Coronavirus : quelles entreprises s’enrichissent grâce à la crise ?

C’est un grand classique de l’histoire économique. Pendant les crises, certains s’enrichissent et d’autres s’appauvrissent ou font faillite. La pandémie du Covid-19 n’échappe pas à ce scénario. Cette fois, les entreprises cotées qui s’en sortent bien sont même répertoriées dans un nouvel indice appelé "Stay at home index" : "Indice rester à la maison". C’est la société d’investissement MKM Partners qui l’a publié en février dernier.

S’y retrouvent environ trente sociétés cotées*, telles que les plateformes de vente Amazon, eBay et Alibaba. Sont également répertoriées Netflix et Facebook, ainsi que les sociétés qui facilitent le télétravail comme Slack et Zoom. La livraison de repas est également répertoriée avec GrubHub et Blue Apron.


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D’autres sociétés dans le monde, notamment dans le secteur de l’alimentation et du pharmaceutique affichent de bons résultats. Mais pourquoi certains arrivent-ils mieux à tirer leur épingle du jeu depuis le début de la pandémie du Covid-19 ? Et surtout, leur croissance se stabilisera-t-elle après le déconfinement ? Tour d’horizon international.

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Marchandises emballées sur un tapis roulant au centre de distribution du géant américain de la vente en ligne Amazon à Moenchengladbach, le 17 décembre 2019. © AFP

L’e-commerce champion avec Amazon

L’e-commerce a fait un bond en avant inédit depuis le début du confinement et Amazon est LE grand gagnant selon une récente étude du BCG, le Boston Constulting GroupAu premier trimestre de cette année, les ventes du géant américain ont augmenté de 26%. Conséquence directe, la fortune personnelle de son patron Jeff Bezos, a augmenté de 26 milliards $ et est actuellement à 141 milliards $, puisque celui-ci possède 11% des actions de sa propre entreprise.

Mais cette croissance dans ce contexte compliqué s’accompagne d’effets moins positifs : certes, Amazon a annoncé le recrutement de 175.000 personnes en mars et en avril, mais cela pèse dans ses frais et son bénéfice d’exploitation a légèrement diminué.

Son patron a en outre annoncé qu’il doit faire des dépenses importantes en matière de sécurité des employés. Amazon est en proie à des polémiques peu flatteuses pour son image de marque, avec le non-respect des mesures sanitaires pour ses travailleurs dénoncées par les syndicats. En Europe, la justice française lui a d’ailleurs imposé de fermer ses entrepôts. Ils ne devraient pas rouvrir avant le 18 mai au moins.


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Amazon va-t-il par ailleurs réussir à fidéliser sa nouvelle clientèle ou à garder les nouvelles habitudes ? C’est en tout cas le pari que fait son patron.

Et les autres géants de la Silicon Valley

Amazon fait partie des maîtres de la Silicon Valley que l’on rassemble sous l’acronyme des Gafam (Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft). A la fin du premier trimestre de 2020, tous ont affiché un chiffre d’affaires en hausse : Google +13%, Facebook +18%, Microsoft +15%, et Apple +1%.

Les maîtres de la Tech bénéficient d’une utilisation plus grande du cloud et des divers services en ligne qu’ils ont développés ces dernières années.

Néanmoins, dans les prochains mois, leurs revenus pourraient baisser dans plusieurs domaines à cause du confinement. Ainsi, les ventes d’Iphone sont annoncées à la baisse. Et la publicité, qui rapporte tant à Facebook et à Google et Facebook, est en nette diminution, étant donné les fortes coupes budgétaires des annonceurs.


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Une file d’attente pour entrer dans un supermarché Colruyt à Evere, le mardi 17 mars 2020 pendant le confinement pour limiter la propagation du Covid-19. © BELGA

L’alimentaire en temps de crise

Les ventes de nourriture on line ont explosé en Belgique et ailleurs dans le monde. Petite ombre au tableau, les grands distributeurs de l’agroalimentaire se sont retrouvés dépassés par les demandes, tout en n’arrivant pas encore à trouver un modèle rentable dans la livraison ou le pick-up. Il n’empêche, la crise sanitaire booste le chiffre d’affaires global des supermarchés. Et la fermeture des restaurants et cafés leur est très profitable également.

