Coronavirus et rapatriement des Belgo-Marocains : le désespoir d'un couple séparé

Rapatriement des belgo-marocains : le désespoir d’un couple séparé
Rapatriement des belgo-marocains : le désespoir d’un couple séparé - © Tous droits réservés

Elle s’appelle Khadija. Il se prénomme Franz. Respectivement, 49 et 66 ans. Mariés depuis 2008, ils vivent paisiblement sans enfants, dans leur appartement de Charleroi. Enfin ça, c’était avant! Le 10 mars dernier, Khadija prend un vol pour le Maroc. La belgo-marocaine se rend dans sa famille, à Essaouira exactement.

C’est alors que le coronavirus s’invite dans son voyage comme dans celui de milliers d’autres belges à l’étranger. Khadija va vite comprendre qu’elle ne pourra pas revenir en Belgique aussi facilement qu’elle est arrivée dans son pays d’origine.

Séparer un couple, c’est un crime

Pendant que le virus gagne du terrain, le Maroc décide de fermer ses frontières. Le 16 mars, le couple est paniqué. Franz et Khadija se lancent alors dans les démarches pour organiser le rapatriement. Contrat de mariage, pièces d’identité, ils joignent une série de documents au courriel envoyé au consulat belge de Rabat. Les semaines passent et les avions affrétés par notre pays pour ramener ses citoyens binationaux ou non se succèdent. Malheureusement pour Khadija, elle n’est pas invitée à monter à bord de l’un d’eux. Les carolos multiplient pourtant les demandes à tous les niveaux. Près de deux mois plus tard, elle n’est toujours pas revenue. Pire que ça, un mail de la diplomatie belge vient de briser tout espoir. Son dossier est refusé.

Confinée, jusqu’ici, dans un studio prêté par des amis, Khadija retient ses larmes lors de notre interview par Skype. Son mari lui manque énormément, dit-elle. " Je me sens abandonnée, loin de mon homme. Séparer un couple, c’est un crime ", nous confie la belgo-marocaine.

Impuissants et perdus

Khadija ne remplierait pas certains critères pour être rapatriée. D’abord, elle n’a pas une " famille ", c’est-à-dire des enfants qui l’attendent en Belgique. Ensuite, elle n’est ni dans une situation de détresse, ni malade. C’est en tout cas ce qui est indiqué dans la lettre de refus de l’Etat belge. Face à ces arguments, la réaction de Khadija est sans appel : " Ce n’est pas ma faute si je n’ai pas d’enfants. Ce n’est pas ma faute si je ne suis pas malade ".

On a juste envie d'être ensemble

De son côté, Franz, son mari, perd patience ou plutôt est complètement perdu. " Nous sommes une famille car nous sommes mariés. Je ne comprends pas pourquoi ma femme n’est pas rapatriée. Elle est belge, propriétaire à Charleroi, elle paie ses impôts en Belgique, est affiliée à la mutuelle, … Je ne sais plus quoi faire pour la retrouver ", explique difficilement ce mari désespéré. Il ajoute : " C'est atroce. Nous souffrons énormément. On a juste envie d'être ensemble et là, on nous empêche de le faire".

Les critères de l’État

Au total, 9000 personnes ont déjà été rapatriées du monde entier vers la Belgique depuis le début de la crise du coronavirus. Il en resterait plus ou moins 3000 à faire revenir. Parmi ceux qui sont rentrés, plus ou moins 2000 belges ou binationaux sont revenus du Maroc. Il n’aurait pas été simple pour l’État belge de négocier leur retour avec les marocains. " Au départ, les autorités marocaines refusaient de laisser partir les binationaux. Elles considéraient qu’ils étaient aussi leurs " citoyens " et qu’ils devaient respecter les lois du pays. Nous avons négocié et sommes arrivés à établir des critères de rapatriement ", détaille Arnaud Gaspart, porte-parole aux affaires étrangères.

Dans le cadre d’un rapatriement humanitaire, 3 critères ont donc été mis en avant :

  • Il faut être dans une situation de détresse, malade ou en mauvaise santé.
  • Il faut avoir une famille en Belgique (être marié ou avoir des enfants)
  • Il faut avoir des raisons économiques de revenir (emploi, société à faire tourner)

Pour chaque demande, il est vivement conseillé de joindre des documents qui prouvent qu’un de ces critères au moins est rempli. Selon les chiffres des affaires étrangères, il y a déjà eu 3400 demandes de rapatriement émanant de ressortissants belges coincés au Maroc mais seulement 1400 personnes ont fourni un document valable. Depuis le 13 avril, 4 vols SN Airlines ont assurer les retours au pays. D’autres avions avaient déjà ramené en mars 1200 personnes.  

Lueur d'espoir

Ce lundi 11 mai, un autre vol est prévu et c’est un espoir supplémentaire pour Franz et Khadija.  Depuis la lettre de refus, le couple, séparé par plus 3000 km, prépare un nouveau dossier avec d’autres documents. Les deux carolos ne comprennent toujours pas pourquoi ils ne sont pas considérés comme une famille, puisqu’ils sont mari et femme depuis plus de 12 ans. Nous avons posé la question aux Affaires Etrangères mais elle ne souhaitent pas s'exprimer sur un cas particulier. Début juin, Franz doit passer sur le billard pour une opération à la hanche. Fortement diminué physiquement, il implore l’État belge de lui ramener sa femme.

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