Derrière les chiffres : 3, comme 3 indicateurs à regarder si vous êtes largués sur l’état de l’épidémie

Chaque semaine, Derrière les chiffres décrypte les chiffres de la pandémie, en collaboration avec l’épidémiologiste Marius Gilbert (ULB). Ce vendredi, il nous semble nécessaire d’éclairer le public un peu perdu – et il y a de quoi – dans les données épidémiologiques : le virologue Emmanuel André (KULeuven) a livré un rapport sur l’évolution variant britannique plus contagieux et évoqué une 3e vague possible, mais les données de Sciensano au jour le jour sont relativement stables. Comment s’y retrouver ? Voici le couteau suisse pour vous ne pas vous y perdre.

Notre chiffre est 3, comme 3 indicateurs à regarder pour se faire une idée claire de la situation actuelle. A quoi faut-il être attentif pour se faire une opinion ?

Le couteau suisse

Lorsque vous vous plongez dans les données épidémiologiques de Sciensano, cela se passe ici. Sur le tableau résumé, vous pouvez regarder 3 indicateurs (et vous pouvez ensuite affiner en allant sur chaque onglet spécifique) :

  1. Les hospitalisations : il s’agit d’un indicateur de sévérité de la maladie, un paramètre fondamental en santé publique. Sont-elles en hausse ? Ou pas ?
  2. Les nouveaux cas journaliers (comparés idéalement au même jour de la semaine précédente) : sont-ils en hausse ou pas ? Il s’agit des cas détectés comme positifs par des tests PCR ou antigéniques. Sont-ils également en hausse ? Ou pas ?
  3. Le taux de positivité, à savoir le pourcentage de tests positifs rapporté un nombre de tests réalisés : est-il en hausse ou pas ?

Si ces trois indicateurs augmentent de façon significative, alors, il y a une vraie reprise de l’épidémie. Ce n’est pas le cas ici.

Positivité et contaminations

Pourquoi regarder à la fois le taux de positivité et les nouveaux cas, puisque tous deux parlent de tests positifs ? Simplement parce qu’ils vont ensemble, mais peuvent être dissociés. Il se peut en effet :

  1. Que les cas augmentent, mais pas le taux de positivité : cela veut dire qu’on teste plus.
  2. Que le taux de positivité augmente, mais pas le nombre de cas : cela veut dire qu’on teste moins.
  3. Que les cas ET le taux de positivité augmentent, mais PAS les hospitalisations : dans ce cas, deux hypothèses se présentent, soit les hospitalisations vont augmenter avec un décalage, soit, si elles n’augmentent pas, que c’est l’effet positif de la vaccination qui commence à se faire sentir.

Et les décès ?

Le nombre de décès est ce qui nous effraye le plus. Être confronté à la mort, et aux chiffres de la mort est bouleversant. Aujourd’hui, près de 21.000 personnes sont décédées des suites du COVID-19 en Belgique. Par jour, une cinquantaine de personnes décèdent encore. Mais si l’on observe l’ensemble des données épidémiologiques disponibles, aujourd’hui, les décès n’apportent pas beaucoup d’informations pour suivre l’épidémie au jour le jour. Ils surviennent tard, après les hospitalisations et ont un gros impact en santé publique, mais peu de valeur informative en ce moment.

Et les variants ?

Les différents pays où le variant britannique B.1.1.7 (aussi appelé 501Y.V1) se répand attestent d’une contagiosité accrue de ce virus dont certaines mutations préoccupent, en raison de leur localisation sur la protéine-cible du SARS-COV-2 (le "spike", protéine S, "clé" d'entrée du virus dans la "serrure" de nos cellules. Les pourcentages de transmissibilité accrue relatés varient le plus souvent de 40 à 70%.

En Belgique, le rapport livré par la KULeuven au gouvernement à propos de la surveillance génomique de ces variants évoque une contagiosité supplémentaire de 65%. Cela signifierait, si le variant remplace totalement les souches actuelles, qu’il pourrait infecter 1,65 personne, là où dans les mêmes conditions, la souche traditionnelle en infecte une seule.

Il faut cependant nuancer, car il y aurait déjà, d'après la plateforme de surveillance génomique en Belgique, entre 15 et 25% de variant britannique parmi les cas positifs. Il y a donc déjà une part des contaminations qui intègre ce taux de reproduction supérieur. Pourtant, heureusement, jusqu’ici, on ne voit pas d’aggravation de la situation.

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