Coronavirus : les livreurs en première ligne face à l’épidémie de Covid-19

Les livreurs qui viennent vous fournir repas et courses à domicile risquent de se retrouver en première ligne dans les jours ou semaines à venir. Face à l’épidémie de Covid-19, l’une des approches pour éviter la propagation est l’isolement. Alors que tous les patients qui présentent des symptômes du nouveau coronavirus ne peuvent être testés, les médecins doivent éviter d’être contaminés et peuvent placer leurs patients en quarantaine sans examen médical.

Un nombre croissant de personnes se retrouvent donc à leur domicile et doivent éviter les contacts. Et pour s’alimenter et se fournir en produits de base en évitant de sortir de chez soi, l’option de la livraison à domicile peut paraître attractive. Mais si cela empêche les personnes isolées d’entrer en contact avec des personnes dans des restaurants ou supermarchés, les coursiers voient leurs risques de contamination au nouveau coronavirus augmenter considérablement.


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Rester chez soi, tout en bénéficiant de la livraison de repas apportés à la demande, de courses livrées à domicile c’est possible à l’heure où les plateformes permettent de ne plus devoir se déplacer de la maison pour bénéficier de tous les produits que vous souhaitez. Maggie De Block, la ministre de la Santé, a confirmé vendredi matin que ces livraisons pourraient se faire malgré la fermeture des restaurants imposée jusqu'au 3 avril prochain.

Gros succès de la récupération de courses, sans passer par le supermarché

Et cela ne concerne pas que les personnes qui doivent être isolées. Certaines personnes redoutent de se retrouver dans un endroit avec une grande concentration de personnes, comme les supermarchés ou les restaurants.

D’ailleurs, le service de courses en ligne avec récupération des produits sans passer par le magasin de Colruyt marche très fort en ce moment. Si le groupe ne communique pas de chiffres précis, pour le "Collect & Go", "les affaires marchent très, très fort et on a du mal à suivre" explique Nathalie Roisin, responsable presse.

La période actuelle serait comparable à l’activité très dense des fêtes de fin d’année en termes de volume. Les employés de ce service ont reçu des consignes globales pour éviter de contracter la maladie, mais pas encore de consignes spécifiques.

Chez Delhaize, les livraisons seront même dorénavant étendues au dimanche : "On voit une évolution de nos ventes e-commerce qui atteint une moyenne de 50%, avec parfois des pics à 70% certains jours. Au début c'était progressif mais maintenant on a atteint un seuil, un maximum de nos capacités", indique Karima Ghozzi, porte-parole de Delhaize.

Plus 40% de commandes en ligne

Du côté de Comeos, porte-parole du commerce et des services en Belgique, on pointe une augmentation de 40% des commandes en ligne dans les enseignes belges. Une augmentation qui se confirme dans le ressenti des livreurs de courses interrogés par la RTBF.

Ils indiquent notamment que le poids moyen des colis est en augmentation. Avec globalement plus de biens non-périssables comme l'eau ou les produits secs "des conserves, beaucoup de pâtes, du riz" comme l'indique un livreur interrogé. 

D'autres chiffres comme le taux de fréquentation dans l’Horeca et l’impact de l’épidémie de coronavirus sur le secteur sont en train d’être analysés par Comeos car l’épidémie pourrait avoir d'autres conséquences. Certains restaurateurs, par exemple, pointent déjà un impact sur les habitudes de leurs clients.

Les chauffeurs et livreurs : des travailleurs amenés à être particulièrement exposés au Covid-19

Un restaurant globalement moins fréquenté et un recours de plus en plus fréquent à la livraison, c’est la tendance actuelle dans ce restaurant thaïlandais du nord de Bruxelles qui accueille habituellement une clientèle de travailleurs, le midi.

Le restaurant n’a pas encore analysé les chiffres dans les détails, mais dans le cadre de l’épidémie de Covid-19, la baisse de fréquentation du restaurant pourrait être compensée par une part plus grande de livraisons.

Des services de livraisons de repas qui sont assurés majoritairement par des plateformes qui engagent des livreurs indépendants. Une catégorie de travailleurs particulièrement à risque qui vit parfois dans des conditions précaires.

Selon un livreur Ubereats interrogé par France Info, il rencontre en moyenne une quarantaine de personnes par jour. Un chiffre qui multiplie les risques de propagation de l’épidémie de Covid-19. Pour se protéger, ce livreur transporte le plus souvent possible son gel hydroalcoolique.

Mais que faire s’il est contaminé ou confiné ? La réponse est sans détour : "Je ne travaille pas et donc pas d’argent, il vaut mieux ne pas tomber malade", indique le jeune homme. Une inquiétude partagée par les chauffeurs qui travaillent pour des plateformes comme Uber. Eux aussi sont exposés et risquent de ne plus pouvoir travailler en cas de contamination.

Uber indemnisera les chauffeurs impactés

Conscientes du risque pour leurs employés, les plateformes prennent des mesures pour rassurer les indépendants qui fournissent leurs services. Uber a par exemple décidé d’indemniser tous ses chauffeurs et livreurs à qui les autorités de santé publique auront demandé de respecter une période de quarantaine. "Les chauffeurs et les livreurs qui se trouvent dans ces situations recevront une indemnisation pendant une période pouvant aller jusqu’à 14 jours". Le montant de cette compensation sera calculé en fonction de leur activité durant les deux semaines précédant leur arrêt.


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Deliveroo introduit un revenu de remplacement

Rodolphe Van Nuffel, Head of Corporate Affairs chez Deliveroo se veut rassurant à propos de l’impact du coronavirus même si la situation "préoccupe fortement". Il indique que sa plateforme, qui propose la livraison de repas en partenariat avec des restaurants, "suit la situation de très près".

Si le groupe a décidé de ne pas communiquer sur le volume actuel des commandes et l’impact de l’épidémie sur le succès de leurs services de livraisons de repas, il indique avoir communiqué des consignes très claires afin de sécuriser les transactions et partager les informations à leurs partenaires.

Des alternatives à la livraison de main à main sont possibles pour éviter les contacts directs entre les différents acteurs. Il y a, par exemple, la possibilité de demander que la commande soit déposée sur le palier. "Nous suivons la situation de près et nous faisons en sorte d’adopter des procédures pour éviter les contaminations et opérer le plus longtemps possible", indique Rodolphe Van Nuffel.

Par ailleurs, Deliveroo a pris des mesures pour protéger les coursiers. La plateforme demande à ses livreurs de faire remonter les difficultés et de signaler le moindre doute en cas apparition de symptômes qui indiqueraient une éventuelle contamination. Mais elle a aussi décidé de proposer un revenu de remplacement pour les coursiers qui seraient contaminés ou isolés suite à un avis médical. Les détails de ce revenu de remplacement ne sont pas détaillés mais la plateforme invite les coursiers concernés à prendre contact avec le groupe.

Vers une assurance obligatoire ?

Les associations de défense des "autoentrepreneurs" appellent à ce que des mesures plus structurelles soient prises pour protéger les travailleurs du secteur. Avec, par exemple, une assurance obligatoire qui permettrait de couvrir les pertes d’activités liées aux maternités, aux maladies et accidents du travail.

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