Coronavirus en Belgique : qui devrait être prioritaire pour le vaccin ?

Tous les ministres de la Santé du pays se réunissent ce mercredi dans l'objectif de trancher cette question : qui sera prioritaire pour le vaccin contre le COVID-19 ? La conférence interministérielle (CIM) "santé" a cependant reporté à demain la communication sur ce point. Il n'est décidément pas facile dans une Belgique fédérale de maintenir le timing lorsqu'on discute de sujets importants avec de si nombreux interlocuteurs. Un comité ministériel restreint se réunira encore ce mercredi soir au niveau fédéral. Une nouvelle conférence interministérielle "santé" aura lieu ensuite ce jeudi. 

Comment administrer les vaccins de façon volontaire en Belgique, mais aussi de la manière la plus efficace et la plus éthique possible ? La CIM ne se base pas sur rien. En effet, la Taskforce sur les vaccins a posé quelques balises, qui devront être affinées en fonction de la quantité de vaccins disponibles.

Le guide : le Conseil supérieur de la Santé

La taskforce se base sur un avis du Conseil supérieur de la Santé de juillet 2020, sur "la stratégie de vaccination contre le COVID-19 en Belgique" ainsi que sur la stratégie des autres pays de l’Union européenne. Ces informations sont encore partielles et ces décisions doivent être prises avec beaucoup de réserve, car tout dépendra de la quantité de vaccin disponible.

Il faut rappeler que l’Agence européenne du médicament (EMA) n’a encore enregistré aucun candidat vaccin. Les résultats intermédiaires encourageants de ces dernières semaines, annoncés pour les phases III de vaccins comme ceux de Pfizer-BioNtech, Moderna ou Astra Zeneca n’ont pas encore débouché sur un enregistrement effectif de l’un ou de plusieurs de ces vaccins. Néanmoins, la Belgique table sur leur disponibilité dès le mois de janvier 2021.

Premiers servis : 4 millions de Belges

D’après le Conseil supérieur de la Santé, 3 groupes seront prioritaires en Belgique pour le vaccin contre le COVID-19. La Taskforce sur le vaccin affine et précise ces populations :

  • Tous les travailleurs du secteur des soins de santé. La Taskforce vaccinale propose que la vaccination démarre d’abord dans les hôpitaux et les institutions pour personnes vulnérables, pour des raisons épidémiologiques et pratiques. Le personnel de santé qui ne dépend pas d’un hôpital sera vacciné au niveau des institutions de soins les plus proches. En maisons de repos et de soins, on vaccinerait d’abord en même temps les travailleurs et les résidents, par logique géographique mais aussi pour faire passer ces personnes vulnérables en priorité, alors que la première vague les avait quelque peu oubliées.
  • Suivront immédiatement toutes les personnes âgées de plus de 65 ans : cela pourrait se faire en tranches d’âge des plus âgés aux plus jeunes de cette catégorie.
  • Les patients de 45 à 65 ans présentant des facteurs de comorbidités spécifiques et risquant de développer un COVID-19 sévère : une obésité avérée, un diabète, de l’hypertension, des maladies cardiovasculaires, pulmonaires, rénales et hépatiques (du foie) chroniques ou des problèmes hématologiques (maladies du sang) jusqu’à 5 ans après le diagnostic et tous les cancers solides récents (ou traitements anticancéreux récents).

Un tiers de refus ?

Ces groupes à risque sont estimés à 4 millions de personnes en Belgique. Comme le vaccin, rappelons-le, sera proposé sur base volontaire, le Conseil supérieur de la Santé suppose qu’au moins 20 à 30% des personnes faisant partie des groupes prioritaires et à risque refuseront la vaccination.


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Il faudra probablement envisager de resserrer encore ces priorités, si une quantité limitée de vaccin est disponible. D’autres groupes à risques seront d’ailleurs déterminés en fonction de l’évolution des données, car on ne sait pas encore tout des maladies neuro-cognitives ou des immunodéprimés face au virus.

Pour combien de doses dans un premier temps ?

Il y aura probablement 5 vaccins disponibles en Belgique en 2021. Les doses seront réparties en deux trimestres. Nous pourrions compter sur 3 millions de doses au premier trimestre 2021, et 11 millions au second trimestre.

Il faut deux doses par personne. Si tout se déroule comme prévu, les 4 millions de personnes (8 millions de doses) des groupes prioritaires devraient pouvoir être vaccinées avant la fin du second trimestre 2021. Si tout se déroule comme prévu, car il se pourrait que l’un de ces candidats vaccins attendus échoue à l’enregistrement. Il y a cependant une marge de sécurité, car cette estimation ne tient pas compte des hésitants qui ne voudront pas se faire vacciner (30% de 4 millions de prioritaires).


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Il faut 21 ou 28 jours entre l’injection de la première et de la seconde dose. Tenant compte de tous ces paramètres, l’ensemble des trois groupes prioritaires devrait donc pouvoir être vacciné sans que l’on ne doive procéder à une sélection.

Comment font les voisins ?

Les autres pays se basent comme nous sur des présupposés :

1. Le vaccin est efficace et sûr pour tous

2. Il peut à la fois nous protéger de la maladie et éviter qu’on la transmette

Il règne une certaine cohérence entre les pays sur les groupes prioritaires

En France, 4 scénarios sont envisagés, selon la diffusion du virus au moment de la mise à disposition des vaccins : il existe une gradation, allant du scénario d’une forte circulation virale, jusqu’à son absence, en passant par des clusters limités ou des territoires localisés.

Les premiers Français à se voir proposer le vaccin seront comme chez nous le personnel de santé et les métiers au contact des personnes les plus vulnérables, et toutes les populations à risque d’exposition professionnelle. Les personnes à risque du fait de leur âge ou de leur état de santé (les 65 ans et plus en priorité, "sous réserve d’un vaccin efficace chez les personnes âgées") sont également prioritaires. Les Français de moins de 65 ans souffrant de pathologies chroniques, les obèses et les personnes vivant en situation de grande précarité seront aussi prioritaires.

La France distingue un 2e groupe, de "seconde priorité" : il s’agit des populations des départements et régions d’outre-mer en cas de pénurie de lits de réanimation (hors groupes 1), et des personnes vivant dans des établissements fermés à risque accru de transmission (prisons, établissements psychiatriques…), et des personnels ayants un emploi stratégique (policiers, pompiers, militaires).

 

En Allemagne, comme chez nous, des groupes cibles ont été déterminés : il s’agit des patients à risque, du personnel qui aide les patients COVID-19 (y compris les employés de soins de gériatrie ambulatoires). Les Allemands y ont ajouté toutes les personnes qui remplissent des fonctions particulièrement importantes pour la communauté et qui ne peuvent pas facilement être remplacées (postes clés comme les agents de police, pompiers, enseignants, éducateurs…).

Aux Pays-Bas, les groupes cibles varient selon les stratégies de vaccination possibles. Les Néerlandais ont prévu des objectifs variés selon la disponibilité des vaccins. D’abord réduire les décès et le nombre de malades, ensuite réduire la diffusion, enfin, prévenir les "perturbations sociales". Une 4e stratégie existe dans le cas idéal où il y aurait assez de vaccins pour combiner tous ces objectifs.

Pour diminuer la morbidité grave et la mortalité, les Néerlandais vaccineront d’abord les groupes vulnérables liés à la santé, en donnant la priorité aux plus de 60 ans ayant un problème médical, et aux 155.000 personnes handicapées mentales vivant en institution et en maison de retraite, ainsi que les groupes risquant d’infecter ces personnes, et celles qui travaillent ou vivent en milieu comportant un risque accru d’infection.

La question des femmes enceintes

Le Centre américain pour le contrôle des maladies, le CDC inclut les femmes enceintes dans les groupes prioritaires pour la vaccination contre le SARS-CoV-2. Ceci pose des problèmes éthiques : les données de sécurité dans les essais cliniques sont obtenues chez des femmes non-enceintes, et on ne peut pas les transposer ainsi. Le principe de précaution exclut généralement les femmes enceintes des études de nouveaux candidats vaccins. Du coup, elles sont exclues des bénéfices également… La Task force souhaite reporter le plus tard possible la décision concernant les femmes enceintes, dans l’attente de nouvelles données.

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