Coronavirus: pourquoi, selon une étude scientifique, nous sommes trop optimistes face au risque

Coronavirus : nous sommes trop optimistes face au risque, selon une étude scientifique
Coronavirus : nous sommes trop optimistes face au risque, selon une étude scientifique - © FRANCOIS GUILLOT - AFP

Une récente étude menée en Europe au début du développement de l'épidémie de COVID-10 le montre : la majorité des gens se montrent exagérément optimistes face au risque d'infection. Le comportement humain joue un rôle fondamental dans la propagation des agents pathogènes, en amplifiant ou ralentissant la transmission par contact.

D'un point de vue épidémiologique, ce que nos autorités espèrent, c'est que les mesures de distanciation sociale seront efficaces et réduiront ou ralentiront la transmission du virus. Revers de la médaille : sous une perspective économique et sociale, les comportements d'évitement peuvent aussi avoir des effets négatifs tels que la discrimination de groupes ou d'individus, ou une pénurie de produits alimentaires ou pharmaceutiques. On l'a bien vu lorsque les Belges se sont rués de façon déraisonnable sur des produits tels que les pâtes ou ... le papier de toilette.

4000 participants

L'étude internationale que nous résumons ici a été menée à la fin du mois de février 2020, sur un échantillon de plus de 4300 individus, dans quatre pays européens (France, Italie, Royaume Uni, et Suisse) via le réseau de surveillance pour la grippe influenza. Elle est l'oeuvre d'une équipe dirigée par Jocelyn Raude, maître de conférences à l’École des hautes études de santé publique (EHESP), et chercheur à l’Unité des Virus Emergent de Marseille.

Les auteurs ont demandé aux participants d'estimer le risque d'infection au coronavirus sur une échelle, en distinguant la probabilité pour eux-mêmes d'être malade dans les prochains mois, de celles qu'ils perçoivent pour les autres. 

D'après les études psychologiques récentes, les gens évaluent généralement les risques au travers d'un biais optimiste. Ce prisme tronque leur vision et affecte leur jugement tant sur le risque absolu (les gens sous-estiment la probabilité de vivre un événement négatif), que sur le risque comparé (la plupart des gens pensent qu'ils sont moins susceptibles de vivre une expérience négative que les autres). Evidemment, dans le cas présent, il est impossible de prédire cet excès d'optimisme ou de pessimisme, puisqu'on ne connaît pas à l'avance les taux d'infection parmi la population. 

Moi, moins que les autres

Mais ce que nous imaginons pour les autres, nous avons bien du mal à l'imaginer pour nous-mêmes. "Ça n'arrive qu'aux autres", en quelque sorte.  Les gens estiment le risque de coronavirus d'une façon artificiellement optimiste. D'un côté, le risque qu'ils perçoivent pour eux-mêmes ou les autres est plus bas que celui estimé par les experts. D'un autre, la comparaison entre le risque d'infection pour soi-même et celui pour les autres, montre des différences significatives. Environ la moitié des participants estime moins probable d'être eux-mêmes infectés par le virus, plutôt que les autres, là où 5% seulement expriment un jugement opposé. Les auteurs de l'étude parlent donc d'un "optimisme irréaliste" dans la perception du risque. 

Experts et opinion : le grand écart

Cependant, on peut comparer les opinions que les gens expriment, et celles relayées dans la presse par des experts (infectiologues, épidémiologistes...). Ainsi, les professeurs Marc Lipsitch et Gabriel Leung, se basant sur de simples modèles épidémiologiques, ont estimé que plus de 40% de la population mondiale serait infectée durant l'année à venir. Cependant, l'échantillon de population interrogé dans l'étude estime ce risque en moyenne à 1%. Notez l'écart.

Journal télévisé du 04/03/2020

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