Coronavirus : les enfants intègrent les gestes barrières aujourd'hui mais se réadapteront plus tard

Les enfants intègrent les gestes barrières aujourd’hui mais se réadapteront plus tard
Les enfants intègrent les gestes barrières aujourd’hui mais se réadapteront plus tard - © portishead1 - Getty Images

Garder ses distances, ne pas faire de bisous, se laver les mains fréquemment : ce sont les nouvelles habitudes de notre société depuis le printemps dernier. Jeunes, les enfants s’adaptent très rapidement, plus que les adultes. Certains auront vécu parfois une grande partie de leur existence avec ce virus et les gestes protecteurs. Alors vont-ils les intégrer ? Est-ce qu’ils vont un jour refaire la bise pour dire bonjour ?

Le plumier, le cartable, le sac de gym… Ah oui ! Et le masque. Tous les matins, quand Emmanuelle voit sa petite (plus si petite) Léa partir à l’école avec ce bout de tissus sur le visage. La scène lui fend le cœur. "Je me souviens quand j’avais son âge et que je commençais ma première année de secondaire, il y avait une pointe d’excitation, c’était le moment où je sentais que j’étais encore une petite fille mais que je devenais une petite femme.

Aujourd’hui, quand je la vois partir avec son masque, j’ai le cœur brisé

C’était une période d’insouciance. Aujourd’hui, quand je la vois partir avec le masque sur le visage, j’ai le cœur brisé. Je me demande quel impact tout ça va avoir sur le comportement de nos enfants."

"Et elle a tellement raison d’avoir le cœur brisé cette maman", réagit Diane Drory, psychologue qui a l’habitude de recevoir des enfants dans son cabinet. "Dans la rencontre avec l’autre, il y a des éléments sur le visage qui sont importants. Par exemple, voir le sourire de l’autre. Pour les années de passage comme la première secondaire, c’est hyper important pour se faire des copains."

Je me dis qu’il y a tellement de ressources chez les jeunes qu’ils vont pouvoir se débrouiller

Notre visage transmet des informations via des micro-expressions dont nous ne sommes pas conscients et qui sont déchiffrés par le cerveau de notre interlocuteur. Avec le masque, une bonne partie d’entre elles sont cachées. La psy tempère tout de même. "Je me dis qu’il y a tellement de ressources chez les jeunes qu’ils vont pouvoir se débrouiller. Mais c’est loin d’être idéal."

Delphine Jacobs, pédopsychiatre aux cliniques universitaires Saint-Luc fait partie de la task force pédiatrique. Elle conseille quant à elle d’en parler avec son enfant pour voir ce qu’il se passe dans sa tête… sans pour autant transmettre sa propre anxiété car dans tous les cas, les enfants la ressentent. "On peut en parler positivement. Par exemple, en disant qu’on est impressionnés par son enfant. ‘C’est quand même pas mal ce que tu fais là. Quand j’étais plus jeune, je n’ai pas dû passer par là. Je suis fière de toi.’" Et entamer la discussion.

Est-ce qu’ils feront un jour la bise ?

Mais revenons à la question de notre maman : quel impact tout ça va avoir sur le comportement de nos enfants ? "Un enfant n’est jamais isolé et en effet, pour le moment, il va intégrer pas mal de choses de son environnement, répond Delphine Jacobs, mais je suis persuadée que dès que l’environnement reviendra à la normale, il se réadaptera dans l’autre sens." Si la pédo-psy est rassurante, elle n’en reste pas moins attentive aux comportements plus alarmants. "Si l’enfant est de nature plus anxieuse, moins sociable ou fait trop attention à l’hygiène, là, il faut faire attention à certains signaux. Par exemple, se lave-t-il les mains plus que de raison ?"


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Et de prendre l’exemple de cette petite fille qui a transformé toutes ces règles en jeu à la maison où papa et maman doivent respecter les gestes barrières au risque de perdre des points. "Passer par le jeu et l’humour pour parler du coronavirus, c’est un bon moyen de dédramatiser dans cette atmosphère anxiogène, répond Delphine Jacobs. Mais attention, la maison doit rester un lieu où les gestes barrières n’existent pas, où on peut se toucher et ne pas faire attention à ce que l’on fait." À part, quand il y a des invités peut-être…

La maison doit rester un lieu où les gestes barrières n’existent pas

Même son de cloche chez Diane Drory. Pour la psychologue, il est important de faire la balance entre, d’un côté les besoins sociaux et tactiles de l’être humain et donc de l’enfant, et de l’autre, la sécurité sanitaire. "Nous ne sommes pas qu’un cerveau, nous sommes aussi un corps. En tant qu’être humain, nous avons besoin de sentir le corps de l’autre. Il ne faudrait pas que l’enfant développe une peur du corps qui n’est pas le sien. Et quand on est intra-muros, dans sa bulle à la maison, il est important de laisser tomber les règles, de montrer cette importance du toucher. Par exemple, en se faisant des massages."

Pour la psy, c’est d’autant plus important que ces gestes barrières ne sont pas naturels. "J’ai déjà vu un enfant qui veut aller se jeter dans les bars d’un adulte et puis qui freine son élan pour respecter la distance. Ces gestes empêchent de montrer son affection or on en a besoin en tant qu’être humain. Il ne faudrait donc pas qu’ils intègrent le fait de ne pas pouvoir s’exprimer ou pire, la peur de l’autre."

De l’humour et du jeu

Cela dépend finalement du comportement que l’on adopte en tant qu’adulte aujourd’hui mais aussi quand cette pandémie sera derrière nous. "Le jour où les indicateurs seront au vert, si nous recommençons à faire la bise, la plupart des enfants se diront que c’est OK et ils vont reprendre l’habitude", ajoute Delphine Jacobs.

A condition tout de même que cette situation ne dure pas trop longtemps car en tant qu’adulte, c’est peut-être nous qui allons perdre l’habitude de faire la bise. "C’est quand même une coutume qui est très ancrée en Belgique francophone", sourit Delphine Jacobs avec son accent flamand. Une bonne manière de rappeler que l’humour, comme le jeu, permet d’apaiser les esprits anxieux.

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