Coronavirus : "Nous ne sommes pas si loin d'un scénario à l'italienne dans nos hôpitaux", selon le Centre de crise

La pression sur les soins intensifs est devenue particulièrement préoccupante, que l’on prenne compte du nombre de lits occupés, de la durée du pic d’occupation particulièrement longue ou de l’état d’épuisement des infirmières et infirmiers dédiés aux unités de soins intensifs. Selon le chef de service Aide Urgente au SPF santé public, Marcel Van der Auwera, qui s’est exprimé, l’air grave, lors de la conférence de presse du Centre interfédéral de crise, les situation en soins intensifs est devenu un "casse-tête". La combinaison entre la hausse des patients Covid et le manque de personnel qualifié pour gérer ces lits est devenue problématique. 

"Nous ne sommes pas si loin de la situation qu'a connue l'Italie dans nos hôpitaux".

A quelques heures d’un comité de concertation attendu, le point presse était exclusivement consacré à la situation dans les hôpitaux.


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Les hospitalisations de patients atteints de coronavirus sont repassées sous la barre des 3000, selon les dernières données mises à jour ce vendredi matin par l’Institut de santé publique Sciensano. Les hôpitaux comptent désormais 2989 malades atteints du Covid-19 (-1%). Mais avec 910 patients Covid-19 en soins intensifs, la pression reste trop forte sur ces unités de soins. Il s’agit de données consolidées portant sur la période comprise entre le 16 et le 22 avril.

Le casse-tête des soins intensifs

La fragilité des soins intensifs a été ressentie de plein fouet la nuit de dimanche à lundi, lors de l’incendie survenu dans un bâtiment de 4 étages situé rue Heyvaert à Anderlecht. Des places ont dû être trouvées pour les victimes mais, selon Marcel Van der Auwera, il ne restait qu’une seule place en unité de soins intensifs en Région bruxelloise. C’est ce genre de situation qui est redoutée alors que le nombre de lits disponibles s’est réduit à peau de chagrin.

"La situation des soins intensifs est devenue un casse-tête", selon Marcel Van der Auwera, non seulement en raison des équipements spécifiques à ces unités mais surtout du personnel soignant spécialisé. En effet, pour garantir les soins pour un lit en soins intensifs, 24h/24h, 7 jours par semaine, 3 infirmiers ou infirmières spécialisés sont nécessaires.

Un mois (et bientôt plus) à 130% en soins intensifs, du jamais vu

A l'automne dernier, au début de la deuxième vague, la règle était qu’au-delà de 300 patients Covid-19 en soins intensifs, les autres soins non Covid-19 étaient réduits ou reportés. Depuis lors, des soins sont toujours reportés parce que le niveau normal d’occupation n’a plus jamais été atteint.

Selon Marcel Van der Auwera, les unités de soins intensifs ont dû travailler à 110% de leur capacité depuis octobre 2020, voire à 130% à trois reprises lors des pics d’hospitalisations. Au moment de ces pics, le personnel des soins intensifs a été soumis à un stress important.

Ces périodes de stress intense se situent en avril 2020 (11 jours), en novembre 2020 (29 jours)…et aujourd’hui. La période actuelle de pression intense sur les unités de soins intensifs a commencé début mars et cela fait 29 jours que ces unités fonctionnent à 130% de leur activité. "Et ce n’est pas fini, ce stress va se poursuivre encore deux à trois semaines, selon les prévisions", poursuit le chef de service Aide Urgente au SPF santé publique. Du jamais vu.

L'Allemagne appelée à l'aide

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Il reste 82 lits disponibles dans les unités de soins intensifs en Belgique, pour les patients Covid et non Covid © www.info-coronavirus.be

Marcel Van der Auwera a complété ce tableau noir en rappelant qu’au début de la pandémie, 800 lits supplémentaires ont été créés pour accueillir les patients Covid-19. Aujourd’hui, vu l’épuisement et à la pénurie des infirmiers affectés à ces unités, il est possible d’ouvrir seulement… 260 lits supplémentaires.

Il y a aujourd’hui 2000 lits en soins intensifs pour tout le pays, répartis sur 126 établissements hospitaliers. Il reste 82 lits disponibles, ce qui signifie que certains hôpitaux n’ont plus de disponibilité.

Désormais, les patients sont souvent transférés dans des hôpitaux en dehors de leur lieu de résidence parce qu’il n’y a plus de place dans l’hôpital le plus proche. Et de citer l’exemple d’une personne qui s’est présentée avec des symptômes Covid à l’hôpital Saint-Jean à Bruxelles et qui s’est retrouvée en soins intensifs à Saint-Jean… à Bruges. La Belgique a par ailleurs demandé à l'Allemagne d'accueillir des patients belges.

Et si un accident se produit ?

La crainte des autorités publiques est d’être confrontées à une situation exceptionnelle comme un accident, un incendie, voire une autre situation nécessitant l’hospitalisation en soins intensifs de plusieurs personnes et de ne pouvoir y faire face faute de place. Le chef de service Aide Urgente au SPF santé public, Marcel Van der Auwera a fait remarquer que les transferts de patients entre hôpitaux étaient d’ailleurs déjà organisés quand une unité de soins intensif était saturée.

Il nous est impossible d'oublier les images terribles des hôpitaux italiens. Depuis plus d'un an, nous faisons tout notre possible pour éviter cela en Belgique. Or, nous ne sommes pas si loin de ce type de scénario dans nos hôpitaux.

Marcel Van der Auwera a ensuite appelé à l'aide la population pour désengorger les soins intensifs et venir soulager le personnel hospitalier, à bout, en faisant un plaidoyer pour la vaccination et pour le respect des mesures en vigueur en Belgique. 

La vaccination

La campagne de vaccination se poursuit. 2.469.557 personnes ont reçu une première dose de vaccin jusqu’à présent (26,9% de la population adulte). 727.972 personnes ont reçu les deux doses (7,9% de la population adulte).

La semaine a également été marquée par l’identification sur le territoire belge du variant indien (B.1.617). Dans son rapport daté du 21 avril, la plateforme de surveillance génomique du SARS-CoV-2 a identifié 4 cas localisés à Schoten, Deurne et Saint-Josse-ten-Noode. 20 étudiants indiens, appartenant à un groupe de 43 étudiants depuis peu en Belgique pour suivre une formation en soins infirmiers à Alost, ont également contracté le coronavirus. Ils ont été testés et placés en quarantaine stricte dès leur arrivée.

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