Coronavirus : pourquoi certaines provinces ont connu plus de décès ? (carte)

Les chiffres sur les contaminations liées au coronavirus sont en baisse. Pourtant, entre le 10 mars et le 31 octobre 2020, Sciensano dénombre 11.853 décès liés au Covid-19. Si la Belgique a été souvent pointée comme l’un des pays où l’épidémie a fait le plus de morts par habitant, nous avons voulu analyser les chiffres par province.

Bruxelles, Liège et le Hainaut, les plus touchés

Sur la carte ci-dessus, vous pouvez observer le nombre de décès par province entre mars et octobre, ainsi que sa progression au fil des mois. En termes d’évolution, ce n’est pas étonnant : les chiffres diminuent à partir du mois de juin pour remonter à partir du mois d’août, notamment dans certaines provinces, comme celle d’Anvers, particulièrement touchée par la "vaguelette" de l’été. Au niveau national, on a atteint le pic de décès en avril (6488), tandis qu’en juillet Sciensano enregistre le nombre le plus bas (74).

A l’échelle provinciale et régionale, la situation est plus complexe : pour effectuer des comparaisons, nous avons calculé le nombre de décès par 100.000 habitants. Il en ressort que les provinces les plus touchées sont, hormis la Région de Bruxelles-Capitale (150 décès par 100.000 habitants), Liège (149) et le Hainaut (134). Suivent le Limbourg (116), Namur (100), Anvers (86), Luxembourg (85) Flandre occidentale (84). Les provinces les moins touchées sont la Flandre orientale (77 décès sur 100.000 habitants), le Brabant flamand (67) et le Brabant wallon (49). Comment expliquer des taux aussi différents ? Voici quelques éléments de réponse.

1. Lieu de décès ou lieu de résidence ?

Tout d’abord, note Sciensano, "au début de l’épidémie, nous ne connaissions pas toujours les lieux de résidence des personnes décédées". Les décès sont donc classés sur base du lieu de décès et pas de la province de résidence. "Ceci a pour conséquence que les provinces qui comptent le plus de grands hôpitaux draineront plus de malades et, par conséquent, sembleront artificiellement plus atteintes que des provinces qui ont peu d’hôpitaux". Un constat qui se confirme certainement pour Bruxelles, selon Catherine Linard, professeur de géographie de la santé à l’UNamur : "Les Brabançons, qu’ils soient Wallons ou Flamands, ont tendance à aller dans les hôpitaux bruxellois, ce qui n’est pas le cas pour d’autres provinces. Aussi, en région bruxelloise on observe une grande concentration d’hôpitaux".


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2. Villes grandes et connectées, les plus en danger

"La concentration des décès s’explique par une multitude de facteurs, comme la densité de population et la 'connectivité' des villes : plus une ville est connectée, plus elle risque d’être touchée en premier, comme cela a été le cas pour Bruxelles, mais aussi pour d’autres villes comme Liège, Tournai ou Charleroi", poursuit l’experte. En plus de ces éléments, des facteurs socio-économiques jouent aussi. "L’étude de Standford, qui a mis en avant les contaminations dans l’horeca, a également montré que les classes sociales défavorisées sont celles qui ont le plus de chance d’attraper le virus", analyse Catherine Linard. "Dans des couches de la population plus pauvres, les personnes sont plus souvent concentrées dans un petit espace, que ce soit au niveau du quartier ou de l’habitation. Il s’agit également de personnes qui restent moins chez eux, souvent en raison de leur métier, impossible à effectuer en télétravail. Cela augmente évidemment les contacts. Et puis, un troisième facteur intervient : l’information. Ces personnes sont souvent moins informées, ce qui les expose à des risques".

3. Les maisons de repos

Les chiffres liés aux maisons de repos, davantage impactées lors de la première vague. Cela concerne davantage le niveau national que provincial : "Les décès en maison de repos ont fait exploser les statistiques", note Catherine Linard. "Le pic atteint lors de la première vague date du 8 avril avec 322 décès. Pour la deuxième, on a atteint les 214 décès le 6 novembre. Il s’agit d’une donnée intéressante si on considère que lors de la deuxième vague, le pic des hospitalisations a été plus élevé".


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4. Pourquoi existe-t-il autant de différences entre les provinces wallonnes et flamandes ?

La question fait débat et il est pourtant un peu tôt pour donner des réponses certaines. "La distribution n’est pas du tout la même entre la première et la deuxième vague. Liège a été atteinte surtout pendant la deuxième vague", note l’experte, "Alors que le Limbourg l’a été pendant la première. D’autres territoires, comme le Hainaut, ont été touchés lors des deux vagues", explique Catherine Linard.

"A ce stade, on ne peut que formuler des hypothèses, mais il est probable que quatre facteurs aient joué dans la balance", affirme l’experte. Le premier consisterait en une différence culturelle, "que l’on observe en Europe entre les pays du Sud, où les gens ont tendance à se ressembler davantage, ce qui arrive moins dans les pays du Nord. Il est probable que l’on puisse étendre cette comparaison à la Belgique, mais cela reste une hypothèse", pointe prudente Catherine Linard. Mais surtout, le facteur socio-économique et une certaine communication davantage 'rassuriste' en Wallonie qu’en Flandre. "Il est aussi probable que le rebond de l’épidémie connu par Anvers pendant l’été ait eu un effet positif, dans le sens où cette province aurait eu tendance à mieux se protéger par la suite", s’interroge Catherine Linard.

"Il y a également un autre aspect, moins souvent évoqué. Il s’agit de la date de la rentrée académique : en Fédération Wallonie-Bruxelles, les universités ont ouvert une semaine plus tôt par rapport à la Flandre. Si on dit que la Wallonie a été plus impactée par la deuxième vague, c’est peut-être aussi à cause de cela : le côté francophone avait une dizaine de jours d’avance sur le côté néerlandophone du pays. Quand les mesures nationales sont intervenues, la situation était donc déjà moins grave en Flandre", explique l’experte de l’UNamur.

A ce jour, la situation s’améliore en Belgique. Entre le 13 et le 19 novembre, 1193 décès ont été enregistrés au total, alors que les contaminations sont en baisse. "Tous les indicateurs continuent à évoluer favorablement, mais il n’y a que quelques jours que nous sommes descendus en dessous du pic de la première vague", expliquait Yves Van Laethem, porte-parole interfédéral COVID-19 lors de la conférence de presse de ce lundi matin.

Journal télévisé 01/11/2020

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