Ahold Delhaize s’en tire très bien. Le groupe est issu de l’achat de Delhaize par le néerlandais Ahold en 2016 (11 pays et 6500 points de vente). Son chiffre d’affaires a explosé ces dernières semaines : +30% en mars.


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Le groupe Colruyt maintient le cap. Avec les enseignes Colruyt, Okay, BioPlanet, DreamLand et DreamBaby. Sa part de Colruyt sur le marché belge augmente avec la crise du Covid-19. Sa politique du prix le plus bas pourrait aussi attirer plus de clients dans les prochains mois avec la crise économique qui est en train de se déployer.

Carrefour est le premier groupe parmi les distributeurs et le premier dans le monde. Ses objectifs pour les années qui suivent pourraient rencontrer les nouvelles attentes des clients, puisque le groupe veut améliorer sa rentabilité en se réorganisant, notamment en développant l’e-commerce. A voir dans les prochains mois si ses objectifs lui permettront de renouer avec la rentabilité attendue.

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Une camionnette Ocado à Liverpool, dans le nord-ouest de l’Angleterre, le 10 février 2019, lors d’une livraison de nourriture et de boissons. © AFP

Moins connu chez nous, mais très intéressant à observer : le cas du groupe Ocado, basé en Grande-Bretagne. Il est spécialisé dans le secteur des entrepôts automatisés. L’entreprise s’est très vite adaptée à la crise, notamment en élargissant ses créneaux horaires de livraison. En avril, ses recettes ont augmenté de plus de 40% par rapport à l’année précédente. Ocado a également conclu des contrats importants avec de grands distributeurs tels que M&S. Qu’en sera-t-il du futur ? Ocado dépendra en grande partie des habitudes des consommateurs, qui soit continueront à acheter en ligne, soit retourneront dans les magasins.

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Un ordinateur et un écran d’un téléphone portable affichant le logo Netflix. © AFP

Netflix : et après ?

Le géant américain du streaming vidéo Netflix a s’est offert près de 16 millions de nouveaux abonnés au premier trimestre de cette année. Pour l’entreprise, cette croissance est synonyme de bénéfice, puisque les nouveaux clients ne génèrent pas de coûts importants. Au contraire, ils permettent à Netflix d’optimiser sa rentabilité.

Par contre, Netflix pourrait bien souffrir de la fin du confinement. La société concède elle-même que son nombre d’abonnés futur reste incertain.


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Un panneau d’entrée du groupe pharmaceutique Johnson&Johnson à Irvine, en Californie, le 28 août 2019. © AFP

Le secteur pharmaceutique

L’entreprise américaine Johnson&Johnson a dévoilé ses résultats trimestriels et affiche une progression de 3,3% de son chiffre d’affaires ainsi qu’un bénéfice en hausse. L’entreprise développe en outre un vaccin contre le nouveau coronavirus et affirme qu’elle veut le produire en masse à partir de 2021.

D’autres groupes dans le domaine de la santé tirent aussi leur épingle du jeu, tels que Novartis ou Sanofi.


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Une enseignante travaille depuis son domicile en raison de l’épidémie de coronavirus Arlington, en Virginie. © AFP – 1er avril 2020

Zoom : en plein boum… Et attaqué

L’entreprise américaine de téléconférence Zoom était entrée en Bourse en avril 2019. Son nombre d’utilisateur a explosé dès le début du confinement, mais avec une légère décrue, à cause de failles de sécurité.

Ce succès fait évidemment des envieux. Les Gafam lésés dans certains domaines attaquent celui du télétravail, notamment avec la gratuité de "Google Meet". Facebook de son côté espère faire venir à lui plus d’utilisateurs et de publicité grâce à ses "Messenger Rooms".

*Les 33 sociétés répertoriées dans L’indice "Stay at home" de MKM Partners : Activision Blizzard, Netflix, Tencent Music, Zynga, Facebook, Match, Yelp, Zillow, Nexstar Media, New York Times, Sirius XM, Boingo Wireless, Purple Innovation, Sonos, Amazon, Blue Apron, Alibaba, eBay, GrubHub, JD. com, Shutterstock, Peloton, Sturm Ruger&Co., Campbell Soup, Central Garden&Pet Co., Clorox, Okta, Alarm.com, Citrix Systems, Atlassian, Slack, Zoom, Diamond Eagle.