Fête des grands-mères : quand les petits enfants sont de l’autre côté de la frontière, le vaccin ne suffit pas à les rejoindre

Une fête des grands-mères particulière cette année: le Covid 19 a séparé les petits-enfants de leurs grands-parents, d'autant plus quand une frontière se glisse entre eux. Le vaccin donne l'espoir d'un rapprochement. L'espoir seulement. Car pour l'instant, les voyages sont interdits jusqu'au 18 avril et rien n'indique que les personnes vaccinées puisse passer outre de ces règles.

Apéro dominical, la sonnerie Skype résonne dans la salle à manger de Pascale* et Anselme*. Comme tous les dimanches, leur fils, leur belle-fille et leurs deux petits-enfants de 5 et 3 ans les appellent depuis le sud de la France où ils habitent. Mais cette semaine est un peu particulière : "Bonne fête mamy !", peut-on entendre via les baffles de l’ordinateur.

Une fête des grands-mères un peu spéciale pour Pascale. Voilà sept mois qu’elle n’a pas serré ses petits-enfants dans ses bras. Et à cet âge-là, "c’est pas rien ! Ils grandissent tellement vite !", explique la grand-mère qui a l’impression de perdre énormément de moments précieux avec eux.

Dans quelques semaines, un autre moment important va avoir lieu : la naissance de son 3e petit-fils. "Elle est prévue pour début avril", explique l’heureuse grand-mère. Heureuse ? Si elle l’est de voir la famille s’agrandir, elle serait beaucoup moins contente de ne pas pouvoir être là au moment de la naissance.

Avec son mari, elle compte bien descendre dans le Sud pour l’heureux événement. Tout est prévu : elle viendra quelques jours avant la date de l’accouchement pour venir donner un coup de main, la maman devant être hospitalisée car la naissance est à risque. Pour elle, la question ne se pose même pas, c’est une raison essentielle.

"Et puis, je suis vaccinée", ajoute-t-elle. Cette infirmière de 63 ans à l’aube de la retraite fait partie des 338.557 personnes "entièrement" vaccinées en Belgique. "Que mon mari de 68 ans, ne puisse pas passer la frontière pour ne pas être contaminé, peut-être… mais en ce qui me concerne, j’ai reçu les deux doses de vaccin Pfizer via mon travail."

Les voyages "non-essentiels" toujours interdits

Si les raisons de déplacement semblent valables et que sa vaccination lui paraît être un laissez-passer, ça ne l’est pas aux yeux de l’Etat belge. Il n’y a en effet pas eu d’assouplissements en termes de passage de frontières suite au comité de concertation de ce vendredi 5 mars : il reste interdit de voyager sans une raison jugée essentielle.

La mesure a été prolongée jusqu’au 18 avril 2021, soit après les vacances de Pâques, même si à l’heure d’écrire ces lignes, aucune base juridique n’existe pour prolonger cette interdiction. L’arrêté ministériel publié ce dimanche matin sur les mesures d’urgence ne fait en effet pas mention de date précise.

Vaccinée ou non, la voyageuse doit donc remplir certains critères jugés "essentiels" pour pouvoir passer la frontière. Parmi les voyages autorisés, on trouve notamment les déplacements pour raisons familiales (funérailles, mariages, coparentalité, visite à un partenaire) mais n’y figurent pas les naissances. On retrouve aussi les déplacements pour fournir une assistance ou des soins à une personne âgée, mineure, handicapée ou vulnérable. La naissance étant à risque pour la maman, Pascale espère encore utiliser cet argument pour se rendre dans le Sud.


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"Mais il est très difficile d’avoir des informations précises. Le site internet des affaires étrangères n’est ni convivial ni clair", explique-t-elle. Le site renvoie en effet au site https://www.info-coronavirus.be/fr/voyages/ qui ne détaille pas chaque catégorie de voyages essentiels.

Si cette raison était acceptée, la grand-mère devra tout de même se plier aux conditions en vigueur depuis le 28 octobre : faire une déclaration sur l’honneur que son voyage est essentiel. Ensuite, remplir le Formulaire de Localisation du passager et montrer un test négatif si le pays de destination le demande. La France étant un pays en zone rouge, il faut également un test négatif au retour en Belgique et ce, que l’on soit vacciné ou pas.

Pour le moment, quasiment tous les pays de l’UE et de l’espace Schengen ont un code de couleur rouge. Il faut alors observer une quarantaine au retour, et se faire tester au 1er et au 7e jour de cette quarantaine.

Vaccinée mais toujours transmetteuse ?

Quant à la vaccination, elle ne permet pas (encore) de pouvoir passer les frontières. Cette mesure peut notamment se justifier par le fait que l’on ne sait pas encore si l’on reste transmetteur du covid 19 quand on est vacciné. Une lueur d’espoir tout de même : une étude parue dans le New England Journal of Medicine rapporte une efficacité de 92% contre la possibilité de développer des symptômes mais aussi d’être infecté avec le vaccin Pfizer. Or si la personne n’est pas infectée, elle ne peut pas transmettre le coronavirus.

Si cette donnée est confirmée par d’autres études, cela voudrait dire que les gens vaccinés ne peuvent plus contaminer quelqu’un d’autre. Mais ce premier résultat doit être pris avec prudence, comme le soulignent ses auteurs. "Cette étude ne peut pas garantir que nous ayons détecté toutes les infections asymptomatiques", a averti Noam Barda.

Des recherches complémentaires qui prendront un certain temps. En attendant, Pascale qui a toujours respecté les règles à la lettre sent cette fois que son cœur de grand-mère l’emmènera contre vents et marées (de covid) voir ses petits-enfants. "Au risque de payer une amende de 250 euros à la frontière", ajoute-t-elle… et d’être renvoyée chez elle.

Numéro d’information coronavirus : 0800 14.689

*Prénoms d’emprunt

Extrait du JT du 7/03/21

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