Rentrée scolaire : faut-il s’inquiéter de la hausse des contaminations au variant Delta chez les enfants ? Pas si vite…

Alors que les Etats-Unis s’inquiètent de la hausse des contaminations des enfants au variant Delta, principalement en Floride et dans les Etats du sud, faut-il s’inquiéter pour les plus jeunes chez nous, à quelques jours de la rentrée scolaire ? Si la situation est suivie avec attention, rien n’indique que les cas graves sont proportionnellement plus nombreux. Et le lien entre la hausse des nouveaux cas et le variant Delta, certes plus contagieux, n’est pas la seule donnée à prendre en considération. L’avancement des campagnes de vaccination et d’autres éléments de contexte entrent aussi en ligne de compte.

Les cas graves rares chez les enfants

Selon l’Académie américaine de pédiatrie (AAP), 4.593.721 enfants ont été testés positifs aux Etats-Unis entre le 19 août dernier et le début de la pandémie, soit 14,6% de tous les cas Covid-19.

180.175 cas ont été ajoutés la semaine du 12 au 19 août, faisant grimper le taux à 22,4% de la population américaine (+7,4% en une semaine). "Après avoir diminué au début de l’été", précise l’AAP sur son site, "les cas d’enfants n’ont cessé d’augmenter depuis début juillet". Ces données se basent sur les informations collectées auprès de 49 Etats américains. Un nombre plus petit d’Etats a par ailleurs fourni les données d’hospitalisations et la bonne nouvelle, c’est que les cas graves et les décès associés au Covid-19 sont rares chez les enfants.

Un manque de données globales

L’Académie américaine de pédiatrie conclut toutefois son rapport en insistant sur l’urgence de collecter davantage de données sur les impacts à long terme de la pandémie auprès des enfants. C’est d’autant plus nécessaire que des voix plus inquiètes se font entendre outre-Atlantique, notamment sur les réseaux sociaux.

C’est le cas de l’épidémiologiste américain Eric Feigl-Ding, actif depuis le début de la pandémie sur Twitter et suivi par plus de 570.000 personnes. Récemment, il s’est inquiété de la situation en Louisiane et en Floride et a plaidé pour la vaccination et le port du masque, y compris chez les plus jeunes, à quelques jours de la rentrée scolaire aux Etats-Unis. Le port du masque par les moins de douze ans est d’ailleurs recommandé par le Centre américain de contrôle et de prévention des maladies (CDC) et suscite un vaste débat public et politique.

Une propagation du virus multifactorielle

Pour la pédiatre et infectiologue de l’Hôpital universitaire des enfants Reine Fabiola, Anne Tilmanne, "Il manque un peu de recul dans ces Etats américains (Floride, Louisiane, ndlr) pour tirer des conclusions. Pour le moment, des médecins font part de leurs impressions ou de leur expérience et c’est ce qu’on lit dans la presse ou sur les réseaux sociaux. Mais on manque de données scientifiques fiables."

Il est dès lors difficile de tirer des conclusions fiables d’autant que d’autres facteurs peuvent expliquer une hausse des nouvelles contaminations. "Le climat joue également. Il fait très chaud en Floride et la population a tendance à vivre à l’intérieur pour se préserver de la chaleur, ce qui est propice à la propagation du virus", commente la pédiatre infectiologue. On connaît ça en Belgique avec les épidémies de grippe en automne et en hiver, des saisons où le mauvais temps invite davantage au cocooning qu’à la promenade en forêt, ce qui a son importance.

Des différentes entre les Etats américains

L’autre élément essentiel face à un variant Delta plus contagieux, c’est l’étendue de la couverture vaccinale dans la population. Une donnée importante puisque les vaccins ont montré leur efficacité face à ce variant. Ainsi, aux Etats-Unis, un peu plus de la moitié de la population est totalement vaccinée et 60,9 % ont reçu au moins une première dose (données mises à jour ce 24 août) mais la situation varie fort d’un Etat à l’autre, quelle que soit la catégorie d’âge. Logique : on peut supposer que des parents qui refusent la vaccination pour eux-mêmes la refusent aussi pour leurs enfants.

Chez les 12-15 ans, 57,6% ont reçu au moins une première dose au Nouveau Mexique, 54% en Californie et dans le Maine… et 39% en Floride et 23% en Louisiane (données mi-août). D’autres Etats du sud-est présentent aussi de faibles taux de vaccination comme le Mississipi, l’Alabama ou la Georgie. Quant à la vaccination des moins de 12 ans, elle n’a pas encore reçu le feu vert des autorités sanitaires américaines (les études ne sont pas terminées). Le président Joe Biden espère qu’elle sera autorisée avant la rentrée scolaire.

Bref, la situation varie fort d’un Etat à l’autre, ce qui a une incidence sur la propagation du virus. Plus la vaccination est répandue, moins le Covid-19 se propage. Et si le SARS-CoV-2 se propage malgré tout, il infecte les personnes les plus vulnérables, celles n’ayant pas développé leur immunité en étant vaccinée ou en ayant contracté précédemment le virus, etc.

"Le spectre des contaminations change"

"Le variant Delta est plus contagieux", analyse l’épidémiologiste Yves Coppieters, "et il va se diffuser plus rapidement vers les personnes non vaccinées. Il est donc 'normal' qu’il se tourne notamment vers les plus jeunes puisque ce sont les catégories d’âge vaccinées en dernier. Il y a un changement du spectre des contaminations". On se souviendra que les campagnes de vaccination étaient en effet motivées par la protection des plus vulnérables face au Covid-19 (personnes âgées, personnes à risque, etc.). Les plus jeunes sont ainsi les derniers dans l’ordre des priorités pour la vaccination contre le Covid-19.

Et en Belgique ?

En Belgique, on assiste ces derniers jours à une hausse progressive des nouvelles contaminations depuis début juillet. Ces nouvelles contaminations ne touchent pas toutes les catégories d’âge de la même manière. Les enfants, mais surtout les adolescents et les jeunes adultes sont principalement concernés.

Si l’on s’intéresse aux plus jeunes, 868 enfants de moins de neuf ans et 2833 jeunes entre 10 et 19 ans ont été contaminées entre le 2 et le 8 août, selon les données récoltées par l’Institut de santé publique Sciensano. Plus de 60% des nouveaux cas sont situés en Flandre.

Cette augmentation peut s’expliquer en partie par les cas de Covid-19 détectés lors des tests réalisés avant de partir en vacances sur des jeunes asymptomatiques (les plus de 12 ans et les plus de 6 ans pour certaines destinations). On peut supposer que ces enfants asymptomatiques n’auraient pas été testés s’ils n’avaient pas voyagé. Autrement dit, en testant plus, on détecte plus de cas de Covid-19.

La Belgique, un cas à part ?

En Belgique comme ailleurs, le spectre des contaminations évolue. Le coronavirus se fraie un chemin vers les plus vulnérables (non vaccinés, non immunisés par une infection antérieure, à risque). "Mais on est un pays très privilégié où l’adhésion vaccinale est forte", précise Yves Coppieters. "La circulation du virus reste sous contrôle. La Belgique devient quasi une situation particulière par rapport au reste du monde, notamment les Etats-Unis, la France voire l’Allemagne."

Selon les données de Sciensano, un adolescent sur 6 a en effet reçu au moins une dose de Pfizer depuis que le conseil supérieur de la santé a autorisé la vaccination des 12-17 ans, sur base de l’avis de l’EMA, l’Agence européenne des médicaments. 36% a reçu les deux doses. Dans la tranche 18-24 ans, 69% ont une protection complète (deux doses). Le taux de vaccination atteint 68,5 % de la population globale résidant en Belgique et 84,6% des plus de 18 ans.

Les moins de douze ans

Comme le montrent ces statistiques accessibles ici, la campagne de vaccination se focalise sur toutes les tranches d’âge, à l’exception des moins de 12 ans, à l’exception de ceux qui présentent des facteurs de risque et pour lesquels le médecin recommande la vaccination. Les moins de douze ans vaccinés sont peu nombreux, contrairement à ce que laisse penser les données publiées par Sciensano.

A leur lecture, on constate en effet que 41.000 enfants de moins de 12 ans sont répertoriés comme ayant reçu au moins une première dose de vaccin. Mais l’explication est simple : Sciensano s’appuie sur l’âge des enfants au 1er janvier 2021. "Fatalement", explique l’un des porte-parole de la Task Force Vaccination, Christopher Barzal, "beaucoup d’enfants ont fêté leur anniversaire entre le 1er janvier et maintenant. Ils ont eu douze ans cette année et ont été vaccinés mais sont repris dans la catégorie des moins de 12 ans pour une raison technique". Et selon Christopher Barzal, "rien ne se profile d’ici à la rentrée scolaire pour les moins de douze ans".

La vaccination des moins de douze ans n’est donc pas à l’ordre du jour pour le moment même si le variant Delta est largement majoritaire (94,6% des nouvelles contaminations, le 4 août).


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"Elle pose les mêmes questions que la vaccination des adolescents", commente la pédiatre infectiologue de l’Hôpital universitaire des enfants Reine Fabiola, Anne Tilmanne : "Le bénéfice personnel pour les enfants est faible (puisqu’ils risquent de développer une forme grave de la maladie dans de rares cas, ndlr). C’est plus une démarche pour l’entourage de l’enfant, voire de santé publique. Autrement dit, ça devient une question éthique".

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