Coronavirus en Belgique : "C'est la panique totale pour les aides-ménagères"

Depuis samedi et l'entrée en application des décisions du gouvernement fédéral pour faire face à la crise du coronavirus, le quotidien a changé. Pour s'adapter à ces mesures, de nombreuses entreprises ont par exemple généralisé le télétravail, d'autres ont fait évoluer leur fonctionnement comme certains restaurants qui ont commencé a proposé des services de plats à emporter

Mais pour les aides-ménagères, rien n'a vraiment changé malgré les mesures prises. En tout cas lorsqu'il s'agit d'assurer le service, leur présence au travail est attendue et les déplacements vers les clients doivent continuer. À ce stade, l'activité des titres-services est maintenue. Mais finalement, ce mardi, le secteur qui avait souhaité maintenir l'activité pour des raisons économique a demandé aux autorités de suspendre les activités.


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"Les aide-ménager(ère)s peuvent continuer à effectuer leur travail à domicile en respectant les mesures d’hygiène préconisées par le SPF Santé Publique. Nous avons pris les précautions nécessaires pour que ces mesures soient respectées de manière très stricte par notre personnel sur leur lieu de travail", peut-on lire sur le site d'une société qui gère plusieurs agences dans tout le pays.

Pour rassurer ses clients, la société rappelle une série de recommandations, notamment pour les maladies. Que ce soit du côté de l'aide ménagère ou du client, la société demande de signaler les risques. Elle demande également aux personnes qui font appel aux services des aides-ménagères de mettre à disposition le matériel d'hygiène adéquat à disposition des travailleuses : savon, serviettes (de préférence en papier) et eau chaude.

Annulations des clients en cascade et grosses inquiétudes des travailleuses

Mais ces recommandations sont-elles suffisantes pour rassurer à la fois les travailleurs et les clients ? Du côté des professionnelles, en tout cas, la crainte est bien présente.

Laetitia Cariola est maman de deux enfants et travaille pour les titres-services 34 heures par semaine. "Pour le moment, c'est la crise. La panique totale pour les aides-ménagères puisque avec le coronavirus il y a énormément de clients qui annulent leurs prestations. Ils ont peur de nous donner des microbes mais aussi que nous en portions", raconte la jeune femme.

"Avec les écoles fermées et les travailleurs invités à faire du télétravail, nous sommes encore plus en contact qu'avant donc la peur grandit, pour nous, pour toutes les filles" explique-t-elle.

"On a peur aussi vu qu'on est tout le temps en contact avec des personnes âgées. On a peur pour nous, ils ont peur pour eux. On a peur de porter des microbes, d'en recevoir et donc il y a énormément de filles qui remettent des congés sans solde pour ne pas aller travailler", explique Laetitia.


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Une situation qui n’apparaît pas comme une solution alors que de nombreuses travailleuses du secteur sont déjà précarisées

"On ne peut pas se le permettre en tout cas. Surtout qu'énormément de femmes chez nous sont seules avec enfants donc une fois qu'elle paie leurs loyers, qu'elles font leurs courses, etc. Il ne reste déjà presque plus rien du salaire, vu qu'il est très bas". La jeune femme redoute une "catastrophe" et estime qu'il y un réel risque que certaines d'entre elles se retrouvent à la rue.

J’ai peur de, sans le savoir, contaminer des gens chez eux. Je ne veux pas transmettre le virus à des clients. J’ai plusieurs personnes âgées et des familles avec des enfants malades parmi ceux-ci. Certaines personnes annulent les prestations pour se protéger mais nous, nous ne sommes pas protégées. Nous ne sommes jamais très protégées dans ce métier, nous passons en dernier”, explique une autre aide-ménagère qui a accepté de témoigner anonymement pour nos collègues des grenades 

Craintes de contracter le coronavirus et craintes pour la fin du mois et l'emploi

Globalement, clients et aides ménagères redoutent une contamination au coronavirus. Les clients ont la possibilité d'annuler les prestations s'ils s'y prennent à l'avance. Les aides-ménagères de leur côté n'ont pas d’autre choix que de prendre des congés sans soldes ou de tenter de limiter au maximum les risques d'être infectées en respectant des mesures strictes.

Par contre, elles ne seront pas payées pour les prestations qui sont annulées. Un solide manque à gagner pour ces travailleuses qui viennent soulager les familles et les personnes âgées dans les tâches quotidiennes.

Isabelle Colinet est responsable d'une entreprise de titres-services à Binche. Pour elle, la situation ne peut plus continuer comme ça : "C'est extrêmement difficile, les aides ménagères sont paniquées, se posent des questions, et les clients aussi. Nous sommes actuellement à 50% de notre activité normale et cela baisse de jour en jour. À mon sens, cela ne peut plus continuer, il est temps mainteant d'avoir quelque chiose en commun pour l'ensemble des entreprises de titres-services". Un plaidoyer pour la mise en place de mesures commune pour tout le monde.

Demande des syndicats de suspendre les services

Une demande de mesures communes appuyée par les syndicats en front commun. Ils demandent l'aides des ré&gions qui subsidient à 75% les titres-services.

Pour Sebastien Dupanloup, Secrétaire fédéral de la centrale générale FGTB il faut aussi que des mesures de soutien soient prises. Pour lui le recours au chômage n'est pas une solution car de nombreuses aides-ménagères n'y ont pas droit. Il demande que l'enveloppe (débloquée par le fédéral) "budgétée et connue par l’ensemble des régions serve à payer les salaires des aides-ménagères et qu'on ne recourt pas au chômage temporaire pour celles-ci parce que nombre d'entre elles n'y auront pas droit et celles qui pourraient y avoir droit n'auraient droit qu'à une demi allocation".

Le secteur, qui représente aujourd'hui 140.000 emplois en Belgique. 97% de ces emplois sont occupés par des femmes et très souvent ce sont des emplois à temps partiel. Des mesures pourraient être prises pour qu'à la crise sanitaire du coronavirus ne s'ajoute pas une crise sociale qui toucherait des travailleuses essentielles pour une grande part de la population mais pourtant souvent précarisées. 

Demande des responsables du secteur de suspendre les activités

Après de longues discussions et une situation qui a évolué au fil des dernier jours et des dernières heures, Federgon, la fédération des prestataires de services a demandé aux autorités fédérales de suspendre les activités d'aide au ménage et les ateliers de repassage.

L'appel du secteur aux autorités sera entendu et dans quels délais ? Une fois la suspension des activités actée, quelles mesures seront prises pour soutenir le secteur ? La balle est à présent dans le camp du gouvernement Wilmès, concentré uniquement sur le Covid-19.

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