Gestion de la réserve stratégique de masques : "Une véritable catastrophe" pour Sofie Merckx (PTB)

Comment la Belgique gère-t-elle l’épidémie de coronavirus ? Quel regard le PTB porte-t-il sur les dernières mesures prises par le gouvernement fédéral alors qu’il a décidé de ne pas voter la confiance au gouvernement Wilmès II, chargé de gérer la crise du covid-19 ?

Sofie Merckx est médecin généraliste à Charleroi et députée fédérale pour le PTB. Elle a passé son lundi à consulter ses patients par téléphone. Invitée de la matinale d’information ce mardi matin sur La Première et La Une, elle a répondu aux questions de Thomas Gadisseux sur sa vision de la situation actuelle et sur la gestion de cette crise du coronavirus par les autorités.

La députée fédérale a justifié le choix du PTB de rester sur les bancs de l’opposition et de ne pas voter les pouvoirs spéciaux jeudi à la Chambre, même en temps de crise. Elle a également invité les autorités à prendre de nouvelles mesures comme la suspension provisoire de l’obligation pour les employés de fournir un certificat médical à leurs employeurs.

Elle a également estimé qu’il faut protéger davantage le personnel qui se trouve en première ligne pour lutter conte l’épidémie de coronavirus avec un approvisionnement suffisant en masques de protection. Elle a aussi pointé du doigt la gestion du stock de masques de la réserve stratégique qui n’a pas été renouvelé après la destruction des masques qui étaient périmés.

 

En première ligne sur le terrain, Sofie Merckx consulte au quotidien dans sa région, Charleroi. Elle fait partie d’un réseau comprenant des maisons médicales avec des professionnels de la santé qui prennent en charge 25.000 patients. Elle explique que les équipes en première ligne se sont adaptées à la situation : "On a changé complètement notre manière de fonctionner, surtout par téléphone que ce soit des patients atteints du covid ou pas de covid". Un travail de prévention se fait également par téléphone avec des appels aux malades "pour demander comment ça se passe et organiser aussi de la solidarité concrète sur le terrain, pour les courses ou autre chose".

La généraliste constate depuis le terrain que le nombre de personnes atteintes de syndromes respiratoires est de plus en plus nombreux et que pour la première fois, l’une des patientes est hospitalisée et en soins intensifs.

Suspendre l’obligation de certificats médicaux pendant la crise

Pour alléger son travail et celui de ses collègues qui sont particulièrement sollicités à l’heure actuelle, Sofie Merckx estime que la suspension temporaire de l’obligation pour les employés de remettre des certificats médicaux attestant de leur maladie pourrait aider les généralistes sur le terrain. Elle justifie cette proposition par le travail important que cela demande aux médecins qui doivent compléter et envoyer de nombreux certificats par mail.


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"C’est une perte de temps" car "même si vous avez un rhume vous devez rester à la maison". Il faut éviter que les gens se déplacent ce qui implique l’envoi par mail des dizaines les certificats. La généraliste estime dès lors qu’il faudrait prendre en modèle le gouvernement en Suède, "qui a décidé qu’il n’y a plus besoin d’un certificat médical pour s’absenter au travail mais ça ne veut pas dire que les gens doivent aller travailler, ça veut dire que les gens peuvent rester à la maison et dire à leur employeur qu’ils sont malades et qu’Ils n’ont pas besoin de l’attester avec un certificat".

Protection insuffisante des équipes en première ligne

La question de la protection du personnel soignant est aussi dans les esprits et notamment le manque de masques pour ceux qui doivent au quotidien  aller travailler au contacte des patients pour les soigner.

"C’est un très grave problème. En tant que médecin généraliste, je n’ai pas reçu de masques. J’en avais encore quelques-uns en stock mais voilà si vous allez examiner un patient il faut quand même pouvoir se protéger comme il se doit et ça aujourd’hui c’est un très grave problème aussi pour les infirmières à domicile par exemple, qui doivent travailler sans aucune protection".

