Coronavirus : les respirateurs, ces appareils au centre de la lutte contre la pandémie

La question d’un éventuel manque de respirateurs pour soigner les patients les plus critiques atteints par le coronavirus se fait de plus en plus pressante dans les pays qui font face à la pandémie de coronavirus. En Belgique, cette préoccupation occupe les esprits de plusieurs médecins et chefs de service. En Italie, en Espagne ou aux États-Unis, la même question se pose : "Comment faire si le nombre de respirateurs devient insuffisant pour prendre en charge ceux qui en ont besoin ?". En Grande-Bretagne, Boris Johnson a même lancé un plan pour augmenter la production de respirateurs.

Alors que la plupart des personnes qui sont positives au Covid-19 ne présentent que des symptômes légers, les cas les plus sévères se retrouvent dans les unités de soins intensifs et doivent être reliés à des respirateurs qui doivent prendre le relais pour aider les patients à survivre, puis à se rétablir.

Cet enjeu des respirateurs est donc devenu l’une des clés dans la lutte contre le Covid-19 et des initiatives se multiplient pour tenter de les rendre plus disponibles. Des citoyens ont décidé de participer à leur manière et se mobilisent pour tenter de trouver des solutions.


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Un anesthésiste canadien a bricolé un respirateur pour le rendre utilisable par plusieurs patients à la fois. Il a trafiqué ce respirateur en suivant un tuto sur Youtube. Ce "bricolage", dans l’esprit "do it yourself", pourrait être une partie de la réponse à la question que se posent les hôpitaux.

Le Dr Alain Gauthier travaille au Perth and Smiths Falls District Hospital, un hôpital rural en Ontario, au Canada. La région, comme d’autres dans le monde, est alertée par le risque de manque de respirateurs disponibles. Selon CBC qui cite une nouvelle enquête, l’Ontario, pourrait être rapidement à court de ventilateurs si la trajectoire de la pandémie est similaire à celle de l’Italie.

L’anesthésiste a alors eu l’idée de tenter de modifier un respirateur pour tenter d’en décupler la puissance après avoir regardé des vidéos YouTube créées par deux médecins de Detroit. Après avoir reproduit le tutoriel, le médecin semble avoir convaincu ses collègues. L’un d’entre eux a partagé des photos du ventilateur "trafiqué" sur Twitter, qualifiant son collègue (qui a un doctorat en mécanique diaphragmatique) sous le ton de l’humour de "génie maléfique" qui a réussi en "10 minutes" à "augmenter la capacité d’un respirateur de un à neuf".

Le tweet a été aimé plus de 72.000 fois et a été commenté par de nombreuses personnes, dont le créateur de Tesla et SpaceX, le milliardaire Elon Musk qui a qualifié le fil de discussion d'"intéressant".

En termes simples, l’appareil consiste à coupler des patients de taille et de capacité pulmonaire similaires et de faire fonctionner le respirateur à double puissance avec deux tuyaux, a expliqué le Dr Gauthier à la chaîne canadienne d’information en continu CP24. Ensuite, plusieurs tuyaux sont attachés au même ventilateur de sorte qu’il puisse fonctionner à plusieurs fois sa puissance normale.


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Selon l’anesthésiste, cette idée a été étudiée en théorie et testée une fois auparavant, pour des personnes blessées lors d’une fusillade de masse à Las Vegas.

Doubler la capacité d’un respirateur semble possible, l’étude réalisée par deux chercheurs de Detroit indique même qu’il serait possible de relier quatre personnes à un même respirateur. Mais relier neuf personnes à un seul appareil semble techniquement difficile, malgré l’enthousiasme du collègue du Dr Gauthier.

Prototype de respirateurs pour deux personnes développé en Italie

En Italie aussi, la question des respirateurs est clé. Et les tentatives de démultiplier la force de frappe des appareils sont aussi au cœur de la réflexion. Un prototype capable d’alimenter en oxygène deux personnes simultanément a d’ailleurs été développé par Marco Ranieri, un expert en réanimation, rapporte le Giornale Di Brescia.

L’appareil, qui est produit en 72 heures par une entreprise de Mirandola, au nord de Bologne, va être commandé par la Région Emilie-Romagne pour faire face à l’urgence.

"C’est comme multiplier les pains et les poissons", a expliqué le commissaire chargé de l’urgence, Sergio Venturi. "Ils ont construit le premier prototype, qui se trouve déjà à Sant’Orsola à Bologne : ils l’ont testé et il fonctionne. Dans les prochains jours, nous pourrons les commander et bien sûr, ils seront les premiers à se rendre à Piacenza et à Parme, qui sont les régions les plus critiques".

Des techniques même pas utilisées en Afrique à l’époque d’Ebola

L’entreprise qui développe la machine est spécialisée dans les respirateurs et a concentré ses efforts de production la semaine dernière pour faire face à l’urgence, faisant passer son effectif de 50 à 75 employés. Avec 23 sites à l’étranger, l’invention pourrait être reproduite ailleurs, dans les pays où l’épidémie est susceptible de s’installer et de ne pas trouver de système de santé équipé.

Cependant l’inventeur de la machine est loin de se réjouir "Si nous devions être contraints d’utiliser ce circuit, cela signifierait que nous nous retrouverions dans une situation de médecine de guerre", explique Marco Ranieri, professeur d’université et expert en réanimation à Sant’Orsola à Bologne à l’agence de presse italienne Ansa.

"Heureux ? Non, je suis absolument inquiet. Je n’aurais jamais pensé à imaginer des solutions de ce genre, qui n’étaient même pas utilisées en Afrique à l’époque d’Ebola". Le ventilateur multiple, en effet, "divise" en parts égales la capacité respiratoire entre les deux patients, "sans tenir compte des besoins réels, la nécessité faisant loi".

10.000 euros la pièce de rechange: ces citoyens se mobilisent en Italie et en Espagne

En Italie, plusieurs sources indiquent que des bénévoles ont imprimé en 3D une centaine de valves de respirateurs. Cristian Fracassi et Alessandro Romaioli ont utilisé leur imprimante 3D pour créer des copies non officielles d’une valve brevetée qui était en pénurie dans les hôpitaux italiens.

Le coût affiché de 10.000 euros pièce alors que les cent pièces produites grâce à une imprimante 3D ont coûté environ 90 euros (soit moins d’un euro l’unité).

En Espagne aussi des citoyens se mobilisent. Des jeunes professionnels expérimentés dans des secteurs tels que : la médecine, la biotechnologie, l’impression 3D, le design industriel ont réuni leurs compétences. En un temps record, et en utilisant les imprimantes 3D, ils sont parvenus à développer un prototype de respirateur autonome.

Via des projets collaboratifs, des Git ou des groupes Facebook, Slack, une multitude d’initiatives cherchent à développer des respirateurs artificiels et des masques de protection qui puissent être facilement fabriqués et dupliqués, par exemple grâce à l’impression 3D.

En Belgique, des entreprises veulent fabriquer des pièces de rechange très rapidement

Certains acteurs belges ont également décidé de concentrer leurs efforts sur ces machines indispensables, notamment l’entreprise namuroise Coexpair qui a décidé de se mettre au service du monde médical.

Spécialisée initialement dans la fabrication d’équipements en matériaux composites pour l’aéronautique, l’entreprise pourrait produire des pièces détachées pour les respirateurs. Son premier objectif est de pouvoir fabriquer très rapidement des pièces de rechange.

Ce projet est notamment soutenu par la Sabca et la Sonaca à Charleroi. Des entreprises aéronautiques qui pourraient notamment mettre à disposition leurs moyens de productions.

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