Deux mètres ou un mètre ? Quelle est la distance physique idéale pour éviter d'être contaminé au coronavirus ?

En matière de coronavirus, souvent, distance varie. L’Organisation mondiale de la Santé recommande de maintenir au moins 1 mètre de distance avec les autres pour éviter la propagation du virus. La France a suivi ce conseil métrique comme norme "minimale". Mais d’autres pays vont jusqu’à conseiller le double.

En Belgique, on aime les compromis et les demis : la distance sociale recommandée est de 1,50 mètre. En Allemagne et aux Pays-Bas, c’est pareil. En Grande-Bretagne, en Italie, en Espagne, au Canada, et aux Etats-Unis, c’est 2 mètres.

Quelle que soit la distance choisie, toute l’explication est dans les gouttelettes : les virus respiratoires comme le nouveau coronavirus se transmettent par ces gouttelettes expulsées par la respiration, la parole et surtout la toux ou l’éternuement.

Gouttes, gouttelettes de virus

Alors à quelle science de la distance se vouer ? Une équipe britannique s’est interrogée. La réponse n’est pas univoque.

Pour les auteurs de cette revue de la littérature, la règle des "deux mètres" se fonde sur une représentation réductrice et simpliste de la transmission du virus, où l’on distinguerait deux chemins de "sortie" : la route des grosses gouttelettes, et la route aéroportée (aérosol), pour les gouttelettes, sans tenir compte de l’air exhalé. C’est la première "route" qui répand les gouttelettes sur les surfaces et contribue à leur contamination.

Pour les auteurs, cette vision dichotomique est artificielle. Il existe selon eux un "continuum" entre toutes ces gouttelettes, depuis celles qui sont visibles à l’œil nu, jusqu’aux microscopiques. Elles sont transportées par un nuage commun.

Or, déplorent-ils, les règles de distanciation sociale sont basées sur une analyse du risque qui se limite aux larges gouttelettes. Alors que les petites gouttelettes, véhiculant le SARS-COV-2 peuvent se répandre jusqu’à 8 mètres, dans l’air qu’exhale un individu infecté, même lorsqu’il n’y a pas de flux de ventilation. Le risque de transmission diminue, à mesure que la distance physique augmente, surtout à l’intérieur. Dans certains cas, 2 mètres est une distance insuffisante.

Distance, d’où viens-tu ?

L’origine de la règle de 1 ou 2 mètres de distance sociale pour éviter la transmission du virus a une origine. Les auteurs la font remonter à 1942, dans une étude de Jennison. Il a utilisé la photographie pour détecter les sécrétions et a découvert que la majorité des gouttelettes étaient expulsées dans la limite d’un mètre de distance. A l’époque, la technologie n’était pas assez développée pour capturer les plus petites gouttelettes.

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Deux mètres ou un mètre ? Quelle est la distance physique idéale pour le COVID-19 ? © Tous droits réservés

Plus tard, les scientifiques ont étudié la distance de diffusion de rhinovirus et de méningocoques, et l’ont évaluée à 1 à 2 mètres. Plus tard, en 2020, lors d’une une revue systématique des études sur la distance de transmission, il est apparu que 80% d’entre elles montraient qu’une distance supérieure à 2 mètres était nécessaire pour des microparticules (inférieures à 60 microns). Une étude a détecté des gouttelettes jusqu’à 6 à 8 mètres.

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Deux mètres ou un mètre ? Quelle est la distance physique idéale pour le COVID-19 ? © Tous droits réservés

Le volume de la voix influence également la diffusion des gouttelettes. Les "clusters" ou foyers de contamination se produisent à l’occasion de ce que l’on appelle des "événements d’exhalation violents", comme le chant, ou des cours de fitness, dans des lieux confinés. Les auteurs font référence à une étude américaine Lea Hamner et ses coauteurs, rapportant qu’une seule personne symptomatique a contaminé de façon confirmée 32 personnes et probablement 20 autres, dans un groupe de 61 chanteurs, sans aucun contact physique direct entre eux.

Moins de 2 mètres = risque augmenté, mais la distance n’est pas la panacée

En conclusion, les auteurs estiment que restreindre la distance sociale de 2 à 1 mètre (la réflexion est en cours en Grande-Bretagne) pourrait augmenter le risque de façon significative, si d’autres mesures complémentaires ne sont pas prises. Cependant, les facteurs influençant la transmission sont multiples : la charge virale, la durée d’exposition, le nombre d’individus, l’environnement (intérieur ou extérieur), la ventilation, l’usage ou non de masque. Il faudrait donc combiner la distanciation sociale avec une attention particulière pour tous ces autres facteurs et gestes barrières (lavage des mains, nettoyage des surfaces, masque, mise à l’isolement des individus infectés…). La règle des 2 mètres est donc réductrice, alors que les risques de transmission sont multifactoriels. Il ne faudrait pas la considérer comme une protection magique.

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