Derrière les chiffres : pourquoi les cas de contaminations ont-ils augmenté en Israël, pionnier de la vaccination ?

Chaque semaine, Derrière les chiffres décrypte les informations liées à la pandémie de Covid-19. Ce vendredi, avec l’épidémiologiste Marius Gilbert (ULB), nous nous penchons sur la situation particulière d’Israël qui a connu cet été une nouvelle vague très importante de cas de contaminations au Covid-19. Pourtant, c’était l’un des premiers pays à avoir déployé massivement la vaccination. Comment l’expliquer ? Comment interpréter cette situation ?

Vaccination rapide et précoce

Commençons par un petit rappel. Grâce à un accord commercial avec Pfizer/BioNTech, les Israéliens ont pu se faire vacciner en nombre très tôt. Au 1er avril par exemple, près de 55% des Israéliens étaient entièrement vaccinés contre 5% des Belges. C’est 11 fois plus. Aujourd’hui, nous sommes passés devant : près de 72% des Belges sont entièrement vaccinés contre près de 64% des Israéliens. A côté de ce constat, on a remarqué cet été une forte augmentation des cas en Israël où on a même récemment comptabilisé plus de 10.000 cas par jour, le chiffre le plus important de la pandémie.

 

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Evolution de la vaccination en Belgique et en Israël © Tous droits réservés

Variant Delta

Deux raisons principales se superposent pour expliquer cette augmentation de la circulation du virus. La première est bien connue et concerne de nombreux pays, c’est le variant Delta. De nombreux travaux montrent que ce virus est plus transmissible, mais également que les différents vaccins seraient un peu moins efficaces sur la transmission de cette souche que sur le virus original.

Diminution de l’efficacité sur la transmission avec le temps

Mais il y a aussi un autre facteur qui a inquiété les autorités sanitaires pendant l’été. Les autorités israéliennes ont publié des données qui indiquent que l’efficacité du vaccin sur la transmission diminuerait avec le temps. Autrement dit, la baisse de l’efficacité vaccinale contre la transmission serait plus importante chez les personnes vaccinées depuis longtemps, que chez celles qui étaient vaccinées récemment.

Sur la période entre le 20 juin et le 27 juillet par exemple, le rapport des autorités sanitaires publié en juillet indiquait que l’efficacité du vaccin contre la transmission du virus était estimée à 75% chez les personnes qui avaient reçu leur deuxième dose en avril. Elle diminuait à 67% pour ceux qui l’avaient reçue en mars, à 44% pour une deuxième dose en février et même à 16% pour une deuxième dose en janvier. Ce sont ces résultats qui ont amené les autorités israéliennes à entamer une campagne de rappels de vaccination, de manière à rétablir une bonne efficacité contre la transmission de la maladie.

Des résultats qui ne sont pas observés partout et efficacité maintenue sur les formes sévères et les hospitalisations

Mais ces résultats en apparence préoccupants peuvent être liés à certains biais méthodologiques et ne sont pas observés partout de la même manière. Au Royaume-Uni, par exemple, qui n’a qu’un retard d’un mois en termes de calendrier vaccinal, on n’a pas observé à ce jour de diminution aussi importante de l’efficacité vaccinale contre la transmission. Dans d’autres pays, on note une certaine baisse de l’efficacité vaccinale, mais pas dans des proportions analogues.

Par ailleurs, les données israéliennes indiquaient aussi que l’efficacité du vaccin sur les formes sévères et sur les hospitalisations était bien maintenue. Toujours pour la période entre le 20 juin et le 27 juillet, les autorités ont montré que l’efficacité du vaccin contre les formes sévères était de 84% pour les personnes ayant reçu leur deuxième dose en avril. Elle était de 94% pour ceux qui l’avaient reçue en mars, de 91% pour une deuxième dose en février et de 86% pour une deuxième dose en janvier. Des chiffres relativement stables.

Pour les hospitalisations, même chose, l’efficacité vaccinale était de 83% pour les personnes ayant reçu leur deuxième dose en avril, de 89% pour ceux qui l’avaient reçue en mars, de 91% pour ceux vaccinés en février et de 82% pour une deuxième dose en janvier.

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Estimation de l’efficacité vaccinale sur les infections, les symptômes, les hospitalisations et les cas sévères en Israël © Tous droits réservés

Ceci permet d’expliquer que cette troisième vague qui a touché Israël est plus importante que les précédentes en termes de nombre de cas positifs, mais plus faible en termes de décès. On a d’ailleurs observé une situation similaire en Islande avec une troisième vague de cas plus importante que ce que le pays avait connu auparavant, et ce malgré un excellent taux de vaccination, mais avec un nombre proportionnellement plus faible d’hospitalisations et de décès.

En conclusion, il y a donc lieu de surveiller l’évolution de cette efficacité vaccinale de près et de rappeler que les vaccins sont efficaces, mais n’offrent pas une protection totale et devront encore s’accompagner d’autres dispositifs de prévention pendant quelque temps.

Sources

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