Géographie belge du COVID-19 : pourquoi tant de différences par rapport à la première vague ?

Géographie belge du COVID-19 : pourquoi tant de différences entre première vague et maintenant ?
Géographie belge du COVID-19 : pourquoi tant de différences entre première vague et maintenant ? - © Jonathan Kitchen - Getty Images

Entre la première vague de l'épidémie en Belgique et la phase actuelle, la photo ne colle pas. Ce ne sont pas les mêmes zones géographiques qui sont les plus impactées. Comment l'expliquer ? Pour répondre à cette question, il faut en aborder une autre : que faut-il pour une épidémie ? Trois ingrédients (plus un virus, ça va de soi) : un événement, un environnement et un contaminateur.

Voyons d'abord les différences en remontant le temps, de la phase actuelle, au déclenchement de l'épidémie en Belgique :   

Le déclencheur

Impossible de connaître avec précision les foyers d'infection (clusters) principaux à chaque période. Les données sur les environnements où l'on s'infecte le plus sont partielles et non centralisées : manque de moyens, déplorent les experts, pour disposer d'un outil précis comme en France. Très regrettable. 

Ce que l'on sait, c'est qu'en mars, au retour des congés de carnaval, des voyageurs ont ramené le virus d'Italie, notamment, dans leurs bagages et ont généré des foyers d'infection au Limbourg. Quelques événements de super-contagion comme des carnavals dans cette province sont aussi pointés comme foyers de contamination. Pas de tests, pas de masques, pas de quarantaine. De région en région, le virus s’est propagé dans toute la Belgique. Et on a atteint le pic de l’épidémie à la mi-avril

Le successeur

Aujourd'hui, ce sont des populations très différentes qui sont impactées par ce virus. Des populations non encore infectées lors de la première vague. Il s'agit, pour Bruxelles, de communes à faible revenu moyen par habitant, très multiculturelles, très urbanisées. Une fois sortis d'un long confinement dans des appartements souvent à faible superficie, ils ont pu prêter moins d'attention à des mesures sanitaires qui ne paraissaient plus aussi urgentes et nécessaires. La localisation de la phase actuelle s'expliquerait donc en partie par des inégalités sociales.  

Mais ce sont les jeunes qui sont les plus contaminés, à présent. Le virus se propage sur les campus des universités ; il revient ensuite dans les foyers, en infectant les familles. On constate aussi qu'il y a une forte augmentation de l'incidence dans des provinces peu touchées par la première vague, comme Namur ou le Brabant Wallon, qui ne peuvent pas s'expliquer par des facteurs socio-économiques.

Statistiques : bon à savoir

Un élément est important à préciser, en ce qui concerne les statistiques de Sciensano : les cas positifs ne sont pas recensés sur les lieux où ils sont testés, mais en fonction du lieu de résidence. Exemple : à Lasne, il y a eu selon les derniers chiffres, 568 cas pour 100.000 habitants, et on ne peut pas dire qu’on y soit en majorité fort à l’étroit. Prenez ainsi une étudiante de l’ULB, domiciliée à Lasne, mais testée positive à l’hôpital d’Ixelles, par exemple. Son test figurera dans les statistiques de Lasne, et pas d'Ixelles. Ceci est vrai aussi pour un Bruxellois qui serait en vacances à Ostende, développerait des symptômes et s'y ferait tester. Il serait recensé non pas à la mer, mais à Bruxelles, là où il réside.

Par ailleurs, le taux de positivité ne détecte pas la même chose que l'incidence : dans le premier cas, on donne en pourcentage la proportion de tests positifs par rapport aux tests réalisés. Une personne peut avoir subi plusieurs tests. Dans ce cas, chaque test est pris en considération, et pas la personne. Par contre, l'incidence est calculée sur des individus : le nombre d'individus nouvellement contaminés, rapporté à 100.000 habitants. 

L'influence du discours ?

Enfin, voici une hypothèse, qui vient aux lèvres de quelques experts : la vigilance s'est-elle relâchée du côté francophone, sous l'influence de discours relativistes et minimalistes sur l'épidémie, tenus dans l'une ou l'autre carte blanche par des personnalités médicales surtout francophones ?

Autant en Flandre, le virologue Marc Van Ranst a très fort crié au loup, très vite, autant des spécialistes comme Jean-Luc Gala, du côté francophone, ont très vite, très fort, relativisé la remontée de l'épidémie à la fin de l'été. Même opposition au mois d'août entre Marc Van Ranst et Yves Van Laethem, l'un parlant de 2e vague, l'autre, de vaguelette.

Certains experts estiment que ces voix discordantes ont fait du tort au respect des mesures de protection sanitaire, et que ce discours a été plus audible du côté francophone. Il faut cependant nuancer : Lieven Annemans, économiste de la santé membre du Celeval, et chantre de l'immunité de groupe, est bien néerlandophone. C'est en Flandre, également, qu'existe un groupe anti-mesures gouvernementales, baptisé Viruswaanzin

Besoin de cohérence

Une communication équivoque, des experts contradictoires, ont pu contribuer à une banalisation du discours, les uns paraissant "trop", et les autres "trop peu". Le manque de cohérence n'est jamais bon.

Il en va de même pour l'argument selon lequel les bars seraient la principale source de contamination en Belgique. Nous n'avons trouvé aucune étude belge qui le démontre.

En France, le point épidémiologique du 8 octobre précise par contre quels sont les foyers de contamination principaux. Ainsi, il explique que "parmi les 3 207 clusters, les entreprises hors établissements de santé (ES) restaient parmi les types de collectivités les plus représentées pour la survenue de clusters (25%), puis le milieu scolaire et universitaire (21%) et le milieu familial élargi (plusieurs foyers) et les événements publics/privés rassemblant de manière temporaire des personnes (17%). 

Un choix politique

Choisir de fermer les bars, et non les écoles, recommander le télétravail, et non plus l'imposer, est un choix politique et non épidémiologique. Il serait peut-être plus clair de l'expliquer comme cela, plutôt que d'invoquer des statistiques qui semblent inexistantes en Belgique. La confusion du discours n'échappe pas au citoyen, et le manque de cohérence peut se payer, parfois, par des comportements plus désinvoltes.                                                                                                                          

 

Yves Van Laethem s'exprimait sur le sujet des disparités nord/sud au point presse de ce 9 octobre:

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