Coronavirus : "Pas de raison qu'il n'y ait pas de cas en Belgique. On se demande plutôt quand cela va arriver"

En Chine, l'épidémie de coronavirus n'est toujours pas endiguée. Le dernier bilan officiel fait état de 106 morts, pour plus de 4.500 personnes contaminées, principalement autour de Wuhan. Cette La ville est toujours en quasi-quarantaine, avec suspension des transports publics et interdiction des rassemblements. Ces mesures, adoptées jeudi dernier, se sont élargies à d'autres villes de la province du Hubei, où des dizaines de millions de personnes sont en confinement.

A ce stade, l'OMS considère que l'épidémie est une urgence en Chine mais pas une urgence de santé publique de portée internationale. Quatorze pays ont fait état de cas confirmés. Le Sri Lanka et l'Allemagne sont les deux derniers pays à être venus s'ajouter à cette liste comprenant aussi la France (3 cas), les Etats-Unis (5), le Canada (1), le Népal (1), la Malaisie (4), la Thaïlande (14), le Vietnam (au moins 2), Singapour (4), la Corée du Sud (4), le Japon (au moins 4), Taiwan (8) et l'Australie (5).

Qu'en est-il pour la Belgique? Nous avons interviewé Marius GILBERT, maître de conférence FNRS et responsable du Service d'Epidémiologie spaciale (SPELL) à la Faculté des Sciences de l'ULB, pour savoir dans quelle mesure le virus représente une menace pour notre pays.

Le coronavirus pourrait-il arriver chez nous ? Avez-vous réalisé des calculs ? 

"On a essayé de calculer les risques d'importation du virus dans différents pays européens en provenance des zones touchées par la maladie. Donc oui, il y a un risque qui n'est pas négligeable. La Belgique n'est pas forcément le pays où le risque est le plus élevé, et ce pour une raison toute simple: le volume des passagers qui arrivent en Belgique est bien inférieur au volume de passagers qui arrivent en France, en Grande-Bretagne ou en Allemagne. Nos estimations sont basées sur les volumes des passagers au niveau du transport aérien en provenance des zones touchées. Nous faisons d'abord une cartographie de la maladie dans les zones d'origine, nous analysons ensuite les transports aériens qui viennent de ces régions, et c'est ce qui nous permet de faire des estimations." 

Quels sont les chiffres pour la Belgique? 

"Les chiffres de la Belgique on été réalisés par l'Inserm dans le cadre d'un projet européen auquel nous sommes associés. Pour notre pays on arrive à environ 1% de risque d'importation, alors qu'en France on est autour de 15% et au Royaume-Uni,  20% environ."

Statistiquement, il n'y a donc pas de raison que ça n'arrive pas en Belgique...

"En effet, il n'y a pas de raison qu'il n'y ait pas de cas en Belgique. On se demande plutôt quand cela va arriver. Cela va beaucoup dépendre de l'extension de l'épidémie en Chine. Si l'épidémie se stabilise en Chine, on pourrait aussi passer entre les gouttes. Mais si l'épidémie continue à se développer au rythme actuel, alors on peut vraiment se demander "quand" on en aura, plutôt que "si" on en aura. L'important c'est donc d'être prêt. Si un cas se présente, il faut que la personne soit prise en charge le plus rapidement possible, et que les personnes avec qui elle a été en contact soient aussi isolées." 

La Belgique est-elle bien préparée à cette éventualité ? 

"Oui en Belgique, comme dans les autres pays européens, tout le monde est dans les starting blocks. Les risques se situent plutôt dans les pays moins bien préparés, notamment en Afrique sub-saharienne, où il y a des flux de passagers en provenance de Chine." 

Une catastrophe est-elle donc envisageable dans ces pays en Afrique?

"Non, car les données que nous avons jusqu'à présent en termes de mortalité ne sont pas inquiétantes. La mortalité est inférieure à l'épidémie de SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère - épidémie déclenchée en 2003 en Chine). La transmissibilité est plus importante que dans le cas du SRAS, le virus est plus difficile à contenir ; bien sûr la dangerosité reste à préciser mais elle est plutôt faible. En Chine il y a moins de 100 morts à cause du coronavirus, alors qu'il y a chaque année 100.000 morts à cause du virus de la grippe saisonnière. Donc il faut remettre les choses en perspective et ne pas parler de catastrophe."

En Belgique, les pharmacies sont en rupture de stock de masques. Est-ce que le masque peut aider à se prémunir de la maladie ? 

"Non. L'efficacité du masque dans la vie quotidienne n'est absolument pas prouvée. Cela peut se justifier pour les personnes qui sont en contact étroit avec des malades, par exemple pour des soignants, ou pour des personnes qui elles-mêmes ont des symptômes qui seraient analogues à ceux du coronavirus. Mais de la même façon, quand vous êtes malade de la grippe, il pourrait être intéressant que vous portiez un masque pour protéger votre entourage." 

Il vaut mieux se laver les mains? 

"En effet, c'est une des meilleures protections car c'est via les mains que beaucoup d'infections se propagent."