue. Toujours est-il que ce médicament est maintenant aux oubliettes en Belgique. Notre pays a abandonné ce traitement. Depuis fin juin déjà, l’OMS (Organisation mondiale de la Santé) a arrêté tous les essais cliniques à base de cette molécule.

La Colchicine, médicament peu coûteux, réduit les risques de complications 

La Colchicine, un anti-inflammatoire utilisé entre autres contre la goutte serait aussi un traitement précoce efficace pour réduire les risques de complications de la maladie Covid-19. C’est là, les conclusions de l’étude clinique québécoise COLCORONA réalisée par l’Institut de cardiologie de Montréal.

 

Les résultats sont encourageants puisque la Colchicine utilisée comme traitement précoce chez des patients ayant contracté le SARS-CoV-2 a permis, en l’utilisant en traitement précoce, de réduire les hospitalisations de 25%, le besoin de ventilation mécanique de 50% et enfin les décès de 44%.

Les auteurs de l’étude précisent que : "cette découverte scientifique majeure fait de la colchicine le premier médicament oral au monde qui pourrait traiter les patients en phase pré-hospitalière". Précision, ce médicament coûte aux alentours de 5 euros.

L’ivermectine est-elle efficace ?

L’ivermectine est un antiparasitaire qui fait l’objet d’une attention particulière ces derniers temps. Le NIH (instituts américains de santé) qui fournit des avis sur les traitements aux Etats-Unis, vient de publier sa recommandation sur l’ivermectine pour le traitement du Covid-19. Il a modifié sa recommandation de négative à neutre (ni pour ni contre). 
 
Le comité scientifique "a déterminé qu’il n’y a actuellement pas suffisamment de données pour recommander ou non l’utilisation de l’ivermectine pour le traitement du Covid-19. Les résultats d’essais cliniques suffisamment puissants, bien conçus et bien conduits sont nécessaires pour fournir des orientations plus spécifiques et fondées sur des preuves sur le rôle de l’ivermectine dans le traitement du Covid-19."

La NIH note qu’il existe cependant des études cliniques rapportant des améliorations sur des patients, même si certaines n’ont montré aucun bénéfice ou aggravation de la maladie après utilisation de l’ivermectine.

Les études montrant un avantage à ce médicament "ont rapporté un délai plus court de résolution des manifestations de la maladie attribuées au Covid-19, une réduction plus importante des marqueurs inflammatoires, un plus court délai de clairance virale, ou un taux de mortalité plus faibles chez les patients ayant reçu de l’ivermectine que chez les patients ayant reçu des médicaments de comparaison ou un placebo. […]". Cependant, conclut la NIH, "la plupart des études rapportées à ce jour contenaient des informations incomplètes et des limites méthodologiques importantes, ce qui rend difficile l’exclusion des causes courantes de biais", qu’il s’agisse de la taille de l’échantillon, de l’ajout de médicaments concomitants, ou d’utilisation de diverses doses et schémas d’ivermectine.

Bénéfice ou hasard ?

Pourtant, des voix s’élèvent toujours, estimant qu’un traitement précoce pourrait être administré aux patients atteints de Covid-19.Pour elles, il y aurait tout avantage, étant donné les circonstances de la pandémie, à fournir ce traitement. Mais telle n’est pas la recommandation en Belgique.

Pour Jean-Christophe Goffard, directeur du service de médecine interne à l’hôpital Erasme, en l’absence de preuve, il faut s’abstenir : "La mortalité étant extrêmement variable d’un patient à l’autre, l’évolution péjorative étant extrêmement variable d’un patient à l’autre, il faut avoir des cohortes qui sont suffisamment importantes pour mesurer l’effet, et pour être sûr que l’effet observé n’est pas simplement lié au hasard. La majorité des patients à qui vous donnerez n’importe quel traitement ira bien, parce que la majorité des patients a une évolution qui est naturellement favorable au travers de cette maladie. C’est le hasard, c’est simplement ça."

AFP factuel, le service de fact checking de l’Agence France-Presse, a effectué tout un travail de vérification à propos de l’ivermectine. Elle conclut que l’efficacité de ce médicament contre le Covid-19 n’est pas scientifiquement démontrée.

Pas recommandé, mais à poursuivre

Cependant, les études sur l’ivermectine sont encore en cours. Une récente publication à propos d’un essai pilote espagnol (Clinique universitaire de Navarre et Bacelona Institute for Global Health) réalisé en double aveugle, randomisé, contrôlé par placebo sur deux petits groupes de patients atteints de Covid-19 non sévère et sans facteur de risque de maladie compliquée, est nuancée.

Elle conclut qu’il n’y a "aucune différence dans la proportion de patients positifs au test PCR parmi ceux ayant reçu une dose d’ivermectine dans les 72 heures suivant l’apparition de fièvre ou de toux". Cependant, les chercheurs ont constaté une réduction marquée de symptômes comme la perte ou baisse de l’odorat, la toux et une tendance à réduire la charge virale qui justifie une évaluation dans des essais plus importants.

Pas de miracle, donc, mais des recherches à poursuivre.

