Coronavirus : les juifs orthodoxes d’Israël défient les règles... Résultat, les contaminations explosent

Il est presque possible d’entendre une épingle tomber dans le centre de Jérusalem aujourd’hui. La ville est quasiment fermée et les rues sont désertes en raison des mesures de confinement strictes prises par le gouvernement israélien visant à éviter la propagation du Covid-19. Les synagogues et la plupart des magasins sont fermés, les gens ne sont autorisés à quitter leur domicile que pour des raisons urgentes.

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Les rues de Jérusalem désertes dans le cadre des mesures de confinement liées à la pandémie du Covid-19. © RTBF – mars 2020

Mais dans la ville de Bnei Brak, proche de Tel-Aviv et dans le quartier ultra-orthodoxe de Mea Shearim à Jérusalem, les rues sont toujours animées et les habitants se rassemblent encore pour prier. Les mariages et les enterrements sont fréquentés par des dizaines, voire des centaines d’invités, et ce, malgré le danger et les interdictions.

La société Haredi croit que la meilleure façon de servir Dieu n’est pas au niveau individuel, mais ensemble.

Selon le rabbin Yehoshua Pfeffer, "La société Haredi croit que la meilleure façon de servir Dieu n’est pas au niveau individuel, mais ensemble, dans un collectif. Il est très très difficile d’amener les gens à être prudents, à s’assurer que le virus cesse de se répandre."

Les juifs ultra-orthodoxes font donc le choix délibéré de braver les interdictions, et ce dans des zones très peuplées. Bnei Brak (et ses quelque 200.000 habitants) s’impose comme la deuxième ville avec le plus grand nombre de personnes contaminées en Israël. La première place revient à Jérusalem, cœur du monde orthodoxe avec son quartier phare de Mea Shearim.

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Rassemblement religieux et prière dans un quartier ultra-orthodoxe de Jérusalem, en dépit des interdictions de rassemblements pour limiter la pandémie de Covid-19. © RTBF

La propagation du virus y est jusqu’à 8 fois plus rapide

Résultat, les infections liées au nouveau coronavirus montent en flèche dans ces zones ultra-orthodoxes : la propagation y est jusqu’à huit fois plus rapide qu’ailleurs en Israël. A ce jour, les autorités ont recensé officiellement plus de 4800 cas de personnes contaminées, dont 17 sont décédées. Selon les médias locaux, la moitié des malades sont issus de la communauté ultra-orthodoxe, qui représente environ 10% de la population. De nombreux rabbins conseillent donc à leurs fidèles de se tenir à distance les uns des autres.

Mais à côté de ces messages de prudence, les appels aux rassemblements religieux continuent, comme celui lancé par une voiture avec un haut-parleur sur le toit il y a quelques jours à Bnei Brak : "Le rabbin Bombach est décédé. Nous nous retrouvons à une heure et demie pour aller au Mont des Oliviers."

Le rabbin Bombach est décédé. Nous nous retrouvons à une heure et demie pour aller au Mont des Oliviers.

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Une voiture avec un haut-parleur appelant les fidèles à se rassembler pour une cérémonie religieuse pour le décès d’un rabbin dans un quartier ultra-orthodoxe à Jérusalem, malgré les mesures de confinement liées au nouveau coronavirus. © RTBF

Des centaines de personnes se sont réunies pour les funérailles du rabbin. Seul hic, et pas des moindres, les autorités ont limité à 20 le nombre de personnes pouvant assister à des funérailles, précisant qu’elles devaient garder deux mètres de distance entre elles.

Dès le lendemain, la polémique a enflé, y compris dans le monde religieux. Une telle affluence, en dépit de toutes les règles sanitaires, était "criminelle", a fustigé Eliahou Sorkin, responsable des urgences de l’hôpital Maayané Yeshouah de Bnei Brak et lui-même ultra-orthodoxe.

Actions policières musclées : "Nazis !"

Le gouvernement a mis des policiers supplémentaires dans les rues et envisage des mesures plus strictes encore. Depuis le 31 mars 2020, la police israélienne multiplie les rondes dans et au-dessus des quartiers juifs ultra-orthodoxes. Masques, gants, matraques et hélicoptères sont utilisés pour tenter de maîtriser ces juifs défiant les règles de confinement. Les interpellations sont souvent musclées, les policiers s’étant notamment fait traiter de "Nazis !" par des ultra-orthodoxes.

Leur santé est "entre les mains de Dieu"

Le professeur Motti Ravid, directeur de l’hôpital Maayané Yeshouah, s’attend à une forte augmentation du nombre de personnes contaminées chez les ultra-orthodoxes. Selon lui, l’accès aux médias est fortement limité chez les religieux, internet et la télévision sont officiellement interdits car considérés comme contraires à leurs valeurs. Les recommandations puis les mesures des autorités ont mis du temps à leur parvenir.

En outre, selon le rabbin Kahn, de nombreuses familles ultra-orthodoxes, qui comptent beaucoup d’enfants, s’entassent dans de petits logements, favorisant la contagion. Et à la marge, certains parmi les haredim ("craignant Dieu") remettent leur vie et leur santé entre les mains du Tout-puissant, pandémie ou non, refusant de suivre les directives de l’Etat.

Nous avons peur que les gens se rassemblent à Pessah (Pâque juive) malgré l’interdiction de sortir et que la situation s’aggrave.

A l’approche, la semaine prochaine, de la Pâque juive généralement célébrée en famille, beaucoup se demandent comment festoyer en restant confinés. "Nous avons peur que les gens se rassemblent à Pessah (Pâque juive) malgré l’interdiction de sortir et que la situation s’aggrave", a déclaré le directeur du ministère de la Santé, Moshé Bar Siman Tov.

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Les autorités ferment une synagogue dans le quartier ultra-orthodoxe de Mea Shearim à Jérusalem. © RTBF – 31 mars 2020

La même situation ailleurs dans le monde

D’autres communautés dans le monde font aussi le choix de ne pas respecter les mesures de protection, comme aux États-Unis, où plus de 1200 personnes ont assisté ce 30 mars 2020 au service religieux en Louisiane, défiant ainsi l’interdiction des coronavirus : "Nous continuerons" ont ainsi promis les fidèles.

Au Maroc également, des groupes de Marocains sont sortis prier dans la rue ou protester dans la nuit du samedi 21 au dimanche 22 mars, défiant le confinement obligatoire décrété par les autorités pour lutter contre la propagation du nouveau coronavirus, ont rapporté des médias locaux. "Allah Akbar, Dieu est grand et seul à pouvoir nous aider", ont scandé les fidèles réunis dans plusieurs villes, certains parlant du nouveau coronavirus comme d’une "épreuve divine", selon des images diffusées sur les réseaux sociaux.

Au Maroc, comme ailleurs en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, les mosquées sont fermées et le mot d’ordre des autorités religieuses est : "Priez chez vous". Mais les communautés religieuses rebelles aux mesures sanitaires en vue de limiter la propagation du Covid-19 sont un réel défi pour les autorités de nombreux pays dans le monde.