Mais la situation évolue cependant rapidement. Des stocks vont arriver, Le gouvernement wallon a annoncé ce mardi matin que plus de 370.000 masques seront livrés dans les meilleurs délais aux infirmières à domicile en Wallonie, ce qui correspond à 50 masques par professionnel du secteur.

La réserve stratégique de masques détruite

Une bouffée d’oxygène pour les acteurs de la première ligne et alors que nous avons appris ce lundi que le stock stratégique de masques FFP2 (ceux qui offrent une protection pour ceux qui rentrent directement en contact avec des patients atteints du covid-19) a été détruit parce que les masques étaient périmés et le stock n’a pas été renouvelé.

La députée fédérale PTB explique qu’elle avait interpellé Maggie De Block, ministre fédérale de la Santé sur cette question : "Déjà le 28 janvier, je lui ai demandé en commission où on en était avec cette réserve stratégique, et ce qu’on apprend aujourd’hui c’est qu’en 2006 en fait, bien avant la grippe du H1N1, il y avait un "plan pandémie" en Belgique. À ce moment-là on a conseillé de faire un stock stratégique et en 2009 il y a eu un avis d’un comité de bioéthique concernant ces masques et qui ont dit que le stock n’était pas assez important […], qu’il fallait le maintenir dans de bonnes conditions et qu’il ne fallait pas faire des économies là-dessus".


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Pour la députée fédérale :  "On n’a pas eu assez un stock assez important et on n’a pas été renouvelé le stock quand on a constaté que les masques n’étaient pas bien conservés, donc oui bien sûr on a fait des économies".

Une critique au "même gouvernement qui a fait des économies sur les soins de santé les dernières années" ce qui a engendré, selon elle, la grève des blouses blanches, une surcharge de travail pour les infirmières ou le manque actuel de matériel de protection nécessaire qui ne permet pas aux professionnels de la santé dans les hôpitaux de changer les masques comme il le faudrait : "Ce n’est pas normal", ponctue la députée fédérale PTB.

Pas d’union politique avec la majorité

En pleine tempête, le temps n’est-il pourtant pas à l’unité politique ? Pourquoi le PTB n’a-t-il pas accordé sa confiance au gouvernement Wilmès II ?

"En tant que médecin je pense qu’on est dans cette bataille concrète, sur le terrain, on est sur le front tous les jours. On est aussi là pour soutenir toutes les mesures positives, que ce soit les budgets qui ont été dégagés pour faire face à la crise, s’il faut faire des réquisitions, on est bien sûr d’accord de soutenir tout cela mais effectivement on ne donne pas notre confiance aveuglément à ce gouvernement quand on voit effectivement comment, dans le cadre des masques par exemple, ça a été géré. C’est une vraie catastrophe. Donc non, il faut une voie d’opposition pour poser effectivement les questions critiques nécessaires. On ne donne pas notre confiance à ce gouvernement".

Un position d'opposition critique mais constructive justifiée, selon elle, par la gestion des la réserve de masques qui n'a pas été renouvelée. 

Malades au travail et suspension des activités "non-essentielles"

Aujourd’hui, certaines personnes cohabitent avec des personnes malades et continuent à se rendre à leur travail, par exemple des chantiers de construction où les mesures de "distance sociale" ne sont respectées ce qui inquiète de nombreux citoyens. Mais que faire ?

"Je pense qu’effectivement aujourd’hui : de un, si vous êtes malade, même avec un rhume il ne faut absolument pas aller travailler".

La députée ajoute explique ensuite : "Nous ne comprenons pas avec le PTB que des gens sont envoyés à aller travailler dans des chantiers de construction" alors que pour certains il y a une cohabitation avec du personnel soignant, des enfants et le risque de ramener une contamination à la maison.

"Il faut que ces chantiers, par exemple, soient posposés de six mois si avec cela on peut sauver des vies". Pour Sofie Merckx, "Il faut décréter que tous les services non-essentiels sont suspendus, comme en Italie ce dimanche" indique la médecin.

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