Coronavirus : voici les mesures politiques les plus efficaces pour lutter contre l’épidémie

Les pays ont adopté des mesures diverses et variées pour combattre la pandémie. Une toute nouvelle étude parue dans Nature Scientific Reports en compare l’efficacité et l’impact. Il s’agit d’interventions appelées en épidémiologie "non pharmaceutiques", qui n’agissent donc pas sur le virus lui-même mais sur les contacts, ou la distanciation sociale. Ces mesures incluent les contrôles aux aéroports et les restrictions de la mobilité internationale, l’annulation des événements publics, les restrictions concernant les rassemblements privés, la fermeture des écoles et des lieux de travail, les restrictions de la mobilité interne, la fermeture des transports publics et le confinement à domicile.

Ces différentes mesures ont été mises en œuvre avec différents niveaux d’intensité : recommandées ou obligatoires, limitées à une région ou étendues à tout le pays, et à différents moments de la situation sanitaire des pays concernés.

Ce vendredi, les autorités se réunissent afin justement de déterminer de nouvelles mesures politiques pour tenter d’endiguer la propagation du virus. Les voyages non essentiels hors Belgique pourraient d’ailleurs être interdits du 31 janvier au 1er mars.

Mais quelle est l’efficacité de ces mesures ?

Identifier la mesure efficace

"L’apport principal de cette étude", explique le belge Bertrand Verheyden, qui travaille au Liser (l’institut luxembourgeois de recherche socio-économique), "est qu’elle permet d’identifier l’effet de chacune des politiques de confinement en tenant compte de l’existence d’autres politiques". Avec Nikolaos Askitas, Konstantions Tatsiramos, Bertrand Verheyden a étudié dans quelle mesure chaque politique adoptée a eu un impact sur le chiffre d’incidence quotidienne du COVID-19 (nombre de nouvelles contaminations par 100.000 habitants) et sur la mobilité des personnes dans différents lieux. L’objectif était d’examiner laquelle de ces mesures mises en place lors de la première vague a été la plus efficace. De quoi nous inspirer pour l’avenir, si nécessaire. "Cette étude permet d’étudier simultanément les différentes politiques et d’identifier l’effet de chacune d’entre elles", résume Bertrand Verheyden.

175 pays dont la Belgique

Les chercheurs ont utilisé les données fournies par 175 pays concernés par la première vague de 2020. Ils ont combiné différentes bases de données : (Centre européen de prévention et de contrôle des maladies) pour le nombre d’infections journalières testées positivement, Google Commmunity Mobility Reports pour la mobilité des personnes, et le COVID-19 Government Response Tracker développé par Oxford qui liste le timing et l’intensité de toutes les interventions non pharmaceutiques à travers le monde.

Fin des événements publics, privés, fermeture des écoles et télétravail

Leur étude révèle que les politiques les plus efficaces pour réduire l’incidence quotidienne du virus sont l’annulation des événements publics, l’imposition de restrictions sur les réunions privées et la fermeture des écoles et des lieux de travail. Ces quatre mesures ont eu des effets significatifs sur la réduction des contaminations au COVID-19. Ces politiques mettent en moyenne une semaine pour produire leurs premiers effets.

"C’est assez intuitif, finalement. Ce sont les politiques qui réduisent la mobilité dans les lieux où il y a les plus grands rassemblements, où la densité est la plus forte, où la fréquence d’interactions est la plus forte, sont les politiques qui fonctionnement le mieux", explique Bertrand Verheyden.

Une semaine après l’entrée en vigueur de ces quatre restrictions, les données révèlent une chute de l’incidence de COVID-19, qui devient négative dans la quinzaine.

L’annulation des événements publics ou les restrictions sur les rassemblements privés provoque une diminution de 12% du nombre d’infections quotidiennes, six semaines après leur mise en place.

2 images
L’effet des politiques de lockdown sur les nouveaux cas de COVID-19. La ligne rouge pointillée correspond à la mise en œuvre de la mesure. © Tous droits réservés

Confinement et limitation des déplacements dans le pays

Les mesures de confinement (stay-at-home requirements), souvent prises en dernier recours, prennent plus de temps à produire un effet, d’après l’étude. L’efficacité du confinement semble moindre, alors que c’est la mesure la plus difficile à vivre pour la population.

"Les politiques les moins efficaces sont celles qui restreignent la mobilité des individus", poursuit Bertrand Verheyden, "en particulier la restriction de la mobilité interne, d’une ville ou d’une région à l’autre ainsi que l’annulation des transports publics". Les mesures de restriction sur les déplacements internes au pays et les transports publics ont un impact négligeable sur l’épidémie, parce que, disent les auteurs, "les mesures citées plus haut, introduites généralement plus tôt, ont déjà produit leurs effets et ont de facto réduit la mobilité". A partir du moment où les gens ne doivent plus aller travailler ou se rendre à l’école, à un concert, ou chez des amis, il ne reste plus grand monde sur qui des mesures de réduction de mobilité supplémentaires peuvent avoir un impact.

Restrictions des voyages

Enfin, les restrictions de voyages internationaux, bien qu’imposées plus tôt, ont eu un effet qui n’est que de courte durée, "un peu comme un barrage qui, dès qu’il y a une fuite, devient inefficace", explique Bretrand Verheden, l’un des auteurs. "Ces mesures sont devenues efficaces pour réduire les contaminations environ 10 jours après leur introduction, pour une durée d’environ 2 semaines et demie, après quoi elles ont cessé de produire leur effet", relève l’étude. Les mesures sur les voyages internationaux ont, selon les auteurs, "échoué à éviter de transformer une épidémie en pandémie, parce qu’elles étaient moins sévères".

Pour Bertrand Verheyden, "les contrôles sont insuffisamment stricts, et dès lors qu’on était au début de la pandémie, on parvenait peut-être à identifier un certain nombre de cas, et au départ, cette mesure était efficace, mais dès que quelques cas passent à travers les mailles du filet, le virus commence à se répandre à l’intérieur du pays et donc ces mesures ne sont pas efficaces".

Qu’est-ce qui réduit la mobilité ?

Les mesures les plus efficaces pour réduire la mobilité sont celles qui influencent les rassemblements de masse et où les règles de distanciation sociales tendent à être moins facilement respectées, comme la suppression des événements publics et privés, ainsi que là où les contacts sont fréquents et dans des milieux denses (travail et école).

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK