Coronavirus : pourquoi le taux de vaccination actuel ne nous permet pas encore d’atteindre l’immunité collective

Septante pour cent. Ce seuil a longtemps été présenté comme le cap vaccinal et immunitaire à franchir pour atteindre une immunité collective en Belgique, contre le Covid-19. Pour mémoire, l’immunité collective est le seuil de personnes immunisées dans la population, exprimé en pourcentage, au-delà duquel un agent pathogène (comme le SARS-CoV-2) ne pourra plus se propager dans cette population. Pour atteindre ce seuil, on peut compter à la fois sur :

- L’immunité conférée par la vaccination ;

- L’immunité dite naturelle, suite à une contamination préalable.

Pour calculer ce seuil, on tient compte du taux de reproduction du virus (Ro), à savoir le nombre moyen de personnes qu’une personne infectée contamine. Plus un variant est contagieux, plus ce taux de reproduction augmente, et plus le seuil de personnes à immuniser grimpe.

La formule mathématique utilisée par les épidémiologistes est la suivante :

Immunité collective = 1 – 1/Ro

Pour la souche d’origine du SARS-CoV-2, le taux de reproduction était estimé à 3,4.

La formule était donc : 1 – 1/3,4 = AU MOINS 70% d’immunité nécessaire.

Un horizon lointain

Cependant, le variant delta (anciennement dit "indien") est 60% plus contagieux que le variant alpha (qu’on appelait variant britannique), lui-même plus contagieux que la souche d’origine. Les CDC américains, centres de prévention et de contrôle des maladies, la principale agence sanitaire des Etats-Unis, estiment désormais, sur la base d’études internationales, que la contagiosité du Covid est désormais davantage comparable à celle de la varicelle, à savoir qu’une personne contaminée par le variant delta la transmettrait à 8 autres en moyenne. Ceci, alors que le Covid était initialement à peu près aussi contagieux que la grippe.

Ceci donnerait donc la formule :

1-1/8 = 0,875 = AU MOINS 87% d’immunité nécessaire.

Emmanuel André, microbiologiste à la KULeuven et responsable de la plateforme de surveillance génomique (qui trace les nouveaux variants et leur circulation), confirme cette nécessité d’une immunité augmentée : " Quatre-vingt, nonante pour cent de l’ensemble de la population, c’est probablement ce qu’il faudrait atteindre pour prévenir que le virus ne circule dans la société. Avec des pourcentages tels que l’on a aujourd’hui, le virus va continuer à circuler. Et certainement, parce qu’il y a encore énormément de pays à travers le monde où le virus circule énormément. Les frontières ne sont pas fermées, il y a des voyages, du tourisme et donc, il y aura sans arrêt des importations de cas."

Le variant Delta devrait représenter 90% des nouveaux cas de Covid-19 dans l’UNion européenne d’ici la fin du mois d’août, d’après le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC). En Belgique, il représentait à la date du 27 juillet 89% des nouvelles contaminations, d’après les séquences analysées par la plateforme belge de surveillance génomique.

Moins de formes sévères

Au rayon des bonnes nouvelles, cependant, la Belgique est désormais très bien classée en termes de part de la population vaccinée. Plus de 70% des 18 ans et plus sont désormais totalement vaccinés contre le Covid-19. C’est une information positive, qui doit permettre de réduire les formes sévères de la maladie, et donc, éviter les saturations hospitalières, que l’on a connues précédemment. Septante pour cent, un cap nécessaire, mais pas suffisant, pour Emmanuel André : "En Belgique, on a un niveau de couverture vaccinale qui dans le monde, est un des meilleurs. Donc, ça, c’est vraiment un énorme travail qui a été réalisé. Par rapport au variant Delta, mais aussi par rapport aux autres variants, avoir une couverture vaccinale de 70% uniquement dans la population adulte, ce n’est pas suffisant pour diminuer, prévenir une circulation importante du virus. C’est par contre, très efficace pour prévenir des débordements en termes de nombre de personnes hospitalisées. Aujourd’hui, la vaccination nous couvre surtout contre les formes sévères de la maladie, mais pas encore suffisamment contre la circulation du virus."

Mais par rapport au variant delta, et aux autres variants à naître, il y a encore du travail : "70%, c’est 70% de la population adulte", ajoute le microbiologiste. "On n’est pas encore aujourd’hui à une couverture vaccinale de 70% de l’ensemble de la population. Et donc, il faut savoir que le virus va continuer à circuler, surtout chez les personnes jeunes, mais aussi chez les personnes adultes, qui même si elles sont vaccinées, vont continuer à être exposées au virus. Ils vont très très rarement être malades, mais il y aura toujours un "pool", un réservoir de virus dans la société parce qu’il y a encore toute la population jeune qui n’est pas vaccinée et parce qu’il y a tous les voyages."

L’immunité collective repose donc sur une condition nécessaire, et trop peu prise en mains par des Etats centrés sur leurs chiffres de couverture vaccinale : une solidarité mondiale pour un accès égalitaire aux vaccins.

Un tout petit monde

Pour qu’un virus mute, il doit se reproduire. Il doit circuler. Plus il se transmet, plus il s’adapte, se transforme, et certaines combinaisons de mutations lui confèrent un avantage, en termes de transmissibilité, et/ou de dangerosité. L’immunité collective est donc essentielle pour que ce virus soit sous contrôle. Mais l’immunité collective ne peut pas se penser au niveau local, voire national. Les disparités sont énormes, dans le monde, entre les pays dotés de vaccins et ceux qui n’y ont pas accès. C’est donc une surveillance mondiale qui être effectuée, comme l’explique Emmanuel André : "En Belgique, on est une plaque tournante pour énormément de voyages, en Europe, mais aussi à travers le monde. Et donc, on doit suivre avec attention la couverture vaccinale en Europe et la plupart des pays suivent un peu la même tendance, même si la Belgique est bien placée. Il faut aussi être attentif à ce qui se passe dans les autres continents, car cela va déterminer les risques auxquels on va être exposés à l’avenir, que ce soit en termes de nombre d’infections, s’il y a une flambée d’infection, que ce soit en Asie, en Afrique, en Amérique latine, où l’émergence de variants, inévitablement, on sait que cela va avoir un impact sur notre épidémie. Il faut absolument regarder les chiffres de vaccination dans tous les continents et on ne pourra se considérer comme étant protégés par la vaccination totalement qu’à partir du moment où l’ensemble de la planète aura eu accès à ces vaccins."

Vaccination en Belgique: JT 02/08/2021

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