Du jamais vu : le New England Journal of Medicine prend position contre Donald Trump

Le New England Journal of Medicine, c’est la revue médicale la plus prestigieuse au monde. Elle a pour politique d’être… apolitique. Elle n’a jamais pris position pour ou contre un candidat aux élections américaines. Et voici que le 8 octobre dernier, l’ensemble de ses rédacteurs en chef, soit 34 personnes a publié un article commun intitulé : "Mourir dans un vide de leadership". Morceau choisi et traduit : "Nos dirigeants actuels ont sapé la confiance dans la science et dans le gouvernement, causant des dommages qui leur survivront certainement. Au lieu de se fier à l’expertise, l’administration s’est tournée vers des "leaders d’opinion" et des charlatans non informés qui obscurcissent la vérité et facilitent la promulgation de mensonges." Tranchant, comme un scalpel.

"Dangereusement incompétent"

Cet éditorial n’appelle pas à voter pour Joe Biden, mais appelle les Américains à ne plus voter pour Donald Trump. Il conclut ainsi : "Nos dirigeants ont largement revendiqué l’immunité pour leurs actions. Mais cette élection nous donne le pouvoir de juger. Les gens raisonnables seront certainement en désaccord avec les nombreuses positions politiques adoptées par les candidats. Mais la vérité n’est ni libérale ni conservatrice. En ce qui concerne la réponse à la plus grande crise de santé publique de notre temps, nos dirigeants politiques actuels ont démontré qu’ils étaient dangereusement incompétents. Nous ne devons pas les encourager et permettre la mort de milliers d’Américains supplémentaires en leur permettant de conserver leur emploi."


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Le Dr Eric Rubin est rédacteur en chef du New England. Il supervise l’ensemble du contenu éditorial de la revue. Il est par ailleurs microbiologiste américain, spécialiste des maladies infectieuses. Cette publication n’a pas été décidée sur un coup de tête. Les 34 rédacteurs l’ont écrite ensemble, sans nommer Donald Trump, mais en le visant indirectement : "En substance, oui, c’est ça. Mais je pense que nous critiquions de façon plus générale le leadership, et beaucoup de nos leaders, y compris le président, mais aussi certains gouverneurs, et d’autres officiels pour leur réponse incroyablement faible à l’épidémie. C’est la première fois qu’on fait ça en près de 200 ans. Mais ce sont des circonstances extraordinaires. On n’a jamais connu ça. Une telle épidémie. On avait les outils pour la gérer, et on ne les a pas utilisés. Dans des circonstances si exceptionnelles, il fallait une prise de position exceptionnelle."

Il enchaîne, avec un mélange d’indulgence et sévérité : "C’est impossible de savoir ce qu’il faut faire. Surtout au démarrage. Ce n’était pas clair, ce qu’il fallait faire… Et c’est difficile de critiquer les gouvernements, surtout au tout début de l’épidémie, mais beaucoup de gouvernements ont pris des décisions importantes, la Suède, par exemple, qui a choisi une autre manière de gérer l’épidémie que les autres pays scandinaves. Mais elle l’a choisi ! Les yeux ouverts. Ici, on n’avait pas de plan. On a eu une réponse complètement incohérente. Et on a vraiment montré un manque de compétence de nos leaders. Et on n’a pas besoin de leaders incompétents".

Plus près de chez nous, le professeur Jean-Louis Vincent dirige trois revues scientifiques. Il connaît bien les États-Unis et justifie cette publication, en pleine campagne pour la présidentielle américaine : "Le vase déborde. Il y a maintenant une telle nervosité et une telle rébellion vis-à-vis de la stratégie, ou du manque de stratégie de Trump, que les éditeurs de journaux importants ont décidé effectivement de réagir et d’émettre un avis que certains trouveront peut-être politique, mais qui est surtout politique au sens large. C’est surtout vis-à-vis de la politique de la santé publique. On ne peut pas rester silencieux face à cette infection, avec plus de 7 millions d’Américains infectés et plus de 200.000 morts, avec un Président qui continue à espérer qu’on va trouver un médicament fabuleux, et à prétendre que tout ça finalement n’est pas bien grave, parce que quelqu’un de grand et fort comme lui peut passer au travers sans gros problème."

Après le Scientific American et le Lancet

C’est le Scientific American, une autre revue scientifique, qui a lancé les hostilités. Dans un éditorial mi-septembre, la revue a pris clairement position en faveur de Joe Biden. Et ça aussi, c’est exceptionnel : "Le Scientific American n’a jamais soutenu un candidat à la présidentielle au cours de ses 175 ans d’histoire. Cette année, nous sommes obligés de le faire. Nous ne faisons pas cela à la légère.", écrivent les éditeurs dans son numéro d’octobre. Les preuves et la science montrent que Donald Trump a gravement endommagé les États-Unis et leur peuple – parce qu’il rejette les preuves et la science […] Évoquant sa gestion de la pandémie de Covid-19, les auteurs poursuivent et concluent : "C’est pourquoi nous vous exhortons à voter pour Joe Biden, qui propose des plans factuels pour protéger notre santé, notre économie et l’environnement. Ces propositions et d’autres qu’il a présentées peuvent remettre le pays sur la bonne voie pour un avenir plus sûr, plus prospère et plus équitable."

Début octobre, c’est The Lancet Oncology, l’édition hebdomadaire de la revue scientifique médicale consacrée à l’oncologie qui a eu la même démarche : "Dans cette bataille électorale majeure, The Lancet Oncology soutient Biden et son manifeste. Il est le seul candidat à voir l’importance des soins de santé en tant que droit de la personne qui améliore la société, plutôt qu’une autre opportunité commerciale pour enrichir une petite minorité", conclut l’article, s’interrogeant sur l’avenir des soins consacrés au cancer."

En quelques semaines de temps, ce ne sont pas moins de trois revues scientifiques renommées qui ont pris position contre Donald Trump.

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