Coronavirus : "Il y a des patients pour lesquels les tests ne seront pas réalisés"

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Une scientifique travaille dans un laboratoire de biosécurité de niveau 2 à l’Institut Rega de recherche médicale de la KU Leuven. © AFP

Sur les 771 tests menés ce vendredi, 60 nouveaux cas de porteurs du coronavirus ont été détectés. Ce qui porte le nombre total de personnes détectées positives au Covid-19 à 169 en Belgique. Ces cas ont été répertoriés suite aux tests effectués jusqu’ici par le centre National de référence, situé à Louvain. Mais en raison de problèmes approvisionnement de réactifs qui permettent de réaliser ces tests, les demandes ne seront dorénavant plus toutes prises en charge. Le nombre de cas de coronavirus en Belgique pourrait être bien plus élevé que ce que ne relève le bilan officiel.

Car cette pénurie de moyens pour réaliser les tests implique que les demandes vont être priorisées par le centre et que tous les échantillons envoyés ne seront donc pas forcément analysés. Des personnes porteuses du virus mais qui ne nécessitent pas d’hospitalisation, pourraient désormais faire l’objet d’un diagnostic clinique sans nécessairement faire l’objet d’un test.

Car ces tests qui permettent d’identifier les patients atteints du Covid-19 demandent de pouvoir faire appel à des produits réactifs. Et aujourd’hui, ces ressources doivent être utilisées avec parcimonie, car comme l’indique le CNR sur son site Internet : "En raison de problèmes avec l’approvisionnement en réactifs, le CNR est actuellement obligé d’utiliser un système de triage pour prioriser les demandes. La priorité sera accordée aux échantillons les plus urgents en fonction des données cliniques remplies sur le formulaire de demande​. Il est donc nécessaire de remplir entièrement ce formulaire."

Ce formulaire, c’est le document officiel qui doit être rempli par le corps médical afin de demander une analyse en vue de détecter un test de dépistage au Covid-19 pour leurs patients.


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Demandes de tests à prioriser en fonction des cas

Dans le seul laboratoire qui fait des analyses pour détecter le coronavirus en Belgique, on effectue actuellement en moyenne 400 à 500 tests par jour. Un nombre de tests qui se stabilise, "pas parce que la demande diminue, mais parce qu’on a établi des critères pour allouer nos ressources au niveau des hôpitaux et des centres de référence, pour les patients les plus malades et qui nécessitent un test de diagnostic pour pouvoir être pris en charge de façon correcte", explique Emmanuel André, membre du centre de référence sur le coronavirus à Louvain.

"Nous sommes dans une situation où les ressources doivent être limitées et alloués aux besoins les plus importants, là où le système médical va pouvoir faire une différence dans la prise en charge des patients", ajoute le spécialiste.

"Aujourd’hui on a mis en place des critères, ce qui nous permet de trier le degré d’urgence des analyses. Il y a un certain nombre de patients qui sont à très haute urgence, pour qui on veut réaliser un test extrêmement rapidement. Il y a de l’autre côté du spectre, des patients pour qui il n’y a pas de raisons de demander un test et pour lesquels ces tests ne seront pas réalisés", détaille Emmanuel André.

La priorité sera donc dorénavant accordée aux échantillons les plus urgents en fonction des données cliniques, précise l’institut : "Le CNR fait de son mieux pour communiquer les résultats de tous les échantillons dans le meilleur des délais".

Sur quels critères le centre décide-t-il de réaliser le test ou non ?

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L’une des machines qui permet de réaliser les tests de coronavirus au centre National de référence de l’UZ Leuven. © RTBF

La priorité pour les tests est donnée aux patients qui sont hospitalisés, les personnes les plus malades. Par contre, les personnes qui développent aujourd’hui, ou qui développeront peut-être dans les jours ou les semaines qui viennent, un syndrome grippal pendant cette épidémie de coronavirus, il est fort probable que le médecin dise : "Vous avez la grippe" et que cela ne nécessite pas un test.

"Donc aujourd’hui on va sans doute, pour les personnes qui ne se trouvent pas dans une situation qui ne nécessite pas d’hospitalisation, faire un diagnostic comme on dit 'clinique' dans un contexte épidémiologique sans nécessairement faire un test pour toutes les personnes", indique le médecin spécialiste du Covid-19.

Mais le médecin se veut rassurant : "Ce qu’il faut aujourd’hui c’est être serein, être organisé et savoir allouer les ressources dont on dispose aux personnes chez qui on va pouvoir faire une différence. Donc les personnes aujourd’hui qui vont développer un symptôme grippal vont rester chez eux et passer le cap de leur maladie". Par contre les personnes qui nécessitent une hospitalisation et qui représenteront une minorité feront l’objet d’une vigilance particulière avec des moyens adéquats.

La volonté est claire : éviter l’engorgement dans les centres et hôpitaux alors que dans certains cas, la détection du virus chez le patient ne fera pas la différence dans la prise en charge.

D’autres laboratoires commencent à pratiquer les tests

Actuellement, le laboratoire installé à Louvain est le centre de référence et était le seul à pratiquer les tests de détection du nouveau coronavirus. Il a un rôle de vigilance et d’assistance pour les autres laboratoires qui ont commencé à faire les tests de coronavirus.

"On a besoin de mettre en place un réseau et donc, notamment à Bruxelles et en Wallonie, de nombreux laboratoires sont aujourd’hui prêts à répondre à des demandes qui deviennent importantes". Les laboratoires en mesure d’effectuer les tests de détection vont donc se multiplier en Belgique dans les jours ou semaines à venir.

Évolution du nombre de cas jusqu’au pic de l’épidémie

Jeudi, la Belgique annonçait 27 nouveaux cas de coronavirus sur le territoire. Vendredi, les autorités communiquaient un chiffre plus de deux fois supérieur à la veille avec 59 nouveaux cas. Une évolution qui correspond à ce que les experts attendaient.

"Au début d’une épidémie, le nombre de cas va augmenter chaque jour jusqu’au moment où on va atteindre ce qu’on appelle un pic de l’épidémie avant que la situation se stabilise et que le nombre (de nouveaux cas détectés par jour) ne redescende", explique le médecin et microbiologiste à la KU Leuven.

Alors que ce pic de l’épidémie est déjà passé en Chine puisque le nombre de cas détectés diminue, quand ce pic épidémiologique pourrait-il être atteint en Belgique ? Difficile de le dire actuellement. Cela dépendra de l’efficacité de certaines mesures mais le spécialiste estime qu’il devrait arriver dans quelques semaines et jusqu’à ce pic, le nombre de cas détectés par jour devrait continuer à augmenter.

L’interdiction de certains voyages scolaires, une mesure nécessaire ?

Depuis ce vendredi, les Affaires étrangères recommandent aux écoles de reporter les voyages vers l’Italie et la France. Dans la foulée, la ministre de l’Enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles Caroline Désir a indiqué dans un communiqué inviter "l’ensemble des pouvoirs organisateurs et établissements scolaires à tenir compte de cette recommandation". "Si des départs sont programmés vers l’Italie, la ministre déconseille donc de les maintenir", précise le cabinet.

Une mesure jugée proportionnée par le spécialiste : "Aujourd’hui, il y a un certain nombre de régions en Europe où on sait qu’ils font face à une phase pour l’instant très intense de l’épidémie donc organiser des voyages, qu’ils soient scolaires ou autres dans ces régions ne me semble pas justifié parce qu’on a un risque plus important de se faire infecter". Mais aussi parce qu’actuellement dans ces régions, les infrastructures touristiques, universitaires ou même parfois sanitaires ne sont pas idéales, explique le microbiologiste.
 
"Je crois que ce n’est pas nécessaire aujourd’hui de se rendre dans ces pays", conclut Emmanuel André.