 

La vitamine D

Egalement objet d’innombrables études, la vitamine D retient de plus en plus l’attention. Voilà maintenant que 73 experts francophones et 6 sociétés savantes françaises appellent à donner un supplément en vitamine D à l’ensemble de nos voisins français comme élément protecteur contre le Covid-19.

Comme le rapporte France inter, ces experts ne prétendent pas que la vitamine D empêchera les décès, mais ils estiment nécessaire de fournir ce qui pourrait être une "arme de plus face au Covid", comme le rapporte à nos confrères Cédric Annweiler, chef du service de gériatrie au CHU d’Angers, à l’origine de l’appel.

Nicolas Dauby, spécialiste en maladies infectieuses au CHU Saint-Pierre et chercheur FNRS, est circonspect : "La vitamine D, on pourrait trouver une association avec elle dans pratiquement toutes les pathologies…", dit-il en arborant un sourire en coin. "Il y a beaucoup d’études qui montrent une relation entre la carence en vitamines D et le Covid-19 sévère, mais à chaque fois, il y a des potentiels biais qui sont par exemple le niveau socio-économique, la couleur de la peau, le fait de faire partie d’une minorité, … Et à chaque fois qu’on donne de la vitamine D aux gens, dans d’autres pathologies, comme pour la tuberculose, on se rend compte qu’il n’y a pas d’effet. On pensait qu’il y avait un rôle de la carence de la vitamine D pour la tuberculose (avec les sanatoriums), et quand on a commencé à donner des suppléments, on voyait qu’il n’y avait pas d’effet. IL y a une étude australienne qui est sortie récemment, sur des milliers de personnes, et qui montre que la supplémentation en vitamine D n’a pas d’impact sur les affections respiratoires.

Pour Nicolas Dauby, il faut donc en rester aux recommandations de base pour la vitamine D, émises par le Conseil supérieur de la santé, et que les médecins généralistes doivent suivre.

Pourquoi tant de violence, si c’était l’évidence ?

La polémique sur les traitements précoces dont l’hydroxychloroquine a été présentée comme le premier, n’est cependant pas morte illico presto et elle a revêtu des accents violents. Agressions verbales ou menaces physiques de chercheurs démentant l’efficacité de l’hydroxychloroquine, règlements de comptes entre croyants et partisans d’une méthode scientifique, tout se passe comme si l’émotion et le populisme avaient pris le dessus sur la raison.

Le 13 novembre, dernier, une équipe de chercheurs franco-suisses, composée notamment de Nathan Peiffer-Smadja, Mathieu Rebeaud et Thibault Fiolet, a rapporté ces agressions à la revue The Lancet, après avoir publié une méta analyse concluant à l’absence d’effet significatif de l’hydroxychloroquine sur la mortalité. Cette analyse incluait 11.932 participants traités par hydroxychloroquine, 8081 par hydroxychloroquine et azithromycine et 12.930 patients dans un groupe témoin.

Comme ils l’expliquent, "plusieurs auteurs de cet ouvrage ont subi une violente campagne de cyberharcèlement sur les réseaux sociaux, recevant des centaines d’insultes, de messages xénophobes, d’appels téléphoniques anonymes et d’intimidation, y compris des menaces de mort. Ces actions se sont accompagnées du partage public des coordonnées, y compris l’adresse postale des auteurs, sur des groupes Facebook de centaines de milliers de membres."

Pour conclure : tout le monde aimerait, mais…

Si un traitement était validé scientifiquement, pourquoi donc les infectiologues s’en passeraient-ils ? Et pourquoi l’émotion et la violence prennent-elles le dessus sur la raison ? Dans ce débat, ce n’est plus tant de l’efficacité qu’on discute, mais malheureusement souvent de croyances, mêlées de biais de confirmation, qui font que les croyants ne lisent que ce qui conforte leurs convictions.

Tous les médecins aimeraient trouver une molécule qui évite les hospitalisations et les complications chez les malades atteints de COVID-19. Cependant, à ce jour, les plus cliniciens spécialistes de la maladie estiment qu’aucun n’a prouvé son efficacité.

Jean-Christophe Goffard, chef de service des maladies infectieuses à l’hôpital Erasme : "On serait tous très heureux d’avoir des traitements efficaces dès les phases précoces de la maladie, pour éviter les hospitalisations, ce serait une solution assez élégante, mais malheureusement, on a aucune démonstration d’une efficacité des différents traitements qui ont été soit réellement essayés dans des phases précoces, comme l’hydroxychloroquine, soit pour lesquels on a quelques petits essais qui ont été faits mais qui n’ont pas été convaincants tels que l’ivermectine. Ce n’est pas pour autant qu’il faut abandonner, on a besoin de les développer, et la recherche continue à tous les niveaux, aussi bien pour recycler des médicaments existants, que pour développer des médicaments innovants."

Aujourd'hui, les patients Covid-19 hospitalisés et ayant besoin d'oxygène sont traités par dexaméthasone. C'est le seul traitement ayant fait preuve d'une efficacité pour ce type de patients. Aucun traitement prophylactique ou précoce n'est recommandé, tant que des études complémentaires n'en ont pas prouvé l'efficacité. 

Hydroxychloroquine : les essais cliniques suspendus par l'OMS (JT 26/05/2020)

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