Covid 19 : la difficile vie des infirmiers à domicile

Covid 19 : la difficile vie des infirmiers à domicile
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Covid 19 : la difficile vie des infirmiers à domicile - © Tous droits réservés

La situation particulière que nous vivons depuis quelques semaines bouleverse la vie de millions de Belges. Les décisions du gouvernement belge encouragent la population à rester chez elle, confinée, pour éviter la propagation du Covid 19. Certains n’ont pas le choix, ils doivent sortir pour exercer leur métier. On pense aux livreurs, aux travailleurs dans le secteur de l’alimentation, aux ouvriers, aux pharmaciens et bien d’autres. Nous avons décidé aujourd’hui de vous dresser le quotidien actuel de Ginger Dassy, elle est infirmière à domicile. Comme beaucoup d’autres, elle est en première ligne face à ce virus invisible qui terrifie toute une planète. Après avoir travaillé pendant plusieurs années dans le service d’urgences d’un hôpital, Ginger s’engage il y a quatre ans dans une société d’infirmiers à domicile. Elle, comme les 32.000 autres infirmiers à domicile du pays, s’engage actuellement à ne pas laisser les patients qui en ont le plus besoin. On essaie de rester sur le pont autant de temps qu’on peut, on n’abandonnera personne ", promet-elle.

Manque criant de gants et de masques

Le premier patient atteint du coronavirus a été diagnostiqué début février. A l’époque, l’inquiétude est relative. Mais depuis quelques jours, la situation s’aggrave. Des milliers de cas sont désormais recensés. La Belgique décide de passer en confinement le mercredi 18 mars. La population panique et le boulot de Ginger se complique. Nous la rencontrons la veille du confinement. Son angoisse grandit. "Le matériel manque cruellement pour s’occuper en toute sécurité des patients, s’inquiète l’infirmière à domicile. On essaie de survivre avec les réserves qu’il nous reste. Il y a deux semaines, ça allait encore, autant là, ça devient un peu anxiogène […] On manque de gants, de masques", poursuit-elle.

Inquiétude partagée par son patron, "On est dans la débrouille, affirme Philippe André, directeur d’une entreprise de soins infirmiers à domicile. J’ai un petit stock parce que j’ai pu anticiper, mais pour des périodes courtes. J’ai des gants pour encore 15 jours, trois semaines. Pour les masques, on parle de jours. "

Les stocks se vident et impossible pour l’instant de faire appel aux grossistes habituels. "Maintenant nos grossistes sont réquisitionnés par l’Etat. La principale angoisse de l’équipe aujourd’hui, c’est comment on va arriver quand le stock sera vide ", poursuit-elle. Y arriver, Ginger en est persuadé, elle et son équipe y arriveront, mais dans quelles conditions ? "C’est le flou artistique", répond l’infirmière.

Les infirmiers à domicile, personnes ressources

Nous sommes au lendemain du confinement, le jeudi 19 mars. Nous retrouvons Ginger Dassy chez une patiente de 90 ans pour qui il est impossible de se déplacer. Elle poursuit ses tournées bien chargées. Pour l’infirmière et ses collègues, le confinement n’a pas changé leur manière de travailler, sauf qu’aujourd’hui, elles doivent être encore plus rapides pour éviter au maximum les éventuelles contagions. "On nous demande de faire le plus rapidement possible pour diminuer le temps chez les patients. Il faut essayer d’être efficace et rester humain", ajoute Ginger. Rester humain car "des personnes ne savent pas vivre sans nous, explique-t-elle. On profite de ce seul contact qu’il leur reste pour les rassurer". Ginger et ses collègues ont ce rôle crucial d’accompagnement des patients. Mais ce sont aussi elles qui vont permettre de lutter efficacement contre le virus. "On ne mentionne pas les infirmiers à domicile alors que c’est nous qui allons permettre à tous ces gens de rester à la maison et ne pas engorger l’hôpital", conclut l’infirmière.

Réduction des soins

Les tournées sont toujours aussi effrénées. Pourtant, le directeur de Ginger a réduit de 15 à 20% le nombre de patients. Les soins dits ‘de conforts’, tels que les soins de cheveux, les soins de plaies, les toilettes sont réduits. "Je suspends des soins pour pouvoir libérer du temps pour les infirmières. J’ai aussi demandé à des infirmières de rester chez elles, pour essayer d’étirer le plus longtemps possible dans le temps", affirme Philippe André. Lui, comme beaucoup d’autres, sait que le Covid 19 va encore chambouler nos vies pendant quelques semaines.

Le matériel diminue, la famille mise à contribution

Nous sommes le lundi 23 mars. Une semaine après notre première rencontre avec Ginger, la situation est toujours aussi catastrophique. Les masques et les gants manquent toujours cruellement. Dans son bureau, elle compte les boîtes. "Il reste 14 caisses de gants. Quand ce sera fini, plus de gants, constate-t-elle. Mais pas question que mes infirmières aillent dans le caca à mains nues", martèle la soignante. Pour les masques, même constat, il n’y en a plus beaucoup alors Ginger et ses collègues infirmières les gardent toute une matinée. Mais elles le savent, "ce n’est pas idéal. Normalement, on change toutes les deux à 4 heures ", poursuit-elle. Philippe André tente lui aussi de trouver des solutions. "J’ai demandé à mon personnel s’il n’y a pas des mamans qui peuvent coudre des masques en tissus, concède le directeur de la société. C’est mieux que rien. Le fait d’avoir un masque, ça protège un peu des gouttelettes". Heureusement, les mamans sont là. Celle Ginger a travaillé d'arrache-pied le week-end dernier. "Je l’ai faite travailler comme une clandestine chinoise, plaisante-t-elle. Ma mère en a cousu environ vingt et elle prendra encore en charge une vingtaine de masques. "

Les prix des produits explosent

Ces aides parentales sont précieuses. Car certains profitent des pénuries. Les prix ont flambé. A la recherche de solution hydro alcoolique, Ginger Dassy a fini par en trouver. Douze litres. Une bonne nouvelle pour les infirmiers, mais moins pour le portefeuille. C’est vingt euros le litre, on ne se fout pas de nous", ironise la soignante. Les trafics apparaissent. Le directeur le confirme. Il a récemment été contacté. Parce que ses infirmières en ont vraiment besoin, il a acheté 200 masques pour 300 euros. "C’est très cher. Il y a des masques à 2,50 euros. On est un peu en état de guerre […] il y a des gens qui profitent de la pandémie", conclut Philippe André.

Dans ces situations d’incertitude, certains ont choisi d’en profiter, d’autres d’encourager. Depuis plusieurs jours maintenant, les Belges ont initié chaque soir à 20 heures des applaudissements envers le personnel soignant. "C’est chouette, l’initiative est sympa ", admet Ginger avant d’ajouter : "Ça fait des années que les infirmières et les médecins donnent du temps pour les autres. Maintenant que tout le monde est touché, on devient des stars de cinéma, c’est ingrat, mais c’est normal ", s’indigne-t-elle.

Ginger Dassy le sait, elle est en première ligne face au coronavius. Un jour peut-être, elle risque de l’attraper. "C’est une angoisse de l’avoir, confie-t-elle. Je ne m’inquiète pas de ma santé, je m’inquiète pour celle de mes patients. Je suis peut-être déjà porteuse. Le seul problème de cette crasse, c’est qu’on peut se balader sans problème et être un danger pour les autres." Pour Ginger, ses collègues et leur patron, ce sera le combat de ces prochaines semaines, trouver des gants et des masques pour protéger au mieux leurs patients du Covid 19.

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