Coronavirus en Belgique : un mois après la réouverture, un commerce sur 5 risque la faillite

Covid-19 : Un mois après la réouverture, un commerce sur 5 risque la faillite
Covid-19 : Un mois après la réouverture, un commerce sur 5 risque la faillite - © DJABRIL BENNAFLA - BELGA

Après un mois de réouverture, le chiffre d’affaires des commerces est encore inférieur d’un tiers à son niveau normal. Selon le SNI, le Syndicat neutre pour indépendants, une grande majorité de commerçants ne disposeraient de réserves que pour deux mois à peine, au point qu’un commerçant sur 5 risque la faillite, sans mesures de soutien supplémentaires.

Le SNI a mené l’enquête auprès de 688 entrepreneurs. 85% d’entre eux connaissent une baisse significative de leur chiffre d’affaires par rapport à la période d’avant le Coronavirus. En moyenne, ils estiment cette baisse à 35%. " Surtout, 60% des indépendants estiment ne plus avoir assez de réserves pour tenir plus de deux mois sans nouvelles mesures ", explique Christine Mattheeuws, la présidente du SNI.

Etendre le " droit passerelle " aux commerces

Il faut, demande le SNI que les commerces soient reconnus en difficulté et puissent bénéficier des mesures de soutien aux entreprises en difficulté annoncées par le gouvernement la semaine dernière. " Il faut que le " droit passerelle " soit accordé au moins jusqu’à la fin de l’année pour les commerces ", estime Christine Mattheeus du SNI. Pour le SNI, ce revenu de remplacement pour indépendants doit être accordé aux entrepreneurs commerçants qui ont rouvert leur commerce mais qui subissent encore des pertes de chiffre d’affaires. Le SNI demande aussi que les commerçants puissent mettre leur personnel au chômage économique jusqu’à la fin de l’année.

Reprise lente, stocks difficiles à écouler

Le fait que les ventes soient moindres réduit les rentrées des commerçants. Cela les freine aussi dans leur dynamique commerciale. 95% des commerçants ont encore des stocks importants. C’est surtout vrai dans le secteur de l’habillement et de la chaussure. " Un quart des commerçants doivent encore payer une partie de ces stocks car ils ne disposent pas d’assez de réserves pour payer à la fois toutes les factures et les frais courants ", explique Christine Mattheeus. Par ailleurs, seul un commerçant sur trois s’est déjà engagé auprès de ses fournisseurs pour commander des stocks pour la prochaine saison. Les deux autres tiers sont anxieux et craignent un deuxième lockdown à l’automne ou ne disposent pas d’assez de liquidités.

Redémarrage plus compliqué dans les centres commerciaux

Les centres commerciaux ont rouvert le 11 mai, comme la plupart des commerces. Un mois après l’ouverture, " les chiffres de fréquentation augmentent chaque semaine ", explique Nicolas Beausillon, directeur commercial de Werelhave Belgique, une société immobilière qui gère des surfaces commerciales dans plusieurs villes belges. La réouverture s’est faite en demi-teinte, explique-t-il. Le fait que les clients doivent venir seul influence les chiffres de fréquentation à la baisse. Cependant, depuis la réouverture, le nombre de clients augmente chaque semaine, plus vite en Flandre qu’en Wallonie. " Les centres commerciaux wallons ont des niveaux de fréquentation 20 à 25% inférieurs à la normale. En Flandre, on est plutôt à -10% de fréquentation ", explique Nicolas Beausillon. Selon lui, ce sont les petits centres commerciaux implantés dans les centres-villes qui s’en sortent le mieux. Viennent ensuite les " retail park ", ces grands parkings implantés en dehors des villes où chaque commerce est accessible directement de l’extérieur. Enfin, les centres commerciaux, les galeries marchandes connaissent un redémarrage plus lent.

Selon le SNI, la situation financière est difficile pour tous les commerces, mais elle est souvent plus compliquée pour les commerces implantés dans des centres commerciaux. " Beaucoup de commerçants installés dans des galeries ont des règles supplémentaires à suivre. Par exemple, on ne peut pas ouvrir ou fermer quand on veut. C’est parfois difficile, de décider de fermer tel ou tel jour plus calme ", explique Christine Mattheeus du SNI. " Et tous sont locataires, un problème en plus ", poursuit-elle.

Les charges, dont les loyers, auxquelles doivent faire face les commerçants sont importantes dans les centres commerciaux. " Alors que nous étions fermés, il y avait toujours le loyer à payer ", explique un commerçant. Face aux difficultés que les commerces ont rencontrées lors de la fermeture, les sociétés immobilières ont chacune eu leur propre manière de réagir. " Après la mi-mars, la quasi-totalité des locataires ont arrêté de payer le loyer ", explique Nicolas Beausillon, de Wereldhave. Et il poursuit : " Dans ce cadre-là, nous avons entamé des discussions avec nos locataires pour voir quelles modalités proposer. Le groupe a fait preuve de solidarité en proposant un abandon d’une partie des loyers pendant la période de fermeture et des reports pour la partie à payer ". Les commerces ont donc payé 50% en moins pendant la fermeture. Pour la partie due, elle peut être reportée dans le temps. " Je connais des centres commerciaux en France où l’on a laissé tomber 100% du loyer ", explique un commerçant qui souhaite garder l’anonymat, illustrant le fait qu’il y a autant de stratégies face à la crise que de propriétaires immobiliers.

Depuis la réouverture, les loyers sont dus, souvent plusieurs milliers d’euros. Il sera difficile de les payer pour certains commerçants. " Depuis la réouverture, l’analyse se fait au cas par cas, en fonction des difficultés rencontrées par chaque commerçant ", explique le responsable commercial de Wererlhave Belgique : " Par exemple, certains locataires qui doivent aujourd’hui passer commande pour la prochaine saison et qui n’ont pas les liquidités nécessaires, cela ne sert à rien de leur mettre une pression supplémentaire de paiement des loyers. Si nous devons légèrement jouer le rôle de la banque, on n’est prêt à le faire pour soutenir nos locataires ", explique Nicolas Beausillon.

Faut-il s’attendre à plus de faillites dans les centres commerciaux ? Il est trop tôt pour le dire. " Aujourd’hui, chez nous, il n’y a pas encore de faillites déclarées. Certaines chaînes se sont mises à l’abri de leur créancier, comme Casa et Camaïeu. Mais dans un portefeuille de plus 500 contrats en gestion, nous n’avons pas de faillites jusqu’à présent ", explique Nicolas Beausillon de Werelhave Belgique qui conclut : " On commence à voir un début d’impact mais on n’a pas encore vu de gros impact problématique. Mais il y a encore beaucoup de négociations en cours entre nous et nos locataires entre ces locataires et leurs banquiers et le SRIW, le SPW etc pour avoir des supports financiers pour passer la crise ". La suite de l’année 2020 risque d’être encore semée d’embûches pour les commerces.

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