Elle a un cancer en phase terminale : en pleine pandémie, on lui avait refusé une biopsie

Elmyre Povel vient d’avoir 60 ans, mais elle ne les fait vraiment pas. Blonde, élancée, sportive, cette mère de famille ne s’attendait pas à ce que le destin frappe tragiquement à sa porte. Le destin ? En réalité, elle nous confie que c’est plutôt le covid-19 qui l’a empêchée d’être diagnostiquée et soignée à temps. Aujourd’hui atteinte d’un cancer en phase terminale, il lui reste peu de temps à vivre.

Tout commence au début du mois de février 2020. Elmyre remarque qu’elle a une boule au niveau de l’aine. Pas normal. Elle va consulter à l’hôpital Delta. On lui fait une première échographie, mais on n’y voit rien de très probant.

En plein Covid, l’oncologue refuse de demander une biopsie : trop dangereux

Son médecin généraliste l’envoie néanmoins à l’institut Bordet, l’hôpital de référence en matière de traitement du cancer. Le 14 mars, elle a rendez-vous chez un oncologue, qui lui prescrit une prise de sang. Une semaine plus tard, les résultats de l’analyse tombent : ils ne montrent pas de signe de cancer. "Mais le ganglion continuait à grandir, raconte Elmyre, alors j’ai repris rendez-vous à Bordet, chez le même oncologue et j’ai demandé une biopsie et un pet scan pour être certaine que ce n’était rien de grave".

Hélas, ces deux examens lui sont refusés, parce qu’alors, on est en pleine crise du Covid, c’est la première vague. "Le médecin me dit que c’est trop dangereux de faire une biopsie ou un pet scan en plein coronavirus, que de toute façon, ce n’est pas nécessaire et que ce ne sera possible nulle part". L’oncologue la renvoie chez elle, en lui conseillant de surveiller son ganglion. "Au cas, où il atteindrait 5 cm, revenez vers moi, lui dit-il".


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Le médecin généraliste d’Elmyre lui dit de faire confiance à son oncologue. Après tout, à Bordet, ce sont les meilleurs pour le traitement du cancer. Il faut patienter.

Mais Elmyre est inquiète. Elle a des médecins dans sa famille et ils le sont aussi. Avec son mari, elle commence à faire ses propres recherches sur internet. A deux, ils écument toutes les publications des universités dans le monde. Son mari tombe sur un article qui lui parle : la cause possible de cette boule à l’aine peut être la présence de métastases de mélanome. "Mon épouse a été opérée d’un mélanome en 2012, à l’institut Bordet, nous dit Franck Aranzana, j’ai tout de suite fait le rapprochement, elle avait des métastases, c’était évident".

La patiente fait le bon diagnostic en faisant ses propres recherches sur internet

A ce moment-là, on est déjà fin avril, soit trois mois après l’apparition des premiers symptômes d’Elmyre, à savoir cette excroissance à l’aine. "J’ai tout de suite compris, nous dit-elle, j’ai été opérée d’un mélanome dans le bas du dos. On a lu que le cancer pouvait migrer depuis l’endroit du mélanome vers le ganglion le plus proche. C’était bien ça".

Immédiatement, elle appelle son dermatologue, qui la suivait depuis 2012 à Bordet. L’équipe se concerte, et on lui trouve, en urgence, un créneau pour une biopsie, un rendez-vous pour un pet scan à l’AZ VUB de Jette. Le couperet tombe. C’est un cancer au stade 4 avec métastases. Le 25 mai, elle est opérée. "C’était trop tard. Le cancer s’est diffusé dans tout mon corps, j’ai des métastases à d’autres endroits et certaines ne sont pas opérables. Si mon oncologue avait accepté de faire les examens en février, je n’en serais peut-être pas là. J’ai perdu quatre mois et j’en paye le prix… de ma vie".


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Elmyre a tenté une immunothérapie, sans succès. Les métastases sont toujours là, et en plus, elle a développé une maladie auto immune, une polyarthrite rhumatoïde, qui la gène énormément. "J’ai une inflammation généralisée des hanches, des genoux, des mains. J’ai dû arrêter l’immunothérapie".

C’est quand elle a entendu Yves Van Laethem, le porte-parole interfédéral de la lutte contre le coronavirus, il y a quelques jours, encourager les gens à se rendre à l’hôpital pour soigner les autres pathologies que le Covid, qu’Elmyre Povel a décidé de témoigner. "C’est vrai que les gens ont peur d’aller à l’hôpital à cause du Covid, mais je tiens à dire que j’ai vraiment eu l’impression que les médecins avaient très peur pour eux et que c’était la panique. Je voyais les médecins étaient débordés, j’entendais les secrétaires qui appelaient les patients pour annuler les traitements".

Médecin-chef de l’institut Bordet : nos patients continent à être soignés

A l’Institut Jules Bordet, on tempère. "Il faut que les gens sachent qu’ils seront traités comme ils doivent l’être chez nous, nous dit Dominique de Valeriola, médecin chef, il ne faut surtout pas que ce cas particulier, que nous ne souhaitons pas commenter, angoisse les personnes atteintes d’un cancer. C’est très angoissant de souffrir du cancer en plein Covid, mais nous expliquons à nos patients qu’ils seront pris en charge comme il se doit. Chaque jour, les chirurgiens et les oncologues se réunissent pour définir les priorités. Nous expliquons à nos patients que nous n’avons pas les mêmes disponibilités en période de Covid, et que nous priorisons les cas en fonction des besoins. Nous devons également peser le risque de contamination par le Covid de nos patients immunodéprimés. Ce sont des décisions que nous prenons avec beaucoup de soin".

Et de souligner que la situation est loin d’être catastrophique à l’Institut Bordet et que même en mars avril, au plus fort de la première vague de coronavirus, les salles d’opération fonctionnaient pour les situations d’urgence.

44% de diagnostics en moins

Reste un chiffre, qui fait froid dans le dos. Selon une récente enquête, menée par la Fondation contre le cancer, on a dépisté 44% de cancers en moins durant le mois avril 2020 par rapport à avril 2019. C’est bien clair, le Covid impacte le traitement contre le cancer.

Elmyre fait une dernière tentative, avec une thérapie ciblée, à l’AZ-VUB de Jette. "Je lutte maintenant, mais j’ai perdu beaucoup de temps, nous dit-elle en fondant en larmes. Ma vie a été détruite, dans tous les sens du terme, physiquement, psychologiquement et socialement. Je me sens tellement jeune, je suis une sportive dynamique, je voulais recommencer à travailler après m’être occupée des enfants, aujourd’hui il ne me reste plus rien".

Et elle ajoute : "Je témoigne pour dire aux gens d’aller se faire soigner, malgré le Covid. C’est vraiment très important".

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