Gestes barrière et vaccination obligatoire : le fossé se creuse entre vaccinés et non vaccinés en Belgique

Le 33e rapport interuniversitaire sur la motivation des Belges face au Covid-19 montre un écart croissant entre les motivations et les comportements de deux groupes : les vaccinés, enclins à poursuivre les gestes barrière et en faveur de l’utilisation du Covid-safe Ticket et de la vaccination obligatoire de groupes cibles, et les non vaccinés, fermement opposés à ce dernier point, et de moins en moins respectueux des comportements de prévention.


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Entre le 12 et le 16 août 2021, l’équipe de l’ULB, l’UCLouvain, la KULeuven et l’UGent ont sondé 5178 personnes vaccinées, 243 non vaccinées qui ont déjà été infectées, et 679 personnes non vaccinées qui n’ont pas été infectées. Le groupe des personnes non vaccinées qui ont déjà été infectées est le moins motivé à l’égard des mesures en vigueur. Elles considèrent apparemment qu’elles ont acquis une immunité suffisante. Ce sont également elles qui ont de moins en moins tendance à respecter les comportements de prévention. L’ensemble des personnes non vaccinées, infectées ou non dans le passé, sont très favorables à l’abandon des mesures Covid.

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© Baromètre de motivation 33 – ULB, UCLouvain, KULeuven, UGent

Ce ne sont donc pas les personnes vaccinées qui se disent que les gestes barrière ne sont plus nécessaires pour elles, mais au contraire, les non vaccinées. Ces dernières vivent les mesures "comme une camisole de force", explique le rapport, et se découragent.

Les auteurs notent que l’écart de motivation entre le groupe vacciné et non vacciné se creuse en Belgique, à la nuance près, que les personnes déjà infectées sont donc, comme expliqué plus haut, beaucoup moins motivées.

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© Baromètre de motivation 33, ULB, UCLouvain, KULeuven, UGent

Faut-il supprimer les mesures ?

La réponse est essentiellement oui pour les personnes non vaccinées, et le type de personnes qu’elles fréquentent ne joue aucun rôle à cet égard. La réponse est plutôt non pour les personnes vaccinées.

Cependant, 43% des Belges sondés et vaccinés souhaiteraient supprimer le port du masque buccal lorsqu’elles ont affaire à d’autres personnes vaccinées, contre 23% lorsqu’elles rencontrent des non vaccinées.

Vaccination obligatoire ? Oui pour les soignants

De façon générale, une majorité de participants (59%) est tout à fait favorable à la vaccination pour le personnel de santé, suivi de 58% pour le personnel travaillant avec des groupes fragiles, et enfin, les enseignants (50%).

Mais ici aussi, les opinions divergent selon le statut vaccinal des personnes interrogées : près de 8 vaccinés sur 10 trouvent que le personnel soignant devrait être obligé de se vacciner, alors que chez les non vaccinés, c’est l’inverse (plus de 80% ne pensent pas que ce soit une bonne idée).

Covid-safe Ticket : une porte ouverte vers les dancings ?

Le Covid-safe ticket, sésame actuel pour assister à des concerts ou de gros événements, recueille un peu le même type de réactions que la vaccination obligatoire : 59% des sondés sont favorables ou très favorables à son utilisation actuelle, à savoir pour les concerts, les festivals, qui accueillent au moins 1500 personnes.

Mais 56% considèrent qu’il s’agit aussi d’un outil (très) souhaitable pour la vie nocturne. De là à l’utiliser aussi pour le travail, la restauration ou l’éducation, il y a un pas qu’une majorité ne franchit pas.

Ici aussi, le fossé est important entre opinion des personnes vaccinées et non vaccinées, les premières étant évidemment plus fortement en faveur du Covid-safe ticket, les secondes y étant fermement opposées, sans doute "parce qu’ils y voient une stratégie pour les inciter, voire les forcer, à se faire vacciner".

Quelles recommandations ?

Les psychologues auteurs du rapport recommandent, sur cette base, au politique, de poursuivre la voie de la motivation progressive et volontaire, en communiquant de manière plus explicite sur l’efficacité du vaccin. Par exemple, communiquer le pourcentage de personnes hospitalisées qui n’ont pas été vaccinées, dans les chiffres Covid quotidiens.

Il s’agit d’expliquer aussi la valeur ajoutée de la vaccination, même en cas d’infection antérieure. Enfin, amener le vaccin aux personnes non vaccinées, comme cela se fait par exemple déjà sur certains campus à Bruxelles (bus de vaccination). Parmi d’autres recommandations, le rapport insiste aussi sur la nécessité d’éviter de stigmatiser les personnes non vaccinées afin de maintenir l’harmonie dans la société.

Les recommandations politiques sont aussi de laisser le covid-safe ticket dans sa dimension actuelle, et d’éviter une large introduction, par exemple, pour les mariages. Il faudrait, d’après les auteurs, le limiter aux espaces publics et insister sur le fait qu’il s’agit d’une stratégie temporaire.

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