"Hier, j'ai tué mon patient" : le témoignage poignant d'un infirmier confronté au Coronavirus

 "Hier, j'ai tué mon patient" : Le témoignage poignant d'un infirmier confronté au Coronavirus
"Hier, j'ai tué mon patient" : Le témoignage poignant d'un infirmier confronté au Coronavirus - © Tous droits réservés

La question de la livraison des masques et des priorités à cet égard reste au centre des débats, pendant la gestion de cette épidémie de coronavirus. Parfois une question de vie ou de mort selon cet infirmier.

Nous l’appellerons Gilles. C’est un infirmier bruxellois qui a le cœur en lambeaux. Il s’en veut, Gilles. Il le raconte sur le blog "la santé en lutte", créé pour demander un refinancement des soins de santé, l'automne dernier, à l’époque du démarrage des "mardis des blouses blanches".

"Hier, j’ai tué mon patient" : c’est le titre choc de ce témoignage de terrain. Gilles nous a contactés. Nous avons pu vérifier son récit. Une deuxième source nous a confirmé l’exactitude de son témoignage. Gilles nous raconte l’histoire d’un de ses patients, opéré en chirurgie gastrique dans un hôpital bruxellois, rétabli après des complications, et de retour à l’hôpital avec le COVID-19. Le patient de Gilles est décédé trois jours après. Voici quelques extraits de ce témoignage. Entre-temps, les masques sont arrivés dans le service de Gilles. Trop tard pour son patient.

Ça faisait un mois que nous avions ce patient chronique dans notre unité. Il avait fière allure avec ses cheveux poivre et sel. Un petit monsieur bien entouré qui tenait bon depuis quelques mois. En effet, après une chirurgie digestive, il avait de fortes complications et avait dû être réopéré. Après quelques semaines sans manger, nourri par une sonde, il avait pu enfin se réalimenter puis, heureusement, rentrer chez lui.

Normalement l’histoire devrait s’arrêter là. Le souci, c’est qu’entre-temps le COVID-19 est passé par là. Ce qui, a fortiori, ne devait pas poser de problème puisque les visites étaient interdites et que le patient était à l’hôpital depuis assez longtemps que pour ne pas avoir été en contact avec la vague COVID-19 qui touche la Belgique.
Sauf que… Sauf que le personnel soignant, logistique, d’entretien, etc., lui, n’est pas confiné ! Il vient et sort de l’hôpital, travaille dans un environnement à risque et ne peut pas, ne sait pas (!), respecter les normes de distanciation sociale. Du coup, ce personnel est fort à risque de chopper le COVID-19 !

De plus, et c’est là le GROS problème, c’est là que se situe la responsabilité gouvernementale, le personnel n’a pas accès à de simples masques chirurgicaux, ceux qui évitent qu’une personne contaminée en contamine d’autres. Pire, le personnel n’est pas dépisté ! Il doit donc travailler auprès de personnes à risque, comme ce patient chronique, sans savoir s’il est infecté et sans savoir s’il va refiler le COVID-19 ! Car, je le rappelle, on peut être porteur sain !

Du coup, pour résumer, le personnel non symptomatique, mais porteur sain, n’a pas accès systématiquement aux masques chirurgicaux et ce personnel n’est pas dépisté. Pire, le personnel symptomatique est maintenu au travail (avec un masque chirurgical pour cette fois) pour autant qu’il ne fasse pas 38 °C de température, pas 37,8 ou 37,9, 38 ! Bref, les directions hospitalières nous font bosser malades ou porteurs sains sans protections. Et là on ne parle même pas de nous et de nos familles ! Le risque d’infecter notre entourage est majeur ! D’ailleurs, vous n’êtes pas sans savoir que de nombreux médecins et soignants sont aujourd’hui infectés.

Bref, la fin de l’histoire… 2 jours après être rentré chez lui, ce (pas si) vieux monsieur est revenu par les urgences avec des symptômes graves du Covid-19 : détresse respiratoire majeure, température, etc. Il s’est retrouvé aux soins intensifs et trois jours plus tard, il était mort.
Alors, j’ai titré ce coup de gueule " hier j’ai tué mon patient ". Loin de moi l’idée de culpabiliser le personnel soignant dont je fais partie. C’est surtout pour frapper les esprits. Je ne suis même pas sûr que ce soit via moi que ce patient ait été infecté. On ne le saura jamais. Toujours est-il qu’il est mort aujourd’hui, et vraiment je l’aimais bien… !

Pour éviter que Gilles ne soit identifié, nous ne citerons pas l’hôpital dans lequel il travaille. Aujourd’hui, il y a des masques dans son service. Mais le personnel soignant n’est toujours pas systématiquement dépisté.

 

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