Face au confinement, les travailleurs de l’économie informelle contraints à la survie au Ghana

Depuis la fin du mois de mars, le gouvernement ghanéen a décidé de confiner Accra et la deuxième ville du pays, Kumasi, pour éviter la propagation de l’épidémie. Une décision qui empêche des centaines de milliers de travailleurs quotidiens, notamment les conducteurs de trotros ou les kayayeis, qui survivent au jour le jour, d’exercer leurs professions.

"Pure water", "burkina", "plaintain chips"… En temps normal, de nombreuses "kayayeis" – ces femmes au Ghana qui vendent des produits et les portent sur leurs têtes – arpentent les allées des gares de la capitale et hèlent les clients. Elles portent sur leurs têtes de lourdes bassines et vendent aux passagers des trotros des petits sachets d’eau en plastique pour 20 pesewas (3 centimes d’euro), ou des paquets de chips de bananes plantain pour 1 cedis (15 centimes).

"Des citoyennes de seconde classe"

Mais depuis le confinement ordonné par les autorités à la fin du mois de mars et les restrictions de mobilité, ces milliers de femmes qui survivent grâce à ce travail quotidien se retrouvent dans une situation extrêmement précaire.

"Même avant le confinement, les kayayeis étaient considérées comme des citoyennes de seconde classe, et c’est encore pire aujourd’hui car elles ne peuvent même plus travailler", souligne Salma Mohammed, membre de l’association Kayayei Youth Association of Ghana, une ONG qui vient en aide à ces femmes extrêmement précaires.


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La plupart des kayayeis sont originaires du nord du pays, une région rurale frontalière du Burkina Faso, extrêmement pauvre, et ont migré vers les grandes villes du pays comme Accra et Kumasi. "Après l’annonce du confinement, de nombreuses femmes ont tenté de retourner dans leurs régions d’origine mais ont été bloquées par la police", poursuit Salma Mohammed.

Un appel lancé au gouvernement

Des milliers de femmes qui n’ont plus aucun moyen de subsistance. "Normalement, les kayayeis gagnent entre 10 et 30 cedis par jour (entre 1,5 et 5 euros, ndlr), mais aujourd’hui, elles ne touchent plus rien du tout mais elles doivent toujours manger et aller aux toilettes, ce qui coûte de l’argent", s’alarme-t-elle. La plupart de ces femmes n’ont aucun logement et vivent dehors, près des gares de la capitale.

De nombreuses personnes au Ghana vivent de l’économie informelle, au jour le jour. Une situation déjà précaire, rendue impossible avec le confinement. Des milliers de conducteurs de "trotros", des vans collectifs aménagés qui arpentent les quatre coins du pays, sont forcés de rester chez eux.

Si la situation perdure, les associations demandent aux autorités de prendre les mesures pour aider les populations les plus précaires. "Depuis quelques jours, les femmes vivent sur leurs très maigres économies, mais cela ne va pas pouvoir durer très longtemps", prévient Salma Mohammed.

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