Derrière les chiffres : quatre variants du coronavirus en Belgique, est-ce que c’est grave ?

Chaque semaine, Derrière les chiffres décrypte les données et informations liées à la pandémie, en collaboration avec l’épidémiologiste Marius Gilbert (ULB). Ce vendredi, nous nous arrêtons sur les variants du coronavirus SARS-CoV-2. Quatre d’entre eux sont présents en Belgique : ils ont été découverts au Royaume-Uni, au Brésil, en Afrique du Sud ou en Inde. Que sont-ils et comment les contrer ?

Souvent variant varie

Tout virus mute. Cela fait partie de son évolution normale : plus il se transmet, plus des mutations s’introduisent dans son génome. Quelquefois, des mutations se combinent pour lui donner plus d’avantages. C’est ce que l’on appelle en anglais des VOC, des "variants of concern", qu’on peut traduire par des "variants préoccupants". C’est l’Organisation mondiale de la Santé qui classe les variants en "VOC". Ils peuvent avoir plusieurs caractéristiques :

  • Ils sont associés parfois à une plus grande transmissibilité (sont plus contagieux) ou virulence (sont plus dangereux)
  • On retrouve des mutations sur la protéine de surface du virus qui peuvent compromettre l’effet de la vaccination : les anticorps ne sont plus efficaces contre la nouvelle souche.

Ces caractéristiques sont détectées en conditions réelles : on voit si une nouvelle souche touche plus de monde, si les charges virales sont plus élevées, par exemple. Cela se découvre en temps réel et on manque souvent de recul pour dire ce qui est ou non plus dangereux et/ou plus transmissible.

Nos variants préoccupants

La plateforme de séquençage génomique pilotée par la KULeuven recense actuellement 4 variants en Belgique, dont 3 sont en circulation, et un est plus isolé : le plus répandu, devenu largement dominant, est celui est celui découvert au Royaume-Uni en octobre 2020. Son appellation scientifique est VOC-20/501Y.V1, mais on l’appelle aussi plus "simplement" B.1.1.7. Il représentait au cours du mois dernier 82% des nouvelles contaminations chez nous.

Le deuxième variant préoccupant le plus présent sur notre sol est celui découvert au Brésil : on l’appelle le VOC-501Y.V3 (ou P.1) et le mois dernier, il a représenté 10% des nouvelles transmissions en Belgique. Plus limité en circulation, le variant découvert en Afrique du Sud, alias VOC-501Y.V2 (ou B.1.351), représentait 2% des séquences génomiques rapportées par la plateforme de surveillance le mois dernier.

Enfin, cette plateforme de surveillance a également identifié 12 séquences du variant dit "indien", qu’on appelle B.1.617.2. IL s’agit notamment de 2 clusters de voyageurs en provenance d’inde, dont des étudiants infirmiers.

Les variants intéressants, mais non (encore) préoccupants

A côté des VOC, les variants "préoccupants", il y a aussi des "VOI", qui sont des "variant under investigation" ou "variant of interest" en anglais, des variants à suivre, parce qu’ils présentent un changement par rapport à un virus de référence, sont responsables d’une transmission communautaire ou de multiples cas confirmés ou clusters, ou ont été détectés dans de multiples pays.

La plupart des variants émergents ne présentent aucun risque supplémentaire. Il existe donc aussi la catégorie "variant en cours d’évaluation", dont on ne voit aucun impact probant en termes virologiques, épidémiologiques ou cliniques.

Quelle prévention ?

Que faire dès lors contre ces variants ? Peut-on faire quelque chose ou on est-on obligés de les subir ?

  • Il faut diminuer la transmission : d’où, le bénéfice de la vaccination qui réduit la circulation du virus ;
  • Cependant, nous sommes confrontés à 2 forces contraires, de direction inverse :
    • La vaccination exerce une pression de sélection sur le virus, qui va favoriser les variants qui présentent une résistance au vaccin, plus adaptés.
    • La vaccination limite la transmission, donc limite la probabilité qu’il y ait de nouveaux variants.
  • Il n’est pas facile de quantifier l’effet de ces 2 forces… Qui va gagner ?
  • L’enjeu est donc planétaire : les pays sans vaccination répandue deviennent des " usines à variants " qui vont inévitablement circuler, et une surveillance globale doit se mettre en place pour en connaître la dispersion et isoler les cas.

 

 

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