Coronavirus : pourquoi les patients des soins intensifs sont-ils allongés sur le ventre ?

Un reportage frappant a été dévoilé hier dans le journal télévisé. Il mettait en lumière le chaos et la détresse dans les hôpitaux italiens. En particulier dans l’hôpital la Crémone. L’un des moments forts du reportage est l’entrée dans le service des soins intensifs. On y découvre des personnes inertes, allongées sur le ventre, reliées à des machines. Cette position ventrale est étonnante, et a soulevé des questions. Alors pourquoi cette position aide-t-elle les patients ?

Comment ça marche ?

Pour le savoir, nous avons contacté Antoine Herpain, médecin et chercheur au service des Soins Intensifs de l’Hôpital Erasme (ULB). "Premièrement, il faut comprendre comment le virus fonctionne", dit-il. "Il attaque l’intérieur des poumons, qui deviennent irrités, enflammés, et donc poreux. L’eau qui est dans le sang va inonder certaines zones du poumon. Ensuite, si le patient reste couché sur le dos à l’hôpital, ce liquide va obéir à la loi de la gravité, et se déposer à l’arrière des poumons, vers le dos."

Or, de manière générale, quand on est couché, l’arrière des poumons est aussi la zone où circule le plus notre sang, toujours à cause de la gravité. "Par conséquent, une grande partie du sang passe dans une zone des poumons qui est malade, inefficace, et en ressort sans que le poumon ait pu l’oxygéner au passage."

"Cela nous permet de gagner du temps"

La solution est donc de tourner les patients transitoirement sur le ventre chaque jour pour que le sang se dirige vers l’avant des poumons. Une zone qui n’est pas aussi malade et reste fonctionnelle. "Cela permet donc de stabiliser le patient et de récupérer une meilleure oxygénation du sang. Cela ne va pas guérir le poumon, mais nous faire gagner du temps", précise le médecin.

Antoine Herpain en est conscient : l’image de ces patients sur le ventre peut choquer et interpeller : "Cette posture est impressionnante, inconfortable et inhabituelle, mais peut sauver des vies. Ce n’est pas une pratique dénuée de risques, raison pour laquelle elle est réservée aux Soins Intensifs et uniquement aux patients les plus sévères. C’est une méthode habituelle et bien validée aux Soins intensifs, pour traiter les plus graves problèmes d’insuffisance respiratoire de ce type-là."

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