Derrière les chiffres : B.1.1.7, le nouveau variant britannique du coronavirus, pourquoi on le craint autant?

Chaque vendredi, "Derrière les chiffres" décrypte les chiffres de la pandémie, en collaboration avec l’épidémiologiste Marius Gilbert (ULB). Cette rubrique est également accessible en podcast.

Cette semaine, notre information chiffrée contient une lettre. Il s’agit de B.1.1.7, le nouveau variant britannique du SARS-CoV-2, dont on parle tant. Il porte également le nom de Variant 202012/01 (VOC, comme Variant of Concern). Il a été détecté au Royaume Uni depuis mi-septembre 2020 et se propage rapidement.

Durant la semaine du 9 décembre, ce nouveau variant était déjà responsable de 62% des nouveaux cas à Londres. Il est aujourd’hui présent dans de nombreux pays, dont la Belgique qui compte à ce jour 4 cas. Ce nouveau variant risque donc de se propager chez nous également.


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Le virus est-il plus dangereux ?

C’est la question principale. Tous les virus mutent régulièrement. La plupart du temps, cela ne change rien. Les virus à ARN se recopient à l’infini. Comme lors de la copie d’un texte à la main, des erreurs de transcription s’y greffent. Un virus est constitué d’un code génétique (ici, il s’agit de l’ARN), composé de 4 lettres, A, U, G, C.


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Au fur et à mesure des erreurs de copie, les mutations peuvent donner une nouvelle forme du virus, un nouveau "variant". Les scientifiques le découvrent en analysant les données de séquence du génome du virus, au départ des tests de diagnostics réalisés sur les patients. Dans le cas du variant B.1.1.7., le nouveau variant cumule 14 nouvelles mutations. Plusieurs d’entre elles sont présentes sur la protéine Spike du virus, appelée ainsi à cause de son aspect en "picots". Or, cette protéine est la clé qui permet d’entrer dans nos cellules.

D’après une publication de l’Imperial College de Londres, le variant B.1.1.7 du virus est plus transmissible (plus infectieux). Plusieurs études montrent aujourd’hui qu’il serait entre 50% et 70% plus transmissible. Selon les experts, cette variante augmenterait le taux de reproduction (le nombre de personnes qui peuvent être infectées par une personne contaminée) de 0,4 à 0,8. Il était ainsi estimé entre 1,4 et 1,8 durant une période où la Grande-Bretagne appliquait pourtant la distanciation sociale.

Ce virus ne serait cependant pas plus mortel. S’il est plus contagieux, il ne semble pas plus virulent que les autres souches qui circulaient avant.

Les enfants plus touchés ?

Les scientifiques britanniques ont observé davantage de moins de 20 ans affectés par le nouveau variant, par rapport au virus "classique". Cependant, ces observations ne peuvent pas nous permettre de tirer des conclusions. La propagation de ce variant du virus peut être due au fait que les écoles sont restées ouvertes. Cette question demande davantage d'investigations. 

Quelles conséquences sur le vaccin et les mesures barrière ?

La nouvelle souche B.1.1.7 pourrait-elle rendre les vaccins inopérants ? Dans le cas des vaccins à ARN messager, quelle que soit la mutation, il est possible pour les fabricants d’adapter très rapidement le vaccin à un nouveau variant. Par ailleurs, les essais cliniques des vaccins se sont déroulés alors que de nombreuses mutations du virus existaient déjà et ils se sont avérés efficaces. Il reste cependant une zone grise au sujet de l’impact du variant britannique sur les vaccins existants.

Ce qui est certain, c’est que si ce variant se propage massivement en Belgique, il faudra redoubler d’efforts pour arriver aux mêmes résultats : un virus plus transmissible exige des gestes barrières et des mesures plus restrictives, pour contenir l’épidémie.

 

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