Encore de nouvelles mesures pour contrer le coronavirus : comment faire pour garder le moral ?

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Smiling woman wearing eyeglasses against blue wall © Royalty-free

Les chiffres s’emballent à nouveau. De nouvelles mesures vont être prises ce vendredi pour ralentir les courbes montantes de cas positifs au Covid-19 et d’admissions à l’hôpital. Et ce, afin de permettre de rouvrir les écoles après les vacances de Pâques et l’HoReCa le 1er mai comme prévu.

Mais s’il y a bien une chose que la crise sanitaire nous a apprise, c’est qu’il est difficile de prévoir un calendrier. Ce manque de perspective et de prévisibilité n’aide pas à garder le moral, comme l’explique Olivier Luminet, psychologue de la santé, professeur à la Faculté de psychologie de l’UCLouvain et membre du groupe d’experts Psychologie et corona.

"Ces changements constants où on dit que les choses vont un petit peu mieux, que la vaccination commence, les infections diminuent et puis soudainement la reprise des infections : c’est très difficile à gérer psychologiquement car nous avons besoin d’une certaine prévisibilité. Quand les choses changent tous les jours comme ici, c’est difficile de tenir le coup psychologiquement."

Le cerveau tourne fou

Autre élément : la durée de la crise. "La durée contribue certainement à une baisse de moral. Après un stress aigu en début de crise l’année dernière, nous sommes passés à un stress chronique, qui dure depuis longtemps. Ça use beaucoup plus au niveau psychologique."

Une crise sur laquelle nous avons l’impression de n’avoir aucun contrôle. Et cela aussi contribue à nous saper le moral et à ruminer des pensées négatives, comme l’explique Ilios Kotsou. "La rumination est une tentative de notre mental de contrôler une situation que bien souvent, on ne contrôle pas, explique le docteur en psychologie de l’ULB. Et donc, on va penser à ce qu’on aurait dû faire ou pu faire pour s’en sortir. Mais comme la situation est hors de contrôle, le cerveau tourne fou d’une certaine manière. Il va continuer à chercher des informations pour se nourrir mais ça ne va rien arranger. On va continuer de ruminer."

Si le constat est négatif, les deux experts nous ont donné des conseils pour garder le cap. Petit topo.

Avoir des perspectives sur du plus long terme

S’il n’est pas possible de prévoir les prochaines semaines, Olivier Luminet conseille de regarder plus loin. "On nous force à penser à la semaine suivante mais si on pense plutôt à la fin de l’été, c’est le moment où la vaccination sera terminée. La vaccination va nous aider à sortir. C’est un signe positif."

Se rassembler à 10

"Nous avons besoin de nous nourrir, explique Ilios Kotsou. Si les plantes ont besoin de soleil, d’eau et de nutriment, nous, humains, avons besoin de relations sociales, d’un sentiment de liberté et de perspectives. Toutes des choses dont nous sommes privés aujourd’hui. Il est donc tout à fait naturel de ne pas aller bien."

Pour répondre à ce besoin, il y a une mesure qui peut nous aider. Depuis le 8 mars, il est permis de se rassembler à 10 en extérieur. Olivier Luminet l’encourage particulièrement. "Dans la balance risques-besoins des autres, la bulle de 10 en extérieur est certainement la chose que l’on peut faire de mieux. Ça nous permet de voir beaucoup d’amis tout en étant en sécurité et en ayant une activité physique. C’est l’activité qui nous permet le plus de bien-être."


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Il pointe aussi les autres activités qui sont encore permises. "La culture est en berne mais les musées sont ouverts. C’est un lieu de ressourcement. Les librairies sont toujours ouvertes, c’est aussi un lieu où l’on peut se nourrir."

Lire du positif

Nos deux psychologues conseillent ainsi de se concentrer sur des informations positives. "Tout ce que nous nous nourrissons grandit", dit Ilios Kotsou. "Si nous sommes constamment confrontés à de l’information négative ou que nous traînons trop sur les réseaux sociaux où se trouvent toutes ces théories complotistes etc., cela risque d’augmenter notre anxiété et de nous faire tomber dans ce qu’on appelle le biais de confirmation où on va aller lire des informations qui confirment ce que l’on pense déjà."

Olivier Luminet pointe ainsi quelques informations positives : "Dans les hospitalisations, il n’y a plus de personnes âgées qui sont en maison de repos. C’est bien la preuve que là, les gens sont vaccinés et que c’est ce qui nous attend : moins d’hospitalisations, moins de situations graves." Il pointe aussi la baisse de naissances de bébés prématurés comme autre bonne nouvelle.

Couper les infos

Ça peut paraître paradoxal : un site d’info qui dit d’appuyer sur off. Mais sans se couper de toute information, il est possible de s’informer sans se gaver de news. "C’est important de s’informer mais il ne faut pas tomber dans une information permanente, explique Olivier Luminet. Prenez le temps de vous informer une fois par jour mais ne soyez pas constamment à l’affût de la moindre information. Ayez des moments pour vous."


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Son confrère de l’ULB ajoute aussi le biais que les réseaux sociaux peuvent apporter : quand on s’informe via Facebook par exemple, on tourne dans le même genre d’informations qui peuvent alimenter la rumination. On coupe donc aussi les réseaux sociaux à certains moments.

Prendre soin des autres

Les deux psys nous parlent aussi du volontariat. "Prendre soin des autres est le meilleur moyen d’aller bien. Les études scientifiques le montrent", dit Ilios Kotsou. "Que ce soit d’autres êtres humains, des animaux ou même des plantes, ça peut faire du bien. Il n’y a pas de vaccin pour la perte de biodiversité. On peut donc contribuer à prendre soin du monde."

"Même pour les personnes qui ont des difficultés financières", ajoute Olivier Luminet. "Beaucoup de gens disent avoir un sentiment d’inutilité et c’est un sentiment qui pèse beaucoup quand on ne peut rien faire. Or il y a beaucoup de situations où l’on peut aider et aider nous redonne de la valeur."

La méditation pour certains, le sport pour les autres

Pour Ilios Kotsou, il est important de prendre soin de soi, de cultiver son monde intérieur via des activités comme le yoga, la méditation, la lecture. Pour d’autres, ce sera plutôt le sport, complète Olivier Luminet.

Consulter

Enfin, il ne faut pas avoir peur d’aller consulter un professionnel de la santé mentale, nous disent les deux psychologues. Si vous passez de mauvaises nuits, des troubles de l’appétit, que vous avez un sentiment d’inutilité, que vous craignez même de voir des gens en extérieur, ce sont peut-être des signes d’alarme. Sachez aussi qu’il existe des aides pour payer les consultations en ce moment via les CPAS de votre commune.

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