Derrière les chiffres : 5e épisode, 5% des Belges ont des anticorps contre le coronavirus

Chaque vendredi, Derrière les chiffres vous aide à décrypter les données de la pandémie de coronavirus. En collaboration avec l’épidémiologiste Marius Gilbert (ULB), nous nous penchons cette fois sur un pourcentage. Il s’agit de la proportion de personnes en Belgique qui ont développé des anticorps suite à une infection au COVID-19. On l’appelle la "séroprévalence".

5 Belges sur 100

A l’heure actuelle, selon les dernières données disponibles chez Sciensano, ce taux est estimé à environ 5% de la population belge. Attention, 5% des Belges qui ont des anticorps mesurables, cela ne veut pas dire qu’il y a 5% de Belges infectés. Car une grande partie (on ignore combien) de personnes infectées ont déjà perdu leurs anticorps. Ces personnes qui ont perdu leur niveau d’anticorps sortent du décompte.

Au début de la première vague, en avril, nous en étions à 4,3%. La séroprévalence est donc par nature variable. Il ne s’agit jamais d’un taux fixe. La proportion de personnes infectées qui ont fabriqué des anticorps dirigés contre un virus varie d’une vague épidémique à l’autre. Elle évolue dans le temps et peut varier aussi selon les méthodes de calcul.

Enfin, la séroprévalence se différencie également d’une région à l’autre, en fonction de la proportion de contaminations (l’incidence, le nombre de personnes contaminées rapporté à 100.000 habitants).

Prises de sang

Pour estimer la séroprévalence, il faut réaliser des études sur la base d’échantillons sanguins. C’est ce qui a été fait en avril dernier. Depuis le 30 mars, Sciensano reçoit toutes les 2 semaines des échantillons de la Croix-Rouge section Flandre et du Service du Sang pour la Wallonie et Bruxelles et les analyse.

Selon les dernières données, 10.453 échantillons ont été étudiés et les analyses les plus récentes font apparaître qu’environ 5% des donneurs de sang ont développé des anticorps détectables contre le coronavirus. Ce pourcentage reste stable depuis avril 2020.

Les travailleurs de la santé dans les hôpitaux sont également testés de façon distincte. Logiquement plus exposés, ils sont 10% à avoir des anticorps contre le coronavirus.

La sensibilité des tests sérologiques varie selon le moment de l’infection. Elle est de 50% au moment de l’infection et augmente jusqu’à 95% une à deux semaines plus tard.

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© Sciensano

Trop d’inconnues

Pourquoi certaines personnes sont contaminées une deuxième fois ? Combien sont-elles ? On l’ignore encore. Il semble qu’elles développent une forme de mémoire immunitaire, qui leur permette de redévelopper rapidement une salve d’anticorps.

Combien de temps dure cette immunité ? Les dernières recherches montrent qu’elle pourrait aller jusqu’à 6 mois, mais il y a encore pas mal d’incertitude. 5%, c’est vraiment très peu au regard des 60 à 70% de la population qui devraient être infectées pour atteindre une immunité collective. Dans les prochains résultats d’analyses sanguines, Sciensano s’attend à voir une augmentation. La 2e vague fait espérer un point positif : on devrait voir augmenter le nombre de personnes ayant développé une immunité contre le virus. Mais pas au point de tout miser sur une immunité collective "naturelle". Cela se ferait au prix d’une intolérable mortalité chez les plus faibles, ce qui serait éthiquement inacceptable.

►►► A lire aussi : L’immunité collective ciblée, une option réaliste ou stratégie meurtrière ?

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