COVID-19 : comment vous y retrouver dans les publications scientifiques ?

COVID-19 : comment vous y retrouver dans les publications scientifiques ?
COVID-19 : comment vous y retrouver dans les publications scientifiques ? - © biscotto87 - Getty Images/iStockphoto

"J’ai lu ça dans un article scientifique" : cette petite phrase, assénée comme une caution, recouvre bien des réalités. Il existe tout une panoplie de publications scientifiques. Pour vous y retrouver, et les lire avec les pincettes nécessaires, voici quelques explications.

Une masse énorme

Les recherches sur le COVID-19 évoluent à toute vitesse. Chaque semaine, des milliers de publications paraissent sur le sujet. Traitements, prévention, recherche de vaccins, essais cliniques, modélisations, s’accumulent comme jamais. Selon LitCovid, une plateforme consacrée aux articles sur la COVID-19, 1740 publications ont été rédigées sur le sujet, rien que durant la dernière semaine d’avril. Comme le constate le journal Le Monde, "les normes habituelles de production de connaissance sont bousculées par le SARS-CoV-2.". Pour le meilleur, ou pour le pire ?

Preprint ? What’s that ?

Pour suivre le rythme effréné du virus et de la recherche associée, d’innombrables publications paraissent très rapidement sur des plateformes de publications "preprint", ou si vous préférez, des sites de prépublication, tels que bioRxiv et medRxiv. L’auteur.e publie son étude sans qu’elle ne soit relue / revue par des pairs.


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Il arrive que des publications soient ensuite retirées, lorsqu’elles sont douteuses ou suscitent trop d’interrogations. Le site Retractionwatch recense ces articles. On y trouve par exemple une étude indienne, citée par l’ex-prix Nobel Luc Montagnier, relatant "l’étrange similitude d’inserts uniques" entre le SARS-COV 2 et le VIH, le virus du Sida. Cette pré-impression sur le site bioRxiv publiée le 31 janvier 2020 a été retirée le 2 février 2020.

L’article relu par les pairs

A l’inverse, les publications dans des revues scientifiques prestigieuses comme The Lancet ou Nature font l’objet d’une longue sélection et d’un processus qui peut prendre jusqu’à deux ans. L’auteur.e soumet son article à la relecture par un comité de scientifiques, des pairs, choisis par l’éditeur. Ceux-ci vont formuler des questions, des critiques, des demandes, et en fonction de leur regard sur la qualité et le sérieux du papier, l’éditeur décidera de l’accepter ou non. L’avantage : un processus d’amélioration, de vérification, de comparaison et de sélection. L’inconvénient : le temps, la durée. Le temps que le papier sorte, une épidémie est terminée.

Les bonnes questions à se poser

Face à une publication scientifique non relue par les pairs, il faut être prudent. La CJR, Columbia Journalism Review, énonce un certain nombre de conseils pratiques, valables pour les journalistes, comme pour les curieux. Parmi ces recommandations :

- Lire l’étude en entier, et non sa synthèse ;

- Regarder qui a "abandonné" l’étude : les patients enrôlés dans une étude ne sont généralement pas aussi nombreux à la fin, qu’au début. Si le nombre d’abandon ou de patients "sortis" de l’étude est important, cela peut-être une source de préoccupation ;

- Voir s’il y a un groupe témoin : s’il n’y a pas de groupe de comparaison entre les patients traités avec un médicament, et un groupe de référence, il est impossible de savoir ce qu’il se serait passé sans ce médicament.

- Soumettre l’étude au regard critique de scientifiques extérieurs et lire les commentaires sous l’article publié sur un site de prépublication : ils sont souvent révélateurs de biais, comme des biais de sélection, biais de mesure, absence de groupe témoin, etc.

Traitements, émotions, et raison

Ainsi, la publication en "preprint" sur l’administration d’hydroxichloroquine, combinée à l’antibiotique azythromicine, du Professeur Didier Raoult, de Méditerrannée-Infection, a fait l’objet de nombreuses critiques sur sa méthodologie. Malheureusement, l’étude Discovery fort attendue, comparant 4 traitements sur 3200 patients de plusieurs pays européens, n’est toujours pas parue.

Les défenseurs de Didier Raoult estimant, de toute façon, que cette étude testant l’hydroxichloroquine seule, et non associée à l’antibiotique en question, fausse les résultats. La polémique n’est pas éteinte, sur ce sujet très émotionnel. Mais la science ne peut fonctionner avec des émotions. Cette crise sanitaire est aussi une épidémie de fausses informations. Elle requiert un regard critique, y compris sur les publications scientifiques.