Derrière les chiffres : en Inde, plus de 291.000 morts officiels du Covid-19 dans la "pharmacie du monde"

Chaque semaine, Derrière les chiffres décrypte les données de la pandémie de Covid-19, en collaboration avec l’épidémiologiste Marius Gilbert (ULB). Ce vendredi, nous allons voir ce qui se passe en Inde. Avec des chiffres qui donnent le vertige : plus de 25 millions de cas de contaminations et de plus de 291.000 décès recensés depuis le début de l’épidémie.

Ce sont les chiffres rapportés par les autorités officielles.

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© Our world in data

Ce qui est surtout impressionnant, ce sont les chiffres absolus, puisqu’en raison de la très grande population de l’Inde (plus de 1,3 milliard d’habitants), le nombre de décès monte jusqu’à 4500 recensés en un seul jour.

Mais il faut rapporter ces chiffres bruts en proportion de la population du pays : et là, c’est nettement moins hors norme, puisque cela mène à une moyenne d’à peu près 3 décès par million de personnes par jour, soit un niveau comparable à celui ou nous étions en Belgique début mai.

Comparer la courbe des décès sur une masse de 1,3 milliard d’habitants avec celle d’un pays de la taille de la Belgique fausse le regard. Il est plus judicieux de comparer les graphiques entre l’Europe et l’Inde, même si l’Europe géographique est nettement moins peuplée (plus de 750 millions d’habitants).

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Des disparités régionales très importantes

Selon les Etats, l’Inde affiche des incidences et des décès bien différents : A Goa, par exemple, un Etat de la côte Sud-Ouest, dans les 7 derniers jours, on a recensé 28,5 décès par million d’habitants, soit l’équivalent du pic de la première vague en Belgique.

A Delhi, on recense 250 morts par jour, soit 14,7 par million et par jour, ce qui correspond presque à notre pic de la 2e vague (17,69 décès par jour et par million d’habitants le 10 novembre 2020).

Ce sont des chiffres officiels, la réalité est-elle bien au-delà ?

C’est bien cela le problème. Ces chiffres sont basés sur les cas officiels, or d’énormes difficultés sont rencontrées pour ceux-ci. D’abord, il n’y a pas de registre centralisé des décès en Inde qui permettrait de mesurer facilement la surmortalité, et ce recensement porte donc principalement sur les décès qui se sont déroulés à l’hôpital et ou qui ont été confirmés par un test PCR positif.

Or, dans les régions les plus touchées, tant le dispositif hospitalier que ceux de testing sont visiblement complètement dépassés et les témoignages abondent pour montrer qu’il y a une mortalité très importante qui est rencontrée en dehors des hôpitaux. S

elon certains observateurs, et sur la base des décomptes de lieux ou s’organisent les crémations, le bilan pourrait être jusqu’à 10 fois supérieur à celui-ci. Si c’est effectivement le cas, cela amènerait à une mortalité de 30 décès par jour et par million, soit le niveau que nous avions atteint en Belgique au pic de la première vague.

Sachant que cela concerne toute l’Inde, et qu’il y a des variations géographiques très importantes, cela indique qu’on puisse avoir localement des niveaux de mortalité vraiment catastrophiques.

L’Institute for Health Metrics and Evaluation, un centre de recherche sur la santé publique à l’université de Washington, a appliqué des modélisations au cas de l’Inde : ils estimaient ainsi, au 19 avril, que le nombre réel d’infections quotidiennes était près de 29 fois supérieur aux cas enregistrés.

Selon ces calculs, les 10 millions de cas quotidiens seraient déjà dépassés. Sans amélioration de la situation, les estimations suggèrent que l’Inde pourrait atteindre plus d’un million de cas de Covid-19 par jour avec plus d’un million de décès cumulatifs de Covid-19 d’ici le 1er août 2021.

Pourquoi cette flambée ?

L’Inde avait été relativement épargnée par la première vague, avec des mesures de prévention qui avait été prises relativement tôt. Il y a plusieurs facteurs qui peuvent avoir contribué à cette nouvelle vague. Des variants plus transmissibles que lors de la première vague peuvent s’être combinés avec un relâchement des mesures, en particulier lors de certains grands rassemblements de foule.

Ces deux facteurs mis ensemble peuvent avoir contribué à une flambée particulièrement rapide. En outre, la vaccination est encore à un niveau très bas, autour de 10% en première dose et 3% à deux doses. Ce niveau relativement bas combiné avec des variations géographiques importantes dans cette couverture peut avoir laissé des parts énormes de la population exposée à cette nouvelle vague.

Analyse en plateau dans notre 19h30 de ce vendredi :

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