Coronavirus : une vidéo montre les millions de micro-gouttelettes en suspension prolongée dans l’air. Mais sont-elles contagieuses ?

À la demande de la télévision japonaise, NHK, l’organisme national de radiodiffusion du Japon, des scientifiques de l’Association japonaise pour les maladies infectieuses ont étudié et filmé la propagation des postillons et des micro-gouttelettes. Ils ont également voulu savoir si ces éléments étaient contagieux ou pas, et ce, afin de mieux conseiller la population dans le cadre de la pandémie du nouveau coronavirus, Covid-19.

Pour ce faire, les scientifiques et les techniciens ont filmé des personnes éternuant, toussant et parlant ensemble. Ils ont traqué les particules dans l’air en utilisant des rayons laser et des caméras très sensibles. Ce type de matériel permet de détecter des particules minuscules, de l’ordre de 0,1 micromètre, soit 0,1 millième de millimètre. Ce sont des particules qui sont par exemple équivalentes à la taille des microparticules de diesel. Elles sont très transportables dans l’air.

La vidéo de l’expérience commence par un éternuement, avec de gros postillons qui font un millimètre de diamètre au moins et qui tombent rapidement. Ils sont parfaitement visibles à l’œil nu. Par contre, la caméra sensible capte d’autres éléments. "Voici ce que les scientifiques observent lorsqu’une caméra sensible filme la scène : de très petites particules continuent à flotter dans l’air. Et quand on filme la même scène sous un autre angle, on voit que ces particules dérivent clairement dans l’air. Ce sont des micro-gouttelettes."

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Expérience sur les postillons et les micro-gouttelettes filmée par la télévision japonaise NHK en collaboration avec des scientifiques de l’Association japonaise pour les maladies infectieuses. © NHK

Les scientifiques reproduisent ensuite la scène avec deux personnes qui discutent face à face dans une pièce. Les deux interlocuteurs parlent fort et génèrent de nombreuses micro gouttelettes, visibles avec la caméra hypersensible : "Les gouttelettes restent bien présentes dans l’air, elles ne s’éloignent pas".

Les gouttelettes restent bien présentes dans l’air, elles ne s’éloignent pas.

Nous avons demandé au Professeur Thomas Michiels, spécialiste belge de la biologie des virus à l’Institut de Duve de l’UCLouvain, de regarder cette vidéo. Selon lui, elle met bien en évidence ce qui constitue la principale voie de transmission des virus grippaux : les aérosols, les micro-gouttelettes. 

"Elles sont produites en grand nombre quand on éternue (40 à 100.000 gouttelettes), quand on tousse et quand on parle, avec des quantités variables." L’expérience japonaise montre que ces micro-aérosols sont très concentrés près de la personne. Ils sortent très rapidement, puis sont freinés et flottent dans l’air. "C’est là que la distance joue. Il est clair que la concentration diminue selon la distance. On a placé 1,5 mètre comme norme de distanciation sociale, mais des gouttelettes peuvent se balader plus loin."

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Expérience sur les postillons et micro-gouttelettes réalisée par la télévision japonaise NHK en collaboration avec des scientifiques de l’Association japonaise pour les maladies infectieuses. © NHK

Les gouttelettes transportent-elles le virus ?

Le Professeur Kazuhiro Tateda, Président de l’Association japonaise pour les maladies infectieuses, interrogé par la télévision japonaise pense qu’il est possible que ces micro-gouttelettes propagent le virus. "Les micro gouttelettes transportent beaucoup de virus, nous les produisons lorsque nous parlons fort ou respirons fortement. Les gens autour de nous les inhalent et c’est ainsi que le virus se propage. Nous commençons à voir ce risque maintenant."

On ne sait pas jusqu’à quel point le virus reste infectieux quand les gouttelettes sèchent.

Le Professeur belge Thomas Michiels est plus nuancé. Selon lui, la vidéo japonaise n’apporte pas de réponse pertinente et scientifique sur cette question primordiale : "Jusqu’à quel point ces micro gouttelettes peuvent-elles transporter le virus infectieux ? Plus les gouttelettes sont petites, plus elles sèchent dans l’air. On ne sait pas jusqu’à quel point le virus reste infectieux quand les gouttelettes sèchent. Or c’est une question très importante. Mais pour l’instant, on n’a pas de réponse scientifique."

Dans une pièce avec plusieurs personnes

Les scientifiques et la télévision japonaise ont également reproduit le mouvement des petites particules dans une pièce ou sont rassemblées 10 personnes. "Une première personne tousse. Les plus grosses gouttes sont en vert et bleu. En moins d’une minute elles finissent au sol, mais les micro gouttelettes en rouge continuent à dériver"

 La simulation montre ensuite les micro gouttelettes après 5 minutes, 10 minutes et 20 minutes : elles restent bien présentes. "Si l’air ne circulait pas, les micro-gouttelettes ne bougeraient pas. Et comme elles ne peuvent pas se déplacer seules, elles restent en place pendant un certain temps" explique Masashi Yamakawa, professeur associé à l’Institut de Technologie de Kyoto.

Aérer les pièces de vie, c’est très important car cela permet d’évacuer les micro-gouttelettes.

Pour éviter cette stagnation des gouttelettes, il faut donc ouvrir les fenêtres et ainsi augmenter la circulation de l’air. Le scientifique belge Thomas Michiels appuie la recommandation faite dans la vidéo japonaise. "Aérer les pièces de vie, c’est très important car cela permet d’évacuer les micro-gouttelettes." Les scientifiques japonais conseillent jusqu’à une heure pour nettoyer totalement une pièce. Selon eux, le risque d’infection par micro-gouttelettes est plus important dans les espaces réduits, fermés et avec peu de ventilation.

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Simulation sur les micro-gouttelettes réalisée par la télévision japonaise NHK en collaboration avec des scientifiques de l’Association japonaise pour les maladies infectieuses. © NHK
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Simulation sur les micro-gouttelettes réalisée par la télévision japonaise NHK en collaboration avec des scientifiques de l’Association japonaise pour les maladies infectieuses. © NHK
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Simulation sur les micro-gouttelettes réalisée par la télévision japonaise NHK en collaboration avec des scientifiques de l’Association japonaise pour les maladies infectieuses. © NHK

Tout le monde doit donc porter un masque ?

Sur la question du masque, en Belgique et en Europe, le débat est toujours en cours. Selon le virologue de l’UCLouvain Jean Ruelle, "Il est clair qu’un masque ralentit ou bloque au moins partiellement la diffusion de particules virales lors de la toux et l’éternuement." Faut-il aussi en porter un quand on n’est pas malade, ou qu’on est asymptomatique ?

Les scientifiques sont partagés en Belgique. Les scientifiques japonais, eux, recommandent d’en porter un par mesure de prudence.


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