Coronavirus: il y a exactement 100 ans, la grippe espagnole disparaissait spontanément, qu’en est-il du Covid-19?

Il y a exactement 100 ans, la dernière victime de la grippe espagnole décédait. La grippe espagnole, qui a frappé l’Europe de 1918 à 1920 reste l’épidémie la plus meurtrière de l'époque contemporaine. Heureusement, en 1920 la maladie disparaît spontanément et sa macabre destruction s’arrête, presque du jour au lendemain.

Comment cela a-t-il pu se produire ? Et en sera-t-il de même avec le coronavirus ? Notre collègue de la VRT, Jos Vandervelden, a mené l’enquête.

La grippe espagnole a fait des ravages entre 1918 et 1920, à la fin de la Première Guerre mondiale. Et si le virus a été repéré pour la première fois aux États-Unis, l’épidémie a été nommée d’après l’Espagne parce que c’est là qu’elle a d’abord attiré l’attention des médias.

L’historien médical Robrecht Van Hee (UAntwerp) a étudié cette pandémie de grippe. "Beaucoup de chiffres sur les victimes circulent parce qu’il n’y avait pas de rapports officiels", dit-il dans "Le monde aujourd’hui" sur Radio 1.

"Les historiens et les scientifiques ne sont toujours pas d’accord. Les chiffres sont extrêmement variables, entre un tiers de la population mondiale et plusieurs dizaines de milliers. On estime généralement que le chiffre de 5 millions de décès est le plus proche du taux de mortalité réel. 5 millions, c’est aussi l’estimation du nombre de soldats tués pendant la première guerre mondiale".

Mais selon d’autres études, le virus a fait 50 millions de victimes. Les chercheurs Niall Johnson et Juergen Mueller ont même estimé en 2002 que le "bilan réel" de l’épidémie pourrait être de l’ordre de 100 millions de victimes.

Quoi qu’il en soit, la grippe espagnole "est la pandémie la plus meurtrière de l'époque contemporaine". Pour l’historien flamand : "La peste, ce fléau du Moyen Âge est, bien sûr, encore plus présent dans la mémoire collective de l’humanité. Mais même avant cela, il y a eu des épidémies dévastatrices : le virus de la variole du 2e siècle qui a frappé les Romains ou l’épidémie de peste du 6e siècle".

La grippe espagnole a disparu spontanément

En 1920, la grippe espagnole s’était répandue sur le continent européen, faisant de nombreuses victimes. Selon les sources, la dernière victime aurait été enregistrée en mars ou en décembre de cette année.

Pour Robrecht Van Hee : "On peut supposer que l’épidémie s’est arrêtée spontanément. C’est généralement le cas pour les épidémies. À un moment donné, l’immunité des victimes non létales augmente. Si la résistance à un virus augmente, il faut trouver une solution, une mutation. Une mutation est apparue, mais en conséquence, la virulence (une mesure de la quantité de dommages qu’un micro-organisme cause chez son hôte) a régressé. Le virus de la grippe espagnole a donc spontanément régressé. Tôt ou tard, il en sera de même avec le coronavirus".


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Des soldats qui se déplacent et une population affaiblie

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"Il y a 100 ans, il n’y avait que des antipyrétiques et une forme de quarantaine", explique le Professuer Van Hee de l’Université d’Anvers. ©  2005 Getty Images

La propagation rapide du coronavirus en Chine rappelle inévitablement les souvenirs de la grippe espagnole d’il y a 100 ans. "Mais les circonstances étaient complètement différentes de celles d’aujourd’hui", déclare le professeur Van Hee.

"Le virus H1N1 de cette grippe espagnole était une souche très virulente, et donc très contagieuse. Pourtant, c’est la guerre qui est la grande cause de cette épidémie. Les soldats ont été les grands propagateurs du virus. Ils se sont déplacés d’un endroit à l’autre. Dans le même temps, la population était affaiblie et la résistance immunitaire faible".

Le problème s’appelle désormais "fake news", alors qu’à l’époque il n’y avait "pas de nouvelles"

"Le virus a été découvert trop tard et une fois qu’il l’a été, les communications ont été interrompues. L’épidémie n’a guère été couverte. Avec le Covid-19, le nouveau coronavirus, le problème est appelé 'fake news' : on ne sait pas si les chiffres des Chinois sont corrects. À l’époque de la grippe espagnole, le problème c’était l’inverse : il n’y avait 'pas de nouvelles'."

"Au début, les gens ne connaissaient même pas le virus. Le virus n’a été correctement décrit que dans les années 1930 avec le développement du microscope électronique. Ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale que l’on a pu distinguer les différents virus et leur niveau d’infectiosité".

"Nous parlons maintenant d’un taux de mortalité de 2% pour le coronavirus. Il n’en a peut-être pas été autrement pour la grippe espagnole. Mais il y a 100 ans, il n’y avait que des antipyrétiques et une forme de quarantaine. Aujourd’hui, non seulement les nouvelles circulent rapidement dans le monde entier, mais des mesures sont prises immédiatement", indique l’historien.


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Le réchauffement climatique à nouveau en cause

Les êtres humains sont de plus en plus capables de tuer les épidémies dans l’œuf, comme la grippe porcine et le virus du SRAS. "Mais le réchauffement climatique devrait préoccuper tout le monde", conclut Robrecht Van Hee. "De nombreuses maladies infectieuses sont causées par des vecteurs de transmission, souvent des animaux comme les rats, les moustiques et les chauves-souris. Si ces vecteurs se déplacent vers le nord à cause du réchauffement climatique, ils peuvent y transmettre des maladies tropicales. En particulier dans les zones subtropicales où les gens sont moins immunisés contre ces maladies, ils peuvent frapper fort".

Journal télévisé (13 heures) du 16/03/2018

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