Femmes enceintes et coronavirus: dangereux ou pas?

Les femmes enceintes s'interrogent beaucoup depuis le début de la crise du coronavirus, à fortiori depuis que le virus est arrivé en Europe et que l'OMS a fait passer le Covid-19 du stade d'épidémie à celui de pandémie. Les futures mères questionnent leur médecin et leur gynécologues sur le sujet ; ces derniers peuvent leur apporter des réponses claires sur certains points, mais sur d'autres, les réponses restent encore floues. Voici ce que nous pouvons en dire sur la base des dernières données scientifiques.

Pas de transmission vers le foetus  

Aujourd'hui, les études sont rassurantes. Selon le Lancet journal et les analyses menées jusqu'à présent en Chine sur les femmes enceintes atteintes du coronavirus, "la transmission verticale du virus responsable de la nouvelle maladie coronavirus 2019 (...) n'a pas encore été détectée". Cela veut dire que si la maman est infectée, le virus ne passe pas la barrière placentaire et n'atteint pas le foetus ou le bébé à naitre selon les données recueillies jusqu'à présent. 

C'est une différence majeure avec le virus du SRAS, syndrome respiratoire aigu sévère qui avait provoqué une épidémie en Chine en 2003, qui lui, peut "entraîner des conséquences graves pour la grossesse, telles que des fausses couches, des accouchements prématurés, des retards de croissance intra-utérins et la mort de la mère".

Par ailleurs, les procédures à appliquer par les médecins généralistes et hôpitaux ont été mises à jour ce vendredi par l'institut de santé publique Sciensano pour le COVID-19. Concernant les femmes enceintes, il en ressort que "dans les procédures précédentes, les femmes enceintes et les enfants de moins de 6 mois étaient mentionnés, par principe de précaution, comme groupes à risque. Compte tenu de l'évolution des connaissances sur COVID-19, ils ne sont actuellement plus considérés comme groupes à risque."

Des chercheurs louvanistes ont confirmé mardi que rien n'indique pour le moment une possibilité de transmission au fœtus lors de la grossesse ou au bébé pendant l'allaitement, dans une étude publiée dans la revue médicale Tijdschrift voor Geneeskunde.

Les scientifiques se sont basés, pour établir leur conclusion, sur les données disponibles dans la littérature internationale à propos de 37 femmes dont l'infection au Covid-19 a été confirmée.

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Des médecins réconfortant une femme enceinte, infectée par le coronavirus COVID-19, avant sa césarienne à Wuhan en Chine - 7 mars 2020. © AFP

Les risques de la fièvre et des problèmes respiratoires

Néanmoins, sur le terrain, beaucoup de gynécologues restent prudents, notamment parce que la femme enceinte a une immunité plus basse, que la fièvre et les problèmes respiratoires sont plus difficiles à traiter à cause de la difficulté d'administrer des médicaments à la maman afin de préserver le foetus.

Ainsi les CDC, les centres de contrôle et de prévention des maladies aux Etats-Unis, en particulier des maladies infectieuses, appliquent le principe de précaution: "Nous ne savons pas actuellement si les femmes enceintes ont plus de chances de tomber malades à cause de la COVID-19 que le grand public, ni si elles sont plus susceptibles d'être gravement malades en conséquence. Les femmes enceintes subissent des changements dans leur corps qui peuvent augmenter leur risque de contracter certaines infections. Avec des virus de la même famille que COVID-19, et d'autres infections respiratoires virales, comme la grippe, les femmes ont un risque plus élevé de développer une maladie grave. Il est toujours important pour les femmes enceintes de se protéger contre les maladies."

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Un volontaire escorte une femme enceinte à l'hôpital de Wuhan, en Chine - 26 février 2020. © AFP

La maman infectée peut-elle allaiter son bébé?

Par ailleurs, les obstétriciens ne disposent pas actuellement de directives claires sur les mesures à prendre pour les nouveaux nés sains de mères infectées. Les avis des spécialistes divergent. Comme le résume cet article de l'Institut Supérieur pour la santé en Italie: "Compte tenu du peu de preuves actuellement disponibles, les avis sur l'allaitement maternel direct ne sont pas uniques". L'article recommande "la protection de la relation mère-nouveau-né en respectant des normes d'hygiène strictes et en utilisant le lait maternel exprimé, dans le cas où un contact sans danger entre la mère et le bébé n'est pas possible." En d'autres termes, l'Institut Supérieur pour la Santé en Italie recommande que le bébé soit nourri avec le lait maternel, puisque cela permet de développer l'immunité du bébé. Par contre, il serait plus prudent que le lait soit tiré et puis donné à l'enfant. 

Certains auteurs chinois préfèrent plutôt recommander "d'interrompre l'allaitement maternel". D'autres auteurs "suggèrent l'isolement temporaire du nouveau-né". Quoi qu'il en soit, sur cette question de la relation entre le nouveau né sain et sa mère infectée, les praticiens prennent des décisions différentes d'un hôpital à l'autre, puisque les preuves scientifiques sur le sujet restent très parcellaires. Les situations personnelles et médicales des mères, leur âge, leur réponse immunitaire à la maladie sont autant d'éléments qui permettent également aux praticiens de prendre des décisions au cas par cas